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L'Occident cherche à contrer l'essor de la Russie, plaide Poutine

Le président russe Vladimir Poutine, lors de sa conférence de presse annuelle, jeudi, à Moscou.

Photo : La Presse canadienne / AP/Alexander Zemlianichenko

Radio-Canada
Mis à jour le 

Vladimir Poutine a profité jeudi de sa traditionnelle conférence de presse annuelle pour accuser l'Occident de freiner la « montée en puissance » de la Russie, réfuter toute ingérence dans les affaires américaines et britanniques et peindre un portrait optimiste de l'avenir de la Russie.

Pendant près de quatre heures, le président russe a répondu à des dizaines de questions posées par certains des quelque 1700 journalistes qui avaient été accrédités pour cette grande conférence de presse, la quatorzième depuis son arrivée au pouvoir, en 2000.

Interrogé sur les sanctions occidentales contre la Russie, mises en place en 2014, après l'annexion de la péninsule ukrainienne de Crimée, M. Poutine a assuré qu'elles étaient liées à « l'augmentation de la puissance de la Russie ».

Il a fourni le même argument en évoquant divers scandales d’espionnage mettant des Russes en cause, et l’empoisonnement en Grande-Bretagne de l'ex-agent double Sergueï Skripal.

« S'il n'y avait pas eu Skripal, ils auraient imaginé autre chose. L'objectif est simple : freiner le développement de la Russie, vue comme un possible concurrent », a-t-il fait valoir.

Pendant toute son histoire, la Russie a été visée par diverses sanctions. Cela s’explique par sa montée en puissance et sa compétitivité. Un nouveau joueur est apparu, et il doit être considéré.

Vladimir Poutine, président de la Russie

Confronté à du mécontentement chez lui, en raison d'une impopulaire réforme des retraites qui a fait chuter son taux de popularité et provoqué des défaites électorales inhabituelles pour son parti, le président Poutine avait affirmé plus tôt qu’il était optimiste quant aux perspectives économiques dans son pays.

« La Russie a pleinement les moyens d'entrer dans le top cinq » des économies mondiales, a-t-il clamé, en soulignant une croissance de 1,7 % au cours des 10 premiers mois de l’année et une hausse « mineure » des revenus réels de ses concitoyens.

La Russie, qui pointe actuellement au 12e rang des économies mondiales, selon la Banque mondiale, a connu une récession en 2015 et 2016, sur fond de chute des prix du pétrole et de sanctions occidentales liées à la crise ukrainienne. Le pays a depuis retrouvé la croissance, mais celle-ci reste modeste.

Nouvelle mise en garde au sujet de contrôle des armes

Le président Poutine a par ailleurs accusé les États-Unis d'accroître le risque de guerre nucléaire en menaçant de se retirer du traité sur les forces nucléaires à portée intermédiaire (INF) et en refusant de discuter de la prolongation du traité de réduction des armes stratégiques nucléaires (New START).

Le président américain, Donald Trump, a annoncé fin octobre que Washington allait se retirer du traité INF, accusant Moscou de ne pas le respecter. Ce traité, signé en 1987 par Ronald Reagan et Mikhaïl Gorbatchev, portait sur le démantèlement des missiles tirés du sol et d'une portée de 500 à 5500 km.

Nous assistons en fait à l'effondrement de l'ordre international du contrôle des armements et au début d'une course aux armements. Il est très difficile d'imaginer les conséquences [d'un retrait américain]. Si de tels missiles apparaissent en Europe, que devrons-nous faire? Évidemment, nous devons assurer notre propre sécurité.

Vladimir Poutine, président de la Russie

Le traité New START, qui limite le nombre d'ogives nucléaires stratégiques, expirera pour sa part en 2021, et Vladimir Poutine dit être inquiet de voir que Washington peu enclin à discuter de sa prolongation.

