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Retrait américain de Syrie : la Russie jubile, la coalition s'inquiète

Quatre combattants des YPG courent dans une rue de Raqqa, en juillet 2017.

Des combattants kurdes des YPG, lors de l'offensive contre Raqqa, en juillet dernier.

Photo : Reuters / Goran Tomasevic

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

La Russie et la Turquie se frottent déjà les mains au lendemain de l'annonce par le président Trump du retrait des troupes américaines en Syrie, alors que la France, le Royaume-Uni et les milices rebelles syriennes s'inquiètent des conséquences de cette décision sur l'avenir de la lutte contre le groupe armé État islamique (EI).

« Je ne suis pas du tout d'accord », a déclaré le secrétaire d'État britannique à la Défense, Tobias Ellwood, sur Twitter en réponse au président Trump qui affirme, pour justifier ce retrait, que l’EI est vaincu.

« Cela [les activités de l’EI] s'est transformé en d'autres formes d'extrémisme et la menace reste très présente. »

— Une citation de  Le secrétaire d'État à la Défense britannique, Tobias Ellwood

« La coalition internationale contre L'EI a fait d'énormes progrès », a poursuivi le ministre Ellwood, « mais il reste beaucoup à faire, et nous ne devons pas perdre de vue la menace qu'ils posent. Même sans territoire, l'EI demeure une menace ».

Un avion militaire laissant tomber 6 petites bombes, vu d'en-dessous.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un avion du régime syrien lors d'un bombardement.

Photo : AFP/Getty Images / AMER ALMOHIBANY

Le ministre a indiqué que le Royaume-Uni demeurait « engagé dans la coalition internationale et sa campagne pour priver l'EI de territoire et assurer sa défaite durable ».

« Depuis le début des opérations militaires, la coalition et ses partenaires en Syrie et en Irak ont repris une vaste majorité du territoire de l'EI et d'importantes avancées ont été enregistrées au cours des derniers jours dans la dernière zone de l'est de la Syrie occupée par Daech », s'est par ailleurs félicité le ministre.

La France demeure engagée

La France estime aussi que la présence sur le terrain doit se poursuivre.

« Daech n'est pas rayé de la carte, ni ses racines d'ailleurs. Il faut vaincre militairement, de manière définitive, les dernières poches de cette organisation terroriste », a déclaré la ministre des Armées, Florence Parly, sur Twitter.

« La campagne militaire contre Daech continue », a déclaré le porte-parole de l'état-major des armées françaises, le colonel Patrik Steiger.

« L'annonce à ce stade du président américain n'a aucune incidence sur la continuation de la participation de la France [à la coalition]. »

— Une citation de  Le colonel Patrick Steiger

La France compte quelque 1100 militaires en Irak et en Syrie fournissant un soutien en logistique, en artillerie lourde et en entraînements, de même que des avions de combat utilisés dans des frappes ciblées.

« Pour le moment, bien sûr, nous restons en Syrie parce que la question de la lutte contre l'EI reste une question essentielle », a déclaré la ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau sur CNews.

« Chacun ses priorités, l'essentiel c'est d'avoir les siennes et d'avoir les moyens de les réaliser », a-t-elle ajouté.

Syrie : l'engrenage de la guerre

Un vide au sein de la coalition

Britanniques et Français ont semblé surpris par l’annonce du président américain. La France s'active en coulisse afin de connaître la nature et le calendrier exact du retrait des forces américaines, révèlent des sources diplomatiques de Reuters.

« Si c'est aussi grave que ça en a l'air, c'est un sérieux problème pour nous et pour les Britanniques, car du point de vue opérationnel, la coalition ne fonctionne pas sans les États-Unis », précise un diplomate français.

« Il faut que nous puissions comprendre ce qui est vraiment annoncé et ce qui est fait. »

— Une citation de  Un diplomate français

De l’autre côté de la Manche, le quotidien britannique The Times révèle que Londres n’a pas été prévenu à l’avance de la décision du président Trump.

Les YPG pris en tenailles

Pendant que Britanniques et Français défendent bec et ongles le maintien sur le terrain de la coalition, les Forces démocratiques syriennes (FDS), soutenues par Washington, qui combattent sur le terrain, estiment que le retrait des troupes américaines permettra aux djihadistes de l'EI de se relever.

