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Comment les archives de Radio-Canada racontent le Festival du Voyageur

Des gens se réchauffent près d'un feu.
L'ambiance est à la fête autour d'un feu de camp au Festival du Voyageur. Photo: Radio-Canada / Cliff Simpson
Sylviane Lanthier

Pendant deux semaines, chaque hiver, à Winnipeg, c'est comme si la Terre arrêtait de tourner. Le quartier de Saint-Boniface, emblème de la vie en français au Manitoba, vibre au rythme du plus grand rassemblement hivernal de l'Ouest canadien, le Festival du Voyageur, qui s'ouvrira pour la 50e fois le 15 février. Regard sur des décennies de festivités, à travers les archives de Radio-Canada.

Enfilez votre tuque, votre foulard et vos mitaines ainsi que votre parka la plus chaude. La marche aux flambeaux commence bientôt.

Ce défilé qui donne le coup d’envoi du Festival du Voyageur contient l’essentiel de toute l'énergie qui déferlera au cours des prochains jours.

S'y montreront les ambassadeurs de la fête : les Voyageurs officiels. Y défileront des membres de la Brigade de la Rivière-Rouge, des amateurs d’histoire costumés en habit d’époque. S'y montreront des festivaliers revêtus des fameux capots bleus, rouges ou blancs, ces manteaux de laine qu’on ne porte que pour l’occasion.

Des centaines de personnes assistent au lancement du 45e Festival du Voyageur le vendredi soir 14 février 2014 à Winnipeg.Soirée d'ouverture du Festival du Voyageur en 2014 : on se donne rendez-vous au Fort Gibraltar. Photo : Twitter/DanHarperPhoto

Y retentiront les coups de feu de la Compagnie de La Vérendrye, dans une garde d’honneur suivant un cérémonial immuable.

Tout ce beau monde se donnera rendez-vous au parc du Voyageur, là où le fort Gibraltar a revêtu ses plus beaux atours, avec ses immenses sculptures sur neige, ses éclairages féeriques, ses grandes tentes où sont servies nourriture et boissons, son « encampement » autochtone et les bâtiments traditionnels du fort : le magasin, la forge, la grande et belle maison du bourgeois.

Deux festivalières montrant des verres remplis de caribou, une boisson alcoolisée traditionnelle.Le caribou est une boisson alcoolisée traditionnelle offerte au Festival du Voyageur, qui peut être servie dans un verre de glace. Photo : Radio-Canada / Festival du Voyageur

En entendant le maître de cérémonie s’écrier : « Donnez-moi un grand Hé! Ho! », cri de ralliement qui retentit aussitôt dans une clameur joyeuse, vous saurez que la fête est indéniablement commencée.

Les images qui suivent capturent l'esprit qui anime le Festival, avec des activités se déroulant dans le parc du Voyageur et le fort Gibraltar, ainsi que dans d’autres lieux qu’on appelle des relais. Pendant deux semaines, le Festival rassemble ainsi des milliers de gens dont l’enthousiasme est à peine freiné par les températures glaciales qui peuvent marquer cette période de l’année.

Capturer l’esprit du Festival

La belle époque du Grand Rendez-vous

Pendant quelques années, le coup d’envoi du Festival avait lieu durant un grand rassemblement extérieur qu’on appelait le Grand Rendez-vous sur le Boulevard.

La foule déambulait en soirée sur le boulevard Provencher, dans Saint-Boniface, où les commerces servaient gratuitement cafés, chocolats chauds et bols de soupe aux pois. Des spectacles avaient lieu sur des scènes extérieures, souvent par un froid de canard. Cette activité autrefois emblématique a été mise de côté avec le temps, mais nombreux sont ceux qui en gardent une nostalgie certaine.

Le reportage qui suit, réalisé en 1997, montre un Festival qui démarrait en grande pompe.

Coup d’envoi du Festival en 1997

Les tâtonnements des premières années

Fondé pour marquer l’arrivée prochaine du 100e anniversaire du Manitoba en 1970, le Festival du Voyageur est né de la volonté de quelques francophones qui voulaient manifester publiquement leur existence et leur fierté, et notamment célébrer leurs racines métisses.

Parti de peu, le festival des premières années a pris des airs de carnaval avec sa reine, ses princesses, son défilé de chars allégoriques.

