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Pour les libéraux du Manitoba, le défi d'être une « autre voix » crédible

Dougald Lamont, assis sur son bureau, souriant. Au fond, on voit des étagères de livre et un drapeau franco-manitobain.
Le chef du Parti libéral du Manitoba, Dougald Lamont, souhaite continuer de s'imposer comme deuxième opposition. Photo: Radio-Canada / Gilbert Rowan
Camille Gris Roy

Le chef du Parti libéral du Manitoba a vécu une année remplie. Quelques mois seulement après avoir remporté une course à la direction, Dougald Lamont se lançait dans une longue campagne pour une élection partielle. Il a remporté son double pari : celui de siéger à l'Assemblée, et de faire de sa formation politique un parti officiellement reconnu, avec quatre députés.

« C’était beaucoup de travail, je me sens un peu fatigué, mais c'était vraiment excitant et je suis fier de ce qu'on a accompli », confie Dougald Lamont lors d’une entrevue de fin d’année avec Radio-Canada.

Pour le Parti libéral, obtenir un quatrième siège cet été dans Saint-Boniface a entraîné plusieurs changements. « Concrètement, on a une présence différente en chambre, je peux poser des questions au premier ministre Pallister chaque jour. Et on a plus de gens qui travaillent pour le caucus maintenant, en recherche et en communication », détaille M. Lamont.

En temps que deuxième opposition, s'ils sont moins nombreux que les députés du Nouveau Parti démocratique (NPD), les libéraux tentent de se démarquer en proposant « une autre voix » et « d’autres solutions », indique Dougald Lamont. Il reconnaît que son parti rejoint souvent le NPD sur des enjeux, mais affirme qu'il apporte aussi un bagage différent.

« Si le NPD critique le gouvernement, souvent le gouvernement dit : vous étiez au pouvoir pendant 17 ans et on est en train de nettoyer vos déchets. »

Pour nous, c'est de montrer où les conservateurs et le NPD ont souvent fait la même chose, et où les deux se trompaient.

Dougald Lamont, chef du Parti libéral du Manitoba

Cette voix alternative vaut aussi pour le travail en dehors de la chambre, rappelle Dougald Lamont qui, naturellement, regarde déjà vers 2020, année de la prochaine élection provinciale.

« Le but, dit-il, ce serait d'assurer aux Manitobains qu'il y aura une autre option, pas seulement deux choix cette fois, et pas seulement à Winnipeg mais partout au Manitoba. »

Économie et environnement : des enjeux piliers

« Le gouvernement Pallister, trop souvent, n’a pas de plan. Ou il a un plan, mais pas d'action. » C’est ainsi que Dougald Lamont perçoit les mesures des progressistes-conservateurs au pouvoir.

Il cite en exemple l’annonce récente d’un groupe de travail sur les drogues illicites réunissant les paliers fédéral, provincial et municipal, en lien notamment avec la méthamphétamine.

« Ils sont en train d'étudier le problème quand on sait qu'il y a des choses qu'on peut faire tout de suite », commente-t-il. Il voudrait voir plus d’infirmières dans les écoles pour faire de la sensibilisation, et propose un meilleur accès aux lits de traitement, car « trop de ces espaces sont privés ».

« Nous, on a suggéré de prendre les impôts du cannabis pour le traitement des dépendances », réitère Dougald Lamont.

Gros plan sur Dougald Lamont, dans son bureau, vêtu d'un col roulé gris. Au fond, une lampe et des livres.Dougald Lamont Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

Si les thèmes de la santé et de l’éducation sont des morceaux de taille sur la scène politique provinciale, Dougald Lamont ajoute qu’il y a trois grands dossiers sur lesquels il souhaite travailler : l'économie, l'environnement et la francophonie.

Sur l’environnement, Dougald Lamont rappelle que son parti planche en ce moment sur son propre « plan sur le climat » qui, espère-t-il, sera présenté en janvier.

« Il faut avoir un prix sur la pollution d'une façon ou d'une autre, avance-t-il. Mais ça fait des décennies qu’on parle de ça et on ne fait rien. Comment peut-on mieux agir? Au Manitoba, on a l'hydro-électricité qui est assez saine, donc il y a un potentiel énorme, mais il faut des investissements. »

Pour l’économie, il souhaite pousser l’idée d’une « banque d’entreprises manitobaines ». « Pour nous, l'une des choses les plus importantes, c’est créer de nouveaux emplois. Et une des choses qu'on peut faire c'est aussi créer des emplois et des entreprises en français. »

Promouvoir le fait français

Les récents changements au Bureau de l’éducation française et au Service de traduction de la province le préoccupent. Comme son collègue néodémocrate, il n’est pas convaincu par la version du gouvernement, selon qui un emploi « plus intelligent » des ressources entraînera plus de résultats.

Je suis sceptique, parce qu'ils disent toujours : on va avoir des épargnes et réinvestir, mais ça ne se passe pas.

Dougald Lamont

Reste à voir également, dit-il, si le standard de qualité des traductions pourra être conservé. « Parce que maintenant, il y a un groupe de gens qui travaillent ensemble et qui utilisent tous les mêmes standards pour la traduction : ça va changer si on engage des gens par-ci par-là. »

Dougald Lamont, assis sur le coin de son bureau, montre un T-shirt noir avec l'inscription « Restez calmes, oui il y a des francophones hors Québec ».Dougald Lamont s'est procuré ce T-shirt pour promouvoir la francophonie au Manitoba. Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

La francophonie, rappelle Dougald Lamont, a fait les manchettes un peu partout au pays cette année.

« En Ontario, au Nouveau-Brunswick, et aussi avec Denise Bombardier qui voulait nier qu'il y a des gens qui parlent français hors Québec. C'est une réalité qu'il faut promouvoir, maintient-il. La semaine dernière, j'avais une réunion avec des gens qui travaillent avec Mélanie Joly, la ministre fédérale des Langues officielles, pour dire : on a ces problèmes et on craint de perdre des droits pour les francophones ici au Manitoba. Ils étaient très intéressés. »

Procédure pas toujours évidente

Sur une note plus personnelle, Dougald Lamont partage ses observations après une première rentrée législative cet automne. Il dit avoir été surpris, par exemple, par les règles de procédure. « Pour moi, une difficulté c'est de connaître les règlements de la chambre, parce que ce n'est pas toujours clair ce qui se passe. Par exemple, quand c'est mon tour de parler, personne ne me le dit. »

Il faut attendre : on compte les questions pour être certains que c'est notre tour, personne ne va te dire de te lever. Les règles sont un peu invisibles.

Dougald Lamont

Lors de la période des questions à l’Assemblée, les députés doivent régulièrement être rappelés à l’ordre pour des questions de décorum et discipline. Dougald Lamont reconnaît que « ça pourrait être beaucoup mieux ». « C’est difficile même de s’entendre des fois en chambre et quand je pose des questions, souvent quelqu’un va m'interrompre et la présidente doit se lever. »

« Le niveau de débat pourrait être mieux, on pourrait avoir non seulement des questions, mais aussi des réponses de temps en temps », remarque-t-il.

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