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Opioïdes : un jury du coroner demande à l'Ontario de décréter l'état d'urgence

Bradley Chapman.
Bradley Chapman avait commencé à prendre des antidouleurs en raison de problèmes de santé. Photo: Famille Chapman
Jean-Philippe Nadeau

À Toronto, le jury à l'enquête du coroner sur le décès de Bradley Chapman demande au gouvernement Ford de déclarer l'état d'urgence en Ontario au sujet de la crise des opioïdes qui sévit dans la province. On estime que 3 à 4 Ontariens succombent chaque jour à une surdose d'opiacé.

Bradley Chapman est mort d'une surdose à l'été 2015 dans les rues du centre-ville après avoir été incarcéré de façon intermittente pour des problèmes avec la loi.

L'homme de 43 ans venait en fait à peine de sortir de prison, lorsqu'il a fait une rechute au mois d'août. Le sans-abri avait été retrouvé à l'aube, recroquevillé devant un hôtel du centre-ville.

L'enquête du coroner avait démontré que les policiers appelés au 911 n'avaient rien fait pour lui venir en aide et qu'il était déjà mort lorsque les ambulanciers étaient finalement arrivés sur les lieux.

On voit les deux commerces proches de l'hôtel Chelsea où Bradley Chapman a été retrouvé intoxiqué avant l'aube du 18 août 2015.Les deux commerces proches de l'hôtel Chelsea où Bradley Chapman a été retrouvé intoxiqué avant l'aube du 18 août 2015. Photo : Cour du coroner de l'Ontario

Le jury a déterminé que sa mort était toutefois accidentelle alors que la famille Chapman tentait d'obtenir un verdict d'homicide, parce que les deux policiers avaient, selon elle, failli à leur devoir.

Le jury propose une cinquantaine de recommandations à la province (aux ministères de la Santé et de la Sécurité communautaire et des Services correctionnels) à la Ville de Toronto et le service de police de la métropole.

À la province :

  • État d'urgence immédiat
  • Nomination d'un coordonnateur au sein du ministère de la Santé sur la crise des opioïdes
  • Établissement d'une stratégie provinciale avec une approche en santé mentale
  • Reprise dans 60 jours des rencontres du groupe de travail sur les opioïdes, abandonné par les conservateurs
  • Consultations publiques menées en particulier auprès de toxicomanes, de sans-abri et de prisonniers
  • Campagne de sensibilisation à leur sujet auprès du public
  • Financement de programmes de prévention en matière d'itinérance et de soins en santé mentale
  • Financement de services en counselling pour stress, traumatismes, problèmes psychologiques...
  • Travail de déstigmatisation à faire auprès des corps professionnels au sujet de la toxicomanie et de la santé mentale
Un sans-abri sur le trottoir l'hiver à Toronto.Un meilleur financement permettrait de mieux coordonner des services aux itinérants à Toronto. Photo : La Presse canadienne / Christopher Katsarov

À la Ville de Toronto :

  • Nomination d'un coordonnateur au bureau de l'hygiéniste en chef avec pour seul mandat de s'attaquer aux surdoses d'opioïdes (information, prévention, soins d'urgence...)
  • Meilleure coordination des services à l'endroit des toxicomanes (prévention, soins, logement...)
  • Création d'un fonds sur les surdoses d'opioïdes
  • Collecte de toutes les données relatives aux opioïdes (usagers, surdoses mortelles/non mortelles...)
  • Programme de réduction des risques à implanter dans les refuges, agences, logements sociaux...
Une dose injectable de naloxone, qui sert d'antidote aux opioïdes.La naloxone sert d'antidote aux opioïdes. Photo : Radio-Canada

Au Service de police :

  • Trousse de naloxone à tout le personnel de première ligne
  • Meilleure formation auprès des policiers pour faire face à un itinérant en détresse sur la voie publique
  • Meilleure formation dans l'administration de la naloxone et en secourisme
  • Meilleure transmission des informations entre la police et la santé publique
  • Révision du vocabulaire utilisé par les répartiteurs d'urgence (comme « ivrogne »)
  • Formation contre la discrimination à l'endroit des toxicomanes, sans-abri, ex-prisonniers...

Réactions positives

Le coroner qui a présidé l'enquête, le Dr David Eden, a mentionné que le verdict était rempli de compassion et a salué le jury pour ses recommandations, qu'il a qualifées de solides. Il a en outre offert de nouveau ses condoléances à la famille de Bradley Chapman.

Zoe Dodd, du groupe Empowerment Council qui défend les personnes atteintes d'un problème de santé mentale, affirme que les recommandations sur la coordination des services à la Ville de Toronto et dans la province sont tout à fait appropriées.

Nous devrions prévenir les surdoses, plutôt que de compter des corps et de cumuler des statistiques sur les morts.

Zoe Dodd, intervenante sociale de première ligne

L'avocate des Chapman, Suzan Fraser, explique que la famille est très heureuse du travail du jury et que ses recommandations sont un premier pas dans la bonne direction pour faire face à cette crise.

Elle ajoute que le jury n'a pas eu la tâche facile, puisque cette enquête du coroner portait à la fois sur l'itinérance, la dépendance aux drogues et l'incarcération des malades, et qu'il a réussi à offrir une plateforme de solutions en matière de santé publique.

La sœur de Bradley Chapman, Leigh, et l'avocate Suzan Fraser qui représente la famille du défunt dans cette enquête du coroner.La sœur de Bradley, Leigh, et l'avocate Suzan Fraser qui représente la famille Chapman dans cette enquête. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

L'établissement d'un état d'urgence en Ontario est, selon Me Fraser, approprié, étant donné le nombre flagrant de personnes qui succombent chaque jour à une surdose d'opioïdes dans la province. Seize Ontariens sont morts durant les trois semaines qu'a duré l'enquête du coroner.

Le jury a compris selon elle que la façon dont on traite le problème des opiacés ne fonctionne plus et que l'approche doit porter sur la réduction des méfaits associés aux opioïdes. La criminalisation [des drogues] tue des vies, la réglementation peut au contraire en sauver, dit-elle.

Il faut que nous soyons aussi bien organisés que nous l'étions lors des deux épisodes de SRAS à Toronto à l'époque.

Suzan Fraser, avocate des Chapman

Me Fraser rappelle que la plupart de ces surdoses mortelles peuvent être évitées si les professionnels, comme les policiers, sont en mesure d'administrer les premiers soins à une personne en détresse. Nous avons beaucoup de préjugés à l'endroit de ceux qui consomment des drogues et des sans-abri, ajoute-t-elle.

Elle a confiance dans le fait que certaines des recommandations seront mises en place, rappelant que le premier ministre Doug Ford vient lui-même d'une famille aux prises avec une dépendance aux drogues ou aux médicaments : Je pense qu'il va être à l'écoute, parce qu'il n'aurait pas voulu que son frère meure d'une surdose ou à cause d'un manque de service.

Ontario

Santé mentale