De nos jours, la programmation du Festival est davantage centrée sur une thématique historique soulignant l’époque de la traite des fourrures. Elle permet de comprendre le quotidien du voyageur, cet employé des compagnies du Nord-Ouest ou de la Baie d’Hudson qui parcourait des kilomètres en canot pour acheminer les précieux ballots de peaux là où ils allaient prendre la route de l’Europe.

Toutefois, à ses débuts, le très festif Festival s’est un peu égaré dans des chemins de traverse : organisation de casinos (qui faisaient courir les foules), courses de chevaux sur glace, compétitions sportives telles que des courses de raquettes pour les enfants, des tournois de hockey, de rugby sur neige. On y a même joué au golf sur la neige et grimpé dans des manèges.

Les images qui suivent illustrent cette époque, aussi marquée par des compétitions de chiens de traîneau, une activité cependant plus « traditionnelle » et très populaire.

Casinos, manèges et tournois de golf sur la neige

Le lexique du parfait voyageur

  • Voyageurs : Ces Canadiens français engagés par les compagnies de la traite des fourrures étaient au coeur du système de transport des peaux.
  • Brigade de la Rivière-Rouge : Des amateurs d’interprétation historique se regroupent dans cette confrérie au sein de laquelle ils héritent du nom d’un voyageur ayant réellement existé et agissent comme bénévoles pendant le Festival.
  • Fort Gibraltar : La reproduction de ce fort de la Compagnie du Nord-Ouest est le lieu central du Festival.
  • La maison du bourgeois : Construite en 2001 dans le fort, la maison du bourgeois accueille aussi des activités en tout genre.
  • Les relais : Les relais jouaient un rôle important à l’époque de la traite des fourrures. Ce sont des lieux associés au Festival où se déroulent des activités ayant souvent un caractère plus communautaire.
  • La Compagnie de La Vérendrye : Elle est formée de bénévoles qui font revivre l’histoire militaire du nord-ouest.

L’incontournable Télé-Relais

Il est bientôt 18 h 30, et dans les foyers du Manitoba comme de la Saskatchewan et de l’Alberta, on attend impatiemment le début du célèbre Télé-Relais, rendez-vous apprécié des francophones des Prairies.

Animée, entre autres, par Pierre D’Auteuil à ses débuts, puis pendant longtemps par le dynamique Maurice Paquin, cette émission de Radio-Canada a offert une vitrine unique sur le Festival pendant plus de 25 ans, et ce, jusqu’au dernier épisode présenté le 15 février 2006.

Dans les images qui suivent, l’animateur Pierre D’Auteuil interroge, en 1979, l’historien Henri Létourneau au sujet d’une chanson métisse qu’il a découverte auprès d’un couple âgé du Dakota, aux États-Unis. La chanson raconte l’histoire du voyageur Lucien Lemay, qui fait une promesse à la Vierge après avoir failli périr noyé en se rendant au fort de la Montée, en Saskatchewan. La chanson est interprétée par David Dandeneau.

L’histoire d’une chanson métisse

De la reine du Festival à la reine des enfants

En 1980, la reine du Festival, Liette Préjet, vient tout juste d’être couronnée au moment où elle raconte à Pierre D’Auteuil qu’elle a participé au concours « pour s’amuser et rencontrer d’autres filles », pour en savoir davantage « au sujet de cette grande fête » et « s’impliquer au sein de la communauté francophone ».

En 1999, l’animateur Vincent Dureault interroge Carmen Campagne sur un mode moins sérieux. Quelle la vache, lui demande-t-il, vous a le plus influencée? « La vache à lait bien sûr », répond du tac au tac la chanteuse pour enfants, précisant que dans sa ferme natale de la Saskatchewan, les « vaches ne beuglaient pas, elles chantaient ».

Une mère et sa jeune festivalière, laquelle porte la ceinture fléchée, s'amusent dans une des tentes du Festival du Voyageur le 23 février 2014.Une mère et sa jeune festivalière, laquelle porte la ceinture fléchée, s'amusent dans une des tentes du Festival du Voyageur le 23 février 2014. Photo : Radio-Canada

Le Festival du Voyageur, c’est aussi une programmation jeunesse qui permet aux enfants de s’amuser à l’extérieur, de voir des spectacles et de manger de la tire sur la neige.

