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Le secrétaire à la Défense des États-Unis, James Mattis, démissionne

Le reportage de Raphaël Bouvier-Auclair
Radio-Canada

Voix de la modération au sein du cabinet de Donald Trump, le général James Mattis a offert sa démission au président Trump jeudi, 24 heures après que ce dernier eut annoncé le retrait des troupes américaines stationnées en Syrie, auquel il s'opposait.

Dans une lettre de démission où émergent de façon évidente ses divergences d'opinions avec le président, le général Mattis défend abondamment l'importance des partenariats internationaux.

« Mon point de vue sur l'importance de traiter les alliés avec respect et la nécessité de se montrer lucide devant les acteurs malveillants tout autant que les concurrents stratégiques s'appuie sur une expérience de plus de quatre décennies au cours desquelles j'ai été plongé dans ces enjeux », soutient le militaire à la retraite dans une lettre de deux pages au ton respectueux, mais directe.

« Je crois que notre approche à l'égard des pays dont les intérêts stratégiques sont de plus en plus en conflit avec les nôtres doit être ferme sans ambiguïté », illustre-t-il, dénonçant le « modèle autoritaire » de la Chine et de la Russie.

Parce que vous avez le droit d’avoir un secrétaire à la Défense dont les opinions sont mieux alignées sur les vôtres au regard de cet enjeu et d’autres sujets, je crois qu’il est juste de démissionner de mon poste.

James Mattis

Protéger les intérêts américains et assumer efficacement le rôle de « pilier indispensable du monde libre » n'est pas possible sans de « solides alliances », estime-t-il.

Le contentieux syrien

Disant partager la conviction du président selon laquelle « les forces armées des États-Unis ne devraient pas être le gendarme du monde », il fait cependant valoir que le pays doit jouer un rôle de leadership, citant en exemple la coalition de 74 pays contre le groupe armé État islamique (EI).

La veille, Donald Trump a annoncé un retrait des troupes américaines qui sont stationnées en Syrie, estimant avoir atteint son objectif d'y vaincre l'EI.

Depuis près de deux ans, James Mattis s'était opposé de toutes ses forces au retrait américain de Syrie.

L'ancien général quatre étoiles des Marines, sorti de sa retraite en janvier 2017 pour prendre les rênes du Pentagone, a toujours défendu l'opération militaire américaine en Syrie pour infliger au groupe armé État islamique une défaite « durable, pas seulement territoriale ».

En avril dernier, lorsque le président américain avait annoncé sa volonté de quitter ce pays en guerre depuis plus de sept ans, M. Mattis, avec le soutien d'autres conseillers de la Maison-Blanche, l'avait convaincu de rester encore un peu, tant qu'il y aurait des djihadistes en Syrie.

Trump évoque la « retraite » du général Mattis

Quelques minutes avant que les médias américains n'obtiennent la lettre de démission, le président américain avait fait savoir sur Twitter que son secrétaire à la Défense quitterait son poste à la fin du mois de février.

Il écrivait toutefois que le général Mattis, âgé de 68 ans, « prendrait sa retraite ».

« Le général Mattis m'a grandement aidé à amener les alliés et les autres pays à payer leur part par rapport aux obligations militaires », a-t-il déclaré.

Toujours sur Twitter, Donald Trump a précisé qu'un nouveau secrétaire à la Défense serait nommé prochainement.

Les rumeurs sur la démission de James Mattis circulaient depuis des mois, alimentées par le président lui-même. « C'est une sorte de démocrate. Il pourrait partir », a dit de lui M. Trump en octobre.

L'influence du général Mattis est d'abord apparue considérable : il a obtenu beaucoup de latitude pour lancer des attaques de drones en Somalie et au Yémen et pour décider du nombre de troupes à déployer en Syrie et en Irak. Il a aussi convaincu le président de revenir sur son idée de retirer les troupes d'Afghanistan et il a sécurisé deux budgets records consécutifs pour la Défense.

Son poids au sein de l'exécutif a toutefois paru diminuer depuis le limogeage brutal, au printemps 2018, de ses deux plus proches alliés modérés au sein du gouvernement, l'ex-chef de la diplomatie Rex Tillerson et le conseiller à la sécurité nationale H. R. McMaster, remplacés par les faucons Mike Pompeo et John Bolton.

Sa position a aussi été fragilisée par la publication du livre de Bob Woodward sur la Maison-Blanche de Donald Trump. Le journaliste y affirmait qu'à l'issue d'une rencontre entre M. Trump et son équipe de sécurité nationale au sujet de la présence militaire sur la péninsule coréenne, James Mattis, particulièrement exaspéré, aurait en outre confié à des proches que le président se comportait comme un élève de 10 ou 11 ans et montrait le même degré de compréhension des enjeux.

Au fil des mois, il a dû faire des concessions : renoncer à d'importantes manoeuvres militaires en Corée du Sud, oeuvrer à la création d'une force spatiale contre laquelle il s'était exprimé publiquement, déployer des milliers de soldats à la frontière mexicaine, une opération qui allait à l'encontre de son objectif affiché de préparation optimale des militaires au combat.

Le président a aussi ignoré son avis lorsqu'il a choisi le nouveau chef d'état-major américain, Mark Milley.

Surnommé le « moine soldat » en raison de sa culture historique militaire encyclopédique, mais aussi le « chien enragé » pour son ardeur au combat, James Mattis a combattu en Irak et en Afghanistan.

James Mattis est le dernier de ceux que le président Trump présentait comme « ses » généraux à quitter son administration.

Secrétaire à la Sécurité intérieure, puis chef de cabinet de la Maison-Blanche, John Kelly quittera ses fonctions à la fin du mois. En attente du prononcé de sa peine pour un crime relié à l'enquête du procureur spécial Robert Mueller sur l'ingérence russe lors de la présidentielle de 2016, Michael Flynn avait dû renoncer à son poste de conseiller à la sécurité nationale après une vingtaine de jours.

Avec les informations de AFP

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