•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
analyse

François Legault : 100 jours de lune de miel

François Legault lors de l'assermentation des membres de son Conseil des ministres, en octobre dernier.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Sébastien Bovet

Le premier ministre François Legault est un homme comblé. Il est toujours en lune de miel avec les Québécois, 100 jours après son élection. S'il est chanceux de bénéficier d'énormes surplus budgétaires, il a réussi, depuis trois mois, à imprégner l'image d'un premier ministre en contrôle.

Pourtant, pendant cette période, ses ministres ont commis des faux pas et ils ont dû gérer de mauvaises nouvelles économiques comme la fermeture de magasins Rona, l’abolition de 2500 postes chez Bombardier et le déménagement de Sico.

Le gouvernement a présenté son plan pour réduire le nombre d’immigrants et mieux les intégrer, sans qu’on sache trop comment il compte y arriver. Il tergiverse aussi sur la possibilité d’accorder un droit acquis aux employés de l’État en position d’autorité et aux enseignants qui n’auraient pas le droit de porter des signes religieux visibles.

Mais comme dans un couple de nouveaux mariés, les imperfections, les défauts et les boulons mal vissés ont été ignorés jusqu’à maintenant par l’opinion publique.

Pour les électeurs, l’espoir d’un gouvernement qui fera les choses autrement incite à la tolérance. François Legault termine donc l’année premier de classe, avec le taux de satisfaction le plus élevé de tous les premiers ministres du pays.

Un premier ministre omniprésent

Le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ) dirige un Conseil des ministres inexpérimenté. Il le sait. Ce qui explique peut-être son omniprésence pendant ces 100 jours au pouvoir. Il refuse rarement une mêlée de presse et, surtout, il tient à s’impliquer.

Deux exemples : d’abord la mise à jour économique à laquelle il a participé. On n’avait jamais vu un premier ministre prendre l’avant-scène de cette façon, reléguant pratiquement son ministre des Finances à un rôle de figurant dans une conférence de presse spectacle, devant un énorme drapeau du Québec.

Et puis il y a eu cette annonce en Gaspésie, une semaine avant Noël, pour le financement d’un fonds d’aide aux pêcheurs. Un « petit » 13 millions de dollars, une somme qui correspond à de « l’argent de poche » dans le budget de la province.

Le premier ministre tenait à faire le voyage pour démontrer aux Gaspésiens que, même s’ils ont voté pour le Parti québécois, il est le premier ministre de tous les Québécois.

Ce faisant, il tire les bonnes ficelles. Il apparaît près des préoccupations des gens. Et il gagne au jeu de la comparaison avec son prédécesseur. Philippe Couillard donnait l’impression de toujours gérer une crise financière.

François Legault donne l’impression d’avoir du plaisir. À sa décharge, Philippe Couillard n’avait pas du tout la même marge de manœuvre budgétaire que François Legault. Le nouveau premier ministre devrait d’ailleurs être reconnaissant envers l’ex-chef libéral.

Un remaniement qui s'est concrétisé plus tôt que prévu

De façon générale, l’équipe ministérielle de la Coalition avenir Québec s’en est bien tiré, malgré son inexpérience. On découvre des ministres en apparence solides : Sonia LeBel à la Justice, Pierre Fitzgibbon à l’Économie, Éric Girard aux Finances, Geneviève Guilbault à la Sécurité publique et Jean-François Roberge à l’Éducation.

On a aussi vu une ministre, MarieChantal Chassé, qui ne semblait pas maîtriser ses dossiers et qui, surtout, était incapable de bien communiquer sa pensée. Mme Chassé avait besoin de polissage, besoin d’être encadrée et conseillée, car les attentes étaient élevées.

M. Legault a finalement annoncé mardi qu'il lui avait demandé de quitter ses fonction pour « qu'elle prenne un pas de recul ». C'est le député de Deux-Montagnes, Benoit Charette, qui prendra le relais à l'Environnement et à la Lutte contre les changements climatiques.

Les murmures de remaniement ministériel qui se faisaient entendre se seront finalement concrétisés plus tôt que prévu. C'est un verdict sans pitié. Mais qui a dit que la politique est une affaire de sentiments?

Juger l’arbre à ses fruits

Si les Québécois semblent apprécier l’humilité et la détermination de François Legault, leurs attentes sont élevées. C’est une chose d’affirmer à qui veut l’entendre qu’on va tenir ses promesses, c’en est une autre de les mettre en œuvre et de démontrer qu’elles sont pertinentes.

L’opinion publique a majoritairement fermé les yeux sur certains pas de côté.

Par exemple, le gouvernement a écarté l’idée d’une commission d’enquête sur les contrats informatiques qu’il réclamait à grands cris dans l’opposition. Il a renoncé à rembourser les trop-perçus d’Hydro-Québec, même si la CAQ déchirait sa chemise sur cette question il y a quelques mois à peine.

Toutefois, il ne pourra pas rater son coup à propos des promesses fondamentales de son programme. Le gouvernement caquiste sera jugé sur l’implantation des maternelles 4 ans, l’accès aux médecins, la réduction de l’attente dans les urgences et le nouvel élan qu’il veut donner au système d’éducation.

Une lune de miel ne dure pas éternellement, en amour comme en politique.

Sébastien Bovet est chef du bureau parlementaire à Québec

Politique provinciale

Politique