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Internet haute vitesse : le difficile engagement de la CAQ

Depuis 2016, un sous-traitant de la MRC de Bécancour, Telecon, installe des fibres optiques sur le territoire afin de permettre à tous les citoyens, même les plus éloignés, d'avoir accès à Internet haute vitesse.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

Le gouvernement Legault, qui souhaite brancher 250 000 Québécois à un service Internet fiable et rapide d'ici quatre ans, aura fort à faire pour parvenir à ses fins. Certains observateurs mettent en doute le modèle d'affaires privilégié par Québec et l'échéancier du projet.

Un texte de Mathieu Dion, correspondant parlementaire à Québec

Dans les mois à venir, Québec annoncera 89 projets qui visent à brancher 100 000 foyers à un service Internet haute vitesse de qualité, confirme le ministère de l’Économie et de l’Innovation.

En campagne électorale, la Coalition avenir Québec (CAQ) s’est engagée à débloquer 400 millions de dollars pour développer l’accès à Internet haute vitesse. Les coûts pour rendre le service accessible à tous les Québécois sont estimés à un milliard de dollars. Près de la moitié des fonds sont attendus du gouvernement fédéral.

Québec dépend donc d’Ottawa pour améliorer son réseau Internet. À moins d’un an des élections fédérales, il compte exercer des pressions afin que les investissements nécessaires soient au rendez-vous dans le prochain budget du gouvernement Trudeau.

On ignore si le gouvernement fédéral acceptera de financer ces projets et quel sera le montant de sa contribution. De nombreuses discussions avec Ottawa doivent être menées avant la signature des conventions d’aide financière.

La marche à suivre pour répondre aux exigences d’Ottawa se révèle complexe. D’ailleurs, la majorité des projets soumis jusqu’ici par différentes communautés du Québec n’ont pas été retenus par le fédéral.

« On veut discuter avec le fédéral pour élargir l’acceptabilité de certains modèles d’affaires pour être capable de faire la mise en place plus rapidement », explique le responsable du dossier au gouvernement caquiste, Gilles Bélanger.

Ça fait 15 ans qu’on parle d’Internet haute vitesse en région.

Gilles Bélanger, adjoint parlementaire au ministre de l’Économie et de l’Innovation

Quand une MRC prend les choses en main

Bien qu’ils soient à proximité de Trois-Rivières, certains secteurs de la MRC de Bécancour, dans le Centre-du-Québec, ont un réseau Internet d’un autre siècle.

En 2016, la MRC a pris les choses en main en commençant à déployer une fibre optique publique sur son territoire. Le projet de 16 millions de dollars est financé sur 20 ans par le prélèvement de 48 $ par année sur chaque compte de taxes.

Ça a pris du leadership de notre monde municipal d’aller directement sur le compte de taxes. […] Nos élus ont répondu à un besoin criant de la population.

Daniel Béliveau, directeur général de la MRC de Bécancour

Une entreprise de télécommunications, partenaire de la MRC pour le projet, branche les résidences à la fibre optique, fournit le service Internet et verse des redevances pour le maintien de l’infrastructure.

La concurrence créée par l’arrivée de ce nouveau fournisseur aurait, en contrepartie de la hausse du fardeau fiscal, entraîné une chute des prix des services Internet offerts dans la région.

« La clé pour nos citoyens, se targue le directeur général de la MRC Daniel Béliveau, est de ne pas avoir attendu [les gouvernements] et de s’être pris en main. »

La MRC de Bécancour prévoit déployer jusqu'en 2022 quelque 900 kilomètres de fibre optique sur son territoire.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Depuis 2016, la MRC de Bécancour dans le Centre-du-Québec déploie des fibres optiques sur le territoire afin de permettre à tous les citoyens, même les plus éloignés, d'avoir accès à Internet haute vitesse.

Photo : Radio-Canada

La MRC compte maintenant se faire rembourser un peu moins de la moitié des 16 millions de dollars par l'intermédiaire des programmes gouvernementaux. Tout indique que son projet fera partie de ceux acceptés par le ministère de l’Économie et de l’Innovation.

M. Béliveau croit que le modèle d’affaires de Bécancour peut faire « des petits un peu partout au Québec ».

Un modèle qui inspire

La spécialiste du web Michelle Blanc félicite la MRC de Bécancour d’avoir ainsi privilégié le déploiement d’une fibre optique dans le cadre d’un partenariat avec le privé.

Malgré son coût élevé, la technologie permet de transmettre rapidement une importante quantité de données numériques, nettement plus que les câbles coaxiaux en cuivre.

En promettant de la fibre optique, on sait qu’elle sera bonne pour 20 ans.

Michelle Blanc, spécialiste du web
La fibre optique, un très mince filament constitué de verre ou de plastique, est le moyen privilégié pour transmettre une importante quantité de données numériques à très haute vitesse. Sa capacité est nettement supérieure à celle des câbles coaxiaux en cuivre.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

La fibre optique, un très mince filament constitué de verre ou de plastique, est le moyen privilégié pour conduire une importante quantité de données numériques à très haute vitesse. Sa capacité est nettement supérieure à celle des câbles coaxiaux en cuivre.

Photo : Radio-Canada

Mme Blanc juge toutefois que la MRC de Bécancour, qui a développé une réelle expertise, constitue une exception.

Elle suggère que le gouvernement reprenne ce modèle à son compte et qu’il déploie la fibre optique « à la grandeur du Québec », en partenariat avec des firmes de télécommunications.

« Pourquoi continuer de subventionner, alors qu’on peut financer et tirer une partie de profits? », demande-t-elle.

Le gouvernement caquiste compte plutôt continuer de soutenir les MRC dans leurs projets comme il le fait présentement. Il n’est pas question d’installer de la fibre optique sur tout le territoire, cela coûterait trop cher.

« Legault n’y arrivera pas »

Le premier ministre François Legault répète qu’il parviendra à rendre accessible Internet haute vitesse à tous les Québécois en quatre ans.

Cependant, Gilles Bélanger se veut plus prudent en évoquant « une bonne partie dans un premier mandat ». Il croit en outre que certaines régions pourraient être plus accessibles par satellite.

L’expérience de la MRC de Bécancour montre en effet qu’offrir Internet haute vitesse à tout le territoire constitue une mission difficile.

Le directeur général de la MRC, Daniel Béliveau, affirme : « [François] Legault n’y arrivera pas. Juste en main-d’œuvre et en permis, c’est irréaliste. Quand on pense réaliser un projet comme celui-là en deux ans, c’est [plutôt] entre cinq et six ans dans les faits ».

Le ministère de l’Économie et de l’Innovation prévoit lancer un nouvel appel de projets en 2019.

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