« Cela offrira au terrorisme [...] une occasion de se reprendre et de lancer une [nouvelle] campagne dans la région », ont indiqué les FDS dans un communiqué.

Un combattant kurde des Unités de protection du peuple kurde (YPG) lance un mortier de 120 mm en se bouchant les oreilles à Raqqa en Syrie.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Un combattant kurde des Unités de protection du peuple kurde (YPG) lance une arête de mortier de 120 mm à Raqqa en Syrie.

Photo : Reuters / Goran Tomasevic

Principaux alliés de la coalition sur le terrain, les FDS sont largement constitués des Unités de protection du peuple (YPG), des milices kurdes du nord de la Syrie. Ces dernières sont doublement menacées par le retrait américain puisque, outre l’EI qu’elles combattent en Syrie, la Turquie menace de les anéantir.

L’annonce du président Trump intervient dans un contexte d'escalade de menaces du président turc Recep Tayyip Erdogan contre les forces kurdes stationnées dans le nord de la Syrie. Le président turc a réaffirmé, lundi, sa détermination à « se débarrasser » des milices kurdes.

Membre de l’OTAN, la Turquie se gardait jusque-là de s’en prendre aux milices kurdes YPG, qu’elle considère comme le bras armé du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), les séparatistes turcs en rébellion contre Ankara.

Le retrait des troupes américaines permettra toutefois à la Turquie de s’attaquer aux YPG, qu’elle considère comme une organisation terroriste. La Turquie a d’ailleurs promis mercredi que les forces kurdes présentes à l'est de l'Euphrate « seraient anéanties le moment venu ».

« Maintenant nous avons Manbij et l'est de l'Euphrate devant nous », rapporte l'agence officielle turque Anatolie. « Nous travaillons de manière intensive sur ce sujet », ajoute l'agence, citant le ministre turc de la Défense Hulusi Akar. « On nous dit que des tranchées et des tunnels sont creusés à Manbij et à l'est de l'Euphrate », a-t-il déclaré.

« Ils peuvent creuser des tunnels et des tranchées s'ils veulent, ils peuvent aller sous terre, le moment venu on les enterrera dans les tranchées qu'ils ont creusées. »

— Une citation de  Le ministre turc de la Défense Hulusi Akar.

Les FDS entendent poursuivre leur offensive contre l’EI dans l’est de la Syrie en dépit du retrait américain. « La bataille [dans la poche de] Hajine se poursuit jusque-là », a dit le porte-parole des FDS, Moustapha Bali, à l’AFP.

Une offensive turque contre les zones kurdes du nord syrien provoquerait toutefois l’arrêt des combats contre l’EI, a-t-il toutefois prévenu, réagissant ainsi aux menaces turques.

« La décision américaine n'est [pour l'heure] qu'une décision et n'a pas encore d'impact sur le terrain », a ajouté M. Bali.

Soutenues par l'aviation de la coalition, les FDS ont pris le contrôle de Hajine, la semaine dernière, au terme de plus de trois mois de combats. Les djihadistes de l’EI sont désormais retranchés dans leurs ultimes bastions de Soussa et Al-Chaafa.

Poutine ravi, mais sceptique

Les Turcs ne sont pas seuls à se réjouir du départ des troupes américaines. L’Iran et la Russie, alliés de Damas, estiment que le départ des Américains leur permettra de parvenir à une solution négociée.

Le président russe, Vladimir Poutine, s’est réjoui du retrait des troupes américaines de Syrie lors de sa conférence annuelle avec les médias.

« Le fait que les États-Unis ont décidé de retirer leurs troupes est juste », a-t-il affirmé, ajoutant cependant que Moscou ne voyait pas encore les « signes » de ce retrait annoncé par Washington.

Le président russe semble, par ailleurs, être le seul à partager l’opinion de son homologue américain au sujet de la défaite de l’EI en Syrie.

Et bien qu'il salue la décision américaine de se retirer de la Syrie, M. Poutine a dit douter ouvertement que les États-Unis retirent la totalité de leurs forces du théâtre d'opérations syrien.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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