« Il n'y a encore eu aucune discussion à ce sujet. Est-ce que cela n'intéresse pas les Américains, n'en voient-ils pas la nécessité? D'accord... Alors nous assurerons notre propre sécurité, comme nous savons le faire. Mais c'est très mauvais pour l'humanité, car cela nous rapproche d'un seuil très dangereux », a-t-il souligné.

Le président russe a également observé que ce sont les États-Unis, et non la Russie, qui cherchent à dominer le monde. Le budget annuel de la défense américaine excède les 700 milliards de dollars, a-t-il observé, contre 46 milliards pour la défense russe.

Des centaines de journalistes sont assis dans la selle où se déroulent la conférence de presse, retransmise sur un écran géant. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Environ 1700 journalistes ont été accrédités pour la conférence de presse annuelle du président Poutine. Plusieurs brandissent des pancartes pour attirer son attention.

Photo : Getty Images / ALEXANDER NEMENOV

Peu de développement sur l'Ukraine

Vladimir Poutine est revenu sur le litige opposant son pays à l'Ukraine, qui s'est envenimé à nouveau à la mi-novembre lorsque les gardes-côtes russes ont capturé trois navires militaires ukrainiens et leurs équipages au large de la Crimée, le premier affrontement armé ouvert entre les deux pays.

Le président russe a réitéré qu'il s'agissait, à son avis, d'une « provocation » ukrainienne, destinée à accroître la cote de popularité de son homologue ukrainien Petro Porochenko, en vue de la présidentielle de mars 2019.

Pourquoi nos partenaires ukrainiens ont-ils besoin de ce développement? Ils ont besoin d'une escalade de la situation avant les élections, pour hausser le profil d'un candidat. Est-ce que la provocation a atteint ses buts? Pour accroître cette cote de popularité, peut-être.

Vladimir Poutine, président de la Russie

M. Poutine a aussi condamné jeudi la création en Ukraine d'une église orthodoxe indépendante de la tutelle russe. Selon lui, l'objectif du patriarche Bartholomée de Constantinople, qui a autorisé la création de cette église indépendante, était d'« asservir » l'Ukraine.

« Il s'agit d'une violation flagrante et profonde des libertés religieuses », a-t-il dit. « Cela a lieu également avec l'objectif d'une rupture plus grande entre les peuples russe et ukrainien. »

Normaliser les relations avec les États-Unis

Le président russe n'a pas été en mesure de dire s'il rencontrera bientôt le président Trump. Il a toutefois exprimé le souhait que les relations entre Moscou et Washington se normalisent. « Nous sommes prêts pour ça, dès que l'autre partie le sera aussi », a-t-il affirmé.

Il a aussi critiqué un « manque de respect » envers le verdict des Britanniques au sujet du Brexit et celui des Américains, qui ont élu Donald Trump. « Trump a gagné, c'est un fait évident. Mais ils ne veulent pas reconnaître cette victoire », a-t-il laissé tomber.

M. Poutine a dit être d'accord avec la décision de M. Trump de retirer les troupes américaines de la Syrie. « Le fait que les États-Unis ont décidé de retirer leurs troupes est juste », a-t-il affirmé, en précisant cependant que Moscou ne voyait pas encore les « signes » de ce retrait annoncé.

Sans surprise, M. Poutine a continué de nier toute ingérence russe dans le processus électoral américain, malgré le récent plaidoyer de culpabilité de la Russe Maria Butina.

Cette dernière a admis la semaine dernière avoir participé à un effort organisé, soutenu par des responsables russes, pour ouvrir des voies de communication non officielles avec des Américains influents au sein du Parti républicain et de la National Rifle Association (NRA), le principal lobby proarmes américain.

« Je ne comprends pas ce qu'elle a confessé. Elle n'a pas répondu aux ordres des services de sécurité russes. Je ne comprends pas pourquoi elle a été emprisonnée. Il n'y a aucune base [légale] pour ça », a-t-il commenté.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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