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Des araignées ontariennes au service de la recherche scientifique

Un homme manipule une araignée dans un laboratoire.
Gil Wizen stimule les araignées avec une petite décharge électrique, ce qui lui permet d'extraire leur venin. Photo: Radio-Canada
Mathieu Simard

Une trentaine d'araignées torontoises contribuent sans le savoir au développement d'antidouleurs et de pesticides. Chaque jour, les pensionnaires du Musée royal de l'Ontario font don de leur venin au nom de la science, lors d'un procédé qui s'apparente à la traite des vaches.

Au moment d'accueillir l'exposition Les araignées : peur et fascination, les conservateurs du Musée royal de l'Ontario ont voulu trouver une utilité au venin qui serait extrait lors de démonstrations devant public. Il ne faut pas gaspiller le venin, mais plutôt l'utiliser. Surtout que la recherche sur le sujet est devenue de plus en plus importante ces dernières années, explique Gil Wizen, qui porte le titre officiel de dompteur d'araignées au musée.

Les araignées sont d'abord endormies à l'aide de monoxyde de carbone, puis immobilisées sur un plateau. On vient ensuite stimuler la production de venin avec une petite décharge électrique. Une fois la décharge terminée, après une chorégraphie minutieuse de quelques minutes, le précieux liquide est recueilli, congelé puis envoyé dans un laboratoire de l'Université de l'Utah qui se spécialise dans l'étude des composants du venin.

La manipulation d'une araignée projetée sur un écran géant. Deux fois par jour, les visiteurs du Musée royal de l'Ontario peuvent assister en direct à une extraction de venin. La démonstration est projetée sur un écran géant. Photo : Radio-Canada

Nous voulons simplement comprendre ce qui compose le venin.

Gil Wizen, dompteur d'araignées

Les chercheurs du laboratoire s'intéressent particulièrement aux composés chimiques du venin qui ont un potentiel bénéfique en médecine, notamment dans le développement d'analgésiques et de traitements contre la douleur, mais aussi dans d'autres domaines, comme en agriculture. Il y a beaucoup d'utilisations. Ça peut être industriel, ça peut être médical, indique Julie Tomé, enseignante scientifique au musée.

Tous les spécimens que nous avons ici sont inoffensifs, mais ça n'empêche pas que leur venin est intéressant pour la recherche, ajoute Gil Wizen.

Indolore et rapide

On assure que l'extraction du venin est indolore pour les araignées, et puisque la production du liquide peut être épuisante, chaque araignée n'est sollicitée qu'une fois par cycle de 14 jours. Elles ne produisent pas beaucoup de venin. Ce sont des animaux à sang froid, elles ne mangent pas très souvent, il faut leur laisser du temps pour produire le venin avant une extraction, assure Julie Tomé.

Ce n'est pas très long, quelques minutes [...] Quand c'est fini, elles se réveillent et c'est tout.

Julie Tomé, enseignante scientifique, Musée royal de l'Ontario
Des visiteurs dans un musée observent une démonstration. Le Musée royal de l'Ontario a aménagé un laboratoire éducatif qui permet aux visiteurs d'observer l'extraction du venin. Photo : Radio-Canada

Une vingtaine de collègues scorpions participent aussi à la recherche; leurs giclées sont récupérées dans une fiole, lors d'un processus similaire. Tout le monde est mis à contribution, parce que les quantités recueillies sont infimes; seulement une goutte, parfois deux avec un peu de chance.

Peu importe le nombre de fioles qui seront acheminées au laboratoire américain, le personnel du musée se félicite de ce partenariat scientifique inusité. Il y a du venin qui a été extrait au musée pendant toute la durée de l'exposition, qui est en train d'être utilisé dans le cadre de recherches médicales, lance avec fierté Julie Tomé. L'Université de l'Utah a promis que le musée serait tenu informé de toute éventuelle avancée scientifique à laquelle les arachnides ontariens auraient contribué.

L'exposition Les araignées : peur et fascination est présentée jusqu'au 6 janvier 2019 au Musée royal de l'Ontario.

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