•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Du nectar aux probiotiques pour soigner les abeilles

Plusieurs abeilles dans une ruche.
Les étudiants ont collaboré avec des apiculteurs pour créer leurs ruches-laboratoires. Photo: Radio-Canada / Martin Thibault
Nafi Alibert

Une équipe d'étudiants de l'Université de l'Alberta pourrait bien avoir trouvé la solution pour enrayer la nosémose, une des causes de l'hécatombe qui frappe les colonies d'abeilles, grâce aux probiotiques. Cette découverte lui a valu un prix au concours iGEM (International Genetically Engineered Machine Competition), une compétition internationale, organisée chaque année par l'Institut de technologie du Massachusetts (MIT) de Boston.

Les étudiants ont mis au point un probiotique qui protège les butineuses contre la nosémose, une infection fongique qui est, en partie, responsable du déclin des abeilles dans les ruches.

« L’équipe a identifié [...] un produit qui s’appelle la porphyrine. [C’est] un produit naturel qui a des propriétés fongicides, qui peut donc se débarrasser du champignon [Nosema ceranae] », explique Dominic Sauvageau, un des professeurs qui ont supervisé les étudiants.

« Ils ont pris une bactérie et ils l’ont modifiée pour qu’elle puisse produire ce fongicide naturel », poursuit-il.

La bactérie peut servir de probiotique en étant ajoutée à l’alimentation des abeilles, le champignon nocif étant présent dans leur intestin.

Bien-être animal et impact social

Au bout de six mois, les abeilles nourries avec du nectar aux probiotiques sont en meilleure santé et produisent plus de miel.

La découverte pourrait soulager bien des apiculteurs en Alberta, qui produisent près de 40 % du miel canadien.

« Nous voulions trouver une solution à [ce champignon] pathogène qui est aussi dévastateur pour les abeilles que pour l’économie albertaine », dit Anna Kim, étudiante en biologie et en psychologie à l’Université de l’Alberta.

« Nous voulions aussi alerter l’opinion sur un problème qui touche énormément notre province et nos communautés, mais qui reste peu connu », prcise-t-elle.

À en croire Dominic Sauvageau, la découverte des étudiants pourrait même bourdonner au-delà des frontières de l’Alberta.

« L’industrie du miel au Canada, c’est 157 millions de dollars par année. [Mais] l’impact des abeilles dans l’économie est plus de 4 à 5 milliards de dollars », estime-t-il en considérant le travail de pollinisation effectuée par les abeilles.

Fruits, légumes, céréales. « Beaucoup [...] d’aliments sur notre table sont pollinisés par les abeilles », rappelle-t-il.

C’est la portée de cette découverte pour l’ensemble de la société qui a permis à l’équipe de l’Université de l’Alberta de remporter le premier prix du concours iGEM, dans la catégorie alimentation et nutrition.

La découverte est d’autant plus prometteuse qu’aucun traitement efficace contre la nosémose n’est actuellement commercialisé, indique Dominic Sauvageau.

La fumagilline était la seule molécule « capable de se débarrasser de ces contaminations, et la compagnie qui produisait le produit [...] a fait faillite », affirme-t-il.

Biologie synthétique

La compétition organisée chaque année par l’Institut de technologie du Massachusetts, couronne les meilleures idées dans le domaine de la biologie synthétique.

« Historiquement, le génie génétique constitue l’ajout ou le fait d’enlever un gène dans un organisme, alors que la biologie synthétique va un peu plus loin : on essaye de "designer" un gène ou un groupe de gènes pour qu’ils aient une certaine fonction », explicite Dominic Sauvageau.

Ce nouveau champ scientifique combine les domaines du génie (chimique, électrique…) à ceux de la biologie et des sciences humaines.

Plus de 300 équipes composées d’étudiants venus du monde entier ont croisé leurs savoirs pour participer au concours cette année.

Alberta

Agro-industrie