Reine du Festival , reine des enfants

Zoom sur les Louis Boys

Le Festival a permis à des artistes de tout le pays de se produire sur scène. Le duo local Gerry et Ziz faisait ainsi partie des invités du Télé-Relais le 26 février 1975, en compagnie de Claude Léveillée. On y trouvait aussi les Louis Boys, une formation musicale plus rock formée spécifiquement pour animer les soirées du Festival, où ils revenaient jouer année après année avec un succès toujours inégalé.

Dans un documentaire de Radio-Canada sur les 40 ans du Festival, on apprend ainsi que « chaque festival, les Louis Boys jouent » dans un relais et qu’on « attendait en ligne pendant une heure dehors » pour assister à ces soirées mémorables.

Le reportage qui suit porte sur les 40 ans du groupe et explique comment les chansons des Louis Boys font désormais partie de la mémoire collective des francophones du Manitoba.

40e anniversaire des Louis Boys

Un sens de l’histoire

On danse, on chante, on participe à des concours (de violon, de gigue, ou au fameux concours du barbu). Des bénévoles costumés expliquent la vie des voyageurs et la traite des fourrures, d’autres représentent des artisans, filent la laine, sculptent le bois, traitent le cuir des peaux ou sont forgerons.

Un forgeron frappe sur son enclumeUn forgeron au Fort Gibraltar, pendant le Festival du Voyageur Photo : Ailton Ferraz Vieira

Si le Festival est une occasion de s’amuser, c’est aussi un moment pour comprendre les origines des traditions et des coutumes qui y sont célébrées.

Les images qui suivent montrent des gens qui personnifient cette joie de vivre et cette histoire. Le trappeur Clément Saulnier explique comment la trappe moderne diffère des pratiques anciennes, tout en situant le rôle des voyageurs – qu’il appelle les « truck drivers de l’époque » – dans la traite des fourrures.

On y voit aussi des images du très réputé Bal du Gouverneur : pendant plus de 40 ans, cette soirée gala a réuni les amateurs les plus fervents revêtus de leurs plus beaux costumes d’époque. Ils y faisaient une entrée solennelle et annoncée dans la grande salle de bal… où l’atmosphère et la danse prenaient rapidement des airs plutôt bon enfant!

Un Festival haut en couleurs

Au rendez-vous de l’humour

Si l’univers du voyageur et de son festival demeure encore un peu mystérieux à vos yeux, voici qui devrait dissiper tout reste d’ambiguïté.

Dans les capsules qui suivent, la très professionnelle animatrice du Téléjournal Manitoba, Monique LaCoste, qu a étudié à « l’Université du fort Gibraltar » pour obtenir son diplôme de Voyageurologue, met à profit ses nouvelles connaissances pour répondre à la question que tout bon francophone de Saint-Boniface se pose : les gens de Winnipeg, qui vivent « l’autre côté de la rivière », savent-ils ce qu’est la joie de vivre?

N’hésitant pas à tester les capacités de la mairesse de Winnipeg, Susan Thompson, et du premier ministre du Manitoba, Gary Filmon, la Voyageurologue ressort un peu déçue de cette expérience, qu’elle répétera cependant l’année suivante avec le nouveau maire de Winnipeg, le bilingue Glen Murray. Saura-t-il mieux s’en tirer?

Apprendre le Festival… avec humour

Toute une organisation!

Et le Festival des temps modernes?

Un  mannequin assis sur une chaise au Festival du Voyageur attend qu'un designer lui installe des branches sur sa têteUn mannequin au Festival du Voyageur Photo : Radio-Canada / Samuel Rancourt

Pour l’édition de 2018, Patricia Bitu Tshikudi illustrait en chiffres l’organisation d’un festival d’hiver qui reçoit des dizaines de milliers de festivaliers. Combien de blocs de neige ont-ils été utilisés pour les sculptures? Combien de litres de caribou ont-ils été consommés? Combien de bénévoles ont-ils participé à la tenue du Festival?

Sur ce, passez un bon Festival, et donnez-moi un grand Hé! Ho!

Un groupe de visiteurs échange avec un interprète au Fort GibraltarDes visiteurs au Fort Gibraltar pendant le Festival du Voyageur Photo : Ailton Ferraz Vieira
Notre dossier sur le Festival du Voyageur 2019

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