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Les jeunes posent un regard lucide sur le cannabis et l'alcool

Des adolescents posent pour la caméra, certains riant, d'autres faisant des signes de paix.
Les jeunes de la Maison des jeunes du Témiscamingue à Lorrainville posent un regard critique quant à l'information qui leur est transmise sur le cannabis et l'alcool. Photo: Radio-Canada / Lise Millette
Lise Millette

Des campagnes de sensibilisation qui n'atteignent pas la cible et une méfiance soutenue à l'égard des intervenants qui parlent de consommation d'alcool et de drogues : plusieurs jeunes exercent un regard critique sur l'information qui leur est transmise.

Une dizaine d'adolescents de 14 à 17 ans occupent le local de la Maison des jeunes du Témiscamingue, au local de Lorrainville. Ils ont beau être localisés loin dans les terres et dans un milieu rural isolé, ils n'en sont pas moins informés et souhaitent qu'on leur livre une information appuyée et documentée.

Je trouve que les adultes nous disent tous la même chose et ce n'est pas ce qu'on a besoin d'entendre, commence Océanne.

Céliane, une autre adolescente, renchérit. C'est bien d'en parler, mais ce n'est pas assez poussé et c'est toujours le même programme. Il n'y a pas que les dangers de la conduite automobile ou les risques d'agression sexuelle. J'aimerais qu'ils nous disent ce que ça fait au cerveau à court terme et à long terme. Actuellement, on nous dit "c'est mal, c'est mal", mais en faisant ça ils ne font que nous tenter, objecte-t-elle.

Ce sentiment de manque de nuances est partagé. William, 17 ans, estime que de grands pans d'information ne sont pas transmis.

Je pense aussi que les intervenants ne parlent pas des bons effets, que ça peut guérir certaines maladies comme le Parkinson. Évidemment, il ne faut pas prendre ça par contre pour encourager à consommer, nuance-t-il.

Les étudiants rencontrés fréquentent tous le secondaire et plusieurs ont souligné les efforts de sensibilisation déployés depuis le primaire à l'égard de l'alcool et des drogues. Leur verdict : le caractère moralisateur ou dissuasif rate la cible.

On dirait qu'ils tentent de nous minder de ne pas faire ça, c'est comme s'ils nous donnaient de la fausse information parce qu'ils ne disent pas tout. C'est un peu de la triche, critique Céliane.

Un accès facile ?

Pour consommer du cannabis, tu as besoin d'un dealer, alors que pour l'alcool tu t'en procures juste au dépanneur. C'est très facile, reconnaît William, qui n'a pas encore 18 ans.

La consommation d'alcool semble susciter moins de craintes, même si les jeunes reconnaissent qu'il est possible d'abuser aussi de l'alcool.

Avec la drogue, les dealers peuvent mettre d'autre chose dans la commande. Ce n'est jamais clean. Avec l'alcool, tu sais que, quand la bouteille est neuve, il n'y a rien d'autre dedans.

Une jeune femme blonde fume un joint de cannabis.Le cannabis récréatif est légal au Canada depuis le 17 octobre. Photo : Radio-Canada / CBC

Selon William, depuis l'entrée en vigueur de la légalisation du cannabis, le nombre de revendeurs est encore plus présent, d'autant qu'il n'y a pas de succursale de la SQDC en Abitibi-Témiscamingue.

Depuis que le cannabis est légal, je crois que les jeunes ont plus de chances de s'en procurer. Il y a des adultes et il y avait déjà des dealers, maintenant, il y en a beaucoup plus, complète-t-il.

Plus de vendeurs pour un nombre de consommateurs qui n'a pas beaucoup changé, croient les jeunes. Ceux qui étaient présents n'ont pas changé leurs habitudes.

Certaines personnes pensent qu'il y a plus de gens qui consomment parce qu'ils les voient, mais il n'y en a pas plus qu'avant, c'est seulement qu'ils ne se cachent plus comme avant, souligne Céliane.

Pour Nathan, le nombre de vendeurs ne change rien. Ce n'est pas tous les jeunes qui veulent consommer. Certains ne toucheront jamais à ça.

Des adultes dans la mire

Avec le temps des Fêtes, les soirées festives risquent de rimer avec consommation d'alcool, mais le cannabis pourrait aussi s'inviter en cette année de légalisation. Les jeunes affirment se sentir injustement au centre de l'attention.

Les adultes s'inquiètent en pensant que si on consomme à notre âge, on va en prendre tout le temps.

Évane

Alors que les adultes ne sont pas vraiment mieux non plus. On va s'entendre là-dessus. Il y a beaucoup d'adultes qui prennent beaucoup de drogues, qui sont toxicomanes. On parle beaucoup des jeunes, mais il faut aussi parler des adultes, souligne Jonathan.

Dans leur entourage, certains jeunes affirment avoir aperçu un adulte trop imbibé d'alcool ou intoxiqué.

Mais je ne les juge pas, ça reste leur décision, soutient Évane avec un certain détachement.

Abitibi–Témiscamingue

Cannabis