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Des caribous de La Sarre pour sauver la harde de Val-d’Or?

Un jeune caribou au pelage blanc et brun, recouvert partiellement de neige
Un jeune caribou Photo: iStock / JellisV
Thomas Deshaies

L'Action boréale et des biologistes de renom proposent d'introduire temporairement des caribous provenant du nord de la Sarre pour sauver la harde de Val-d'Or. Le plan qui a été déposé au ministre de la Faune, Pierre Dufour, serait par ailleurs beaucoup moins coûteux que les estimations effectuées par le précédent gouvernement. Le ministre de la Faune, Pierre Dufour, n'a toujours pas pris de décision, mais confirme avoir soumis ce plan aux spécialistes du ministère.

Le plan de l’Action boréale, dont Radio-Canada a obtenu copie, a été préparé par deux biologistes d’expérience : Serge Couturier et Marcel Paré. M. Couturier, qui cumule près de 30 années d’expérience, a participé à des opérations de sauvegarde des caribous ailleurs au Québec. Marcel Paré a quant à lui oeuvré au ministère de la Faune en Abitibi-Témiscamingue, aussi pendant une trentaine d’années.

Si leur proposition est acceptée par le ministère et les communautés autochtones, une trentaine de caribous provenant du nord de La Sarre seraient amenés dans la région de Val-d’Or. Ce plan permettrait, en quelques années, de ramener à 80 caribous le nombre de membres de la harde, ce qui serait au-dessus du seuil de viabilité, évalué à une cinquantaine de bêtes. Un plan visant à assurer une utilisation adéquate du territoire serait ensuite appliqué, tout comme des actions de sensibilisation.

Le Refuge Pageau serait mis à contribution, pour permettre aux caribous de mettre au monde leur progéniture, avant qu’ils ne soient réintroduits dans leur environnement naturel.

Abordable, selon l’Action boréale

L’ancien ministre de la Faune, Luc Blanchette, avait jugé qu’il serait trop dispendieux d’assurer la survie à long terme de la harde. Il évaluait qu’il en coûterait 76 millions de dollars, en 50 ans. Un montant qui incluait les potentielles pertes financières, notamment pour les forestières.

Le plan de l’Action boréale prévoit un investissement de moins d’un million de dollars pour une opération de réintroduction du caribou. Les impacts sur l’économie n’ont toutefois pas été quantifiés, tout comme le coût des différentes interventions nécessaires pour assurer un milieu de vie adéquat à long terme.

Le président de l’Action boréale, Henri Jacob, explique cependant que toutes ces interventions seront moins coûteuses que ce que le laissait entendre Luc Blanchette.

Pour écouter Henri Jacob en entrevue à l'émission Région zéro 8, cliquez ici.

L’étude [commandée par Luc Blanchette] voulait prouver que ça coûterait énormément cher et elle ne parlait pas de la réintroduction et de remettre ce troupeau-là en état de survie.

Henri Jacob

Il estime également que la stratégie ne se traduira pas par la fin de toutes les activités humaines sur le territoire. Si on fait de la bonne foresterie, il ne devrait pas y avoir une diminution du nombre de caribous. Tant que le caribou se maintient, ça nous dit qu’on fait un développement qui est acceptable pour la nature et pour l’humain, explique-t-il.

La « dernière chance »

Henri Jacob, qui a présenté ce plan au ministre Pierre Dufour, salue l’ouverture dont il a fait part depuis le début de son mandat. On ne peut pas faire comme les années passées, être tout le temps en bataille contre un ministère qui refuse de jouer le rôle pour lequel il est fondé, souligne-t-il. Le ministère de la Faune doit s’organiser pour tenter au minimum de sauver les espèces menacées.

En entrevue à Région zéro 8, Pierre Dufour a expliqué qu’il n’était pas prêt à se prononcer sur le plan proposé par l’Action boréale. On va commencer à sentir des pistes d’orientation pour le mois de janvier, a-t-il déclaré, tout en précisant avoir aussi rencontré la forestière Eacom. Lorsque j’aurai tous les faits, je serai en mesure de prendre une décision éclairée et de voir où je veux aller.

Il a toutefois fait savoir qu’il se pencherait sérieusement sur l’enjeu de la préservation des hardes de caribou au Québec. C’est sûr que ça va être un dossier qui va progresser en 2019, a-t-il conclu.

Si notre projet réussit, ça pourrait être une expérience reproduisible un peu partout au Canada. Tous les troupeaux isolés sont en diminution.

Henri Jacob

Il qualifie ce plan de « dernière chance », qui donnera un indicateur sur la réelle volonté du gouvernement de s’attaquer aux enjeux environnementaux. Si on laisse disparaître ce troupeau sans rien faire, qu’est-ce qui va se passer avec la prochaine espèce qui va se trouver sur le chemin d’une minière?, souligne-t-il.

Abitibi–Témiscamingue

Faune et flore