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Il y a 50 ans, une photo changeait notre perception de la Terre

La photo «Earthrise», prise par les astronautes de la mission Apollo 8, où l'on voit la surface de la Lune, et au loin, la Terre.

Photo : The Associated Press / William Anders/NASA

Radio-Canada

Il y a 50 ans, la veille de Noël, l'année s'achevait avec les trois astronautes de la mission Apollo 8 prenant la célèbre photo Lever de Terre, l'un des clichés les plus connus de l'histoire de l'humanité.

L'année 1968, l'une des plus tumultueuses de l'histoire des États-Unis, car marquée par les assassinats de Martin Luther King et de Robert Kennedy, des émeutes raciales et l'impopulaire guerre du Vietnam, finissait ainsi sur une note d'espoir.

À ce jour, cette mission est considérée comme l'entreprise la plus audacieuse et peut-être la plus dangereuse de l'agence spatiale américaine, la NASA.

Placer pour la première fois trois hommes dans une fusée, Frank Borman, Jim Lovell et Bill Anders, et les envoyer vers la Lune comportait un risque énorme et difficile à évaluer.

« Si un échec s'était produit, cela aurait gâché Noël, non seulement pour tout le monde aux États-Unis, mais pour toute la planète », a commenté l'actuel patron de la NASA, Jim Bridenstine.

À l'approche du décollage, la femme du commandant Frank Borman, Susan, avait d'ailleurs demandé de connaître les chances de réussite de la mission. Un responsable de la NASA avait répondu : 50-50.

La mission a été mise sur pied en seulement quatre mois dans l'objectif d'atteindre la Lune avant la fin de l'année, mais surtout avant l'Union soviétique.

Le commandant Frank Borman voulait se rendre jusqu'à la Lune et en revenir rapidement. Dans son esprit, un seul tour de Lune suffirait. Ses supérieurs ont été plus exigeants. Tout le monde s'est finalement entendu sur l'objectif : faire 10 fois le tour de la Lune.

« Ma principale préoccupation dans tout cela était d'arriver avant les Russes et de rentrer chez moi. C'était un exploit important à mes yeux », a expliqué M. Borman lors du lancement du livre Rocket Men à Chicago, au printemps dernier.

Ce premier voyage de l'homme vers un « autre monde » a ouvert la voie à l'alunissage encore plus spectaculaire de la mission Apollo 11, sept mois plus tard.

Entrevue avec Robert Lamontagne, coordonnateur du Centre de recherche en astrophysique du Québec.

La lecture jugée la plus appropriée

Le décollage de la fusée Saturn V a eu lieu le matin du 21 décembre 1968, un samedi.

Après s'être glissés avec succès dans l'orbite de la Lune la veille de Noël, les astronautes ont lu à tour de rôle les 10 premiers versets de la Genèse.

Avant le vol, le commandant Borman avait été chargé de trouver « quelque chose d'approprié » à dire pour ce qui devrait être la plus grande audience de radiodiffusion à ce jour.

« Nous avons tous essayé pendant un bon bout de temps de trouver une solution, mais tout sonnait ridicule ou stupide, se souvient-il. Finalement, la femme de l'ami d'un ami a eu l'idée de la Genèse, qui débute par : "Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre". »

Frank Borman a mis fin à l'émission en disant : « Et de la part de l'équipage d'Apollo 8, nous clôturons avec bonne nuit, bonne chance, un joyeux Noël et que Dieu vous bénisse tous, tous sur la bonne Terre ».

Le matin de Noël, leur vaisseau spatial a fait le tour de la Lune pour la dernière fois. La mise à feu nécessaire pour les renvoyer sur Terre a eu lieu alors que la capsule ne communiquait plus avec le centre de contrôle à Houston.

Jim Lovell a mis fin à un silence tendu lorsque la communication a été rétablie. « Veuillez s'il vous plaît prendre note qu'il y a un père Noël », a-t-il blagué.

La capsule spatiale est tombée dans l'océan avant l'aube le 27 décembre, mettant fin à l'incroyable voyage de six jours. Le magazine Time avait alors nommé les trois astronautes « Hommes de l'année ».

Une photo emblématique

Lors du voyage spatial, l’astronaute Bill Anders a aussi pris la photo emblématique Earthrise (Lever de Terre), montrant pour la première fois notre planète bleue et blanche s'élevant au-dessus du paysage grisâtre de la Lune, à une distance de 386 mille kilomètres.

Les humains n'avaient encore jamais vu la face cachée de la Lune ni notre planète complètement entourée du vide noir de l'espace.

Avant le vol, aucun des membres d'équipage n'avait pensé à photographier la Terre. Les astronautes avaient pour ordre de prendre des photos de sites d'alunissage potentiels, en orbite à 112 kilomètres au-dessus de la surface lunaire.

Nous sommes venus explorer la Lune et nous avons découvert ce qu'était la Terre.

Bill Anders

Frank Borman et Bill Anders ne sont plus jamais retournés dans l'espace.

Quant à Jim Lovell, il a ensuite commandé la dramatique mission Apollo 13. Ce vol a été bien plus exigeant, a-t-il dit, « mais Apollo 8 était celui de l'exploration, une reprise de l'expédition de Lewis et Clark [...] à la recherche de la nouvelle Terre ».

Les trois astronautes sont toujours en vie : MM. Borman et Lovell ont 90 ans, tandis que M. Anders a 85 ans.

Avec les informations de Associated Press

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