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L'extrême droite envoie des signaux qui inquiètent à Québec

La librairie anarchiste La Page Noire, dans Saint-Roch, dit avoir été la cible de vandalisme ce week-end.

La librairie anarchiste La Page Noire, dans Saint-Roch, dit avoir été la cible de vandalisme ce week-end.

Photo : Radio-Canada / Alain Rochefort

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Vandalisme, menaces, intimidation et démonstrations publiques; les sympathisants de l'extrême droite multiplient les actions à Québec ces dernières semaines. Leur mouvement dérange et inquiète, et certains montrent « le climat politique » du doigt.

La lutte opposant antifascistes et extrême droite ne date pas d'hier dans la capitale.

Toutefois, des observateurs remarquent une récente recrudescence des sorties publiques des groupes d’extrême droite, dont Atalante Québec, ouvertement identitaire.

Atalante est notamment en faveur de la campagne « remigration », qui vise à renvoyer les migrants vers leurs pays d’origine, ainsi que leurs descendants.

Pas plus tard que dimanche, le groupe était rassemblé au Pub Chez Girard, dans Saint-Sauveur. Informé de la présence d'Atalante par un client, l’un des copropriétaires, Mathieu Castilloux, s’est rapidement présenté sur les lieux afin d'interrompre leurs activités.

Il s'agissait d'une collecte de denrées et de vêtements, mais seulement « pour les nôtres », ce qui exclut ceux qui ne sont pas des Québécois « de souche ».

Joint par Radio-Canada, M. Castilloux s’est dissocié des positions politiques d’Atalante, disant ignorer leur existence avant l’incident.

« On ne peut pas cautionner ça », a-t-il lancé, avant de concéder que le groupe avait « collaboré » et quitté sans tracas.

Dans la fin de semaine du 8 décembre, la librairie anarchiste La Page Noire a été vandalisée pour la troisième fois en trois ans. Le collectif qui l’opère a accusé l’extrême droite d’être derrière le coup.

Puis un homme a été battu la semaine dernière, dans un bar de Saint-Roch.

Selon des renseignements fournis par la police de Québec, le suspect aurait demandé à la victime s'il était un « antifa », ou antifasciste, un mouvement opposé aux groupes d'extrême droite.

Faux cocktails Molotov

Cet automne, un spectacle mettant en vedette des groupes antiracistes et antifascistes a été annulé dans un bar du centre-ville après que de faux cocktails Molotov aient été envoyés au propriétaire de l’établissement.

Ce dernier, convaincu que les expéditeurs sont membres de l'extrême droite, a préféré ne pas commenter lorsque contacté. Il craignait de nouveaux problèmes.

Le concert en question, auquel participait le groupe Union Thugs, prônant le « syndicalisme de combat », a finalement eu lieu le 30 novembre au café étudiant du Cégep Limoilou, campus de Québec.

À nouveau, des pressions ont été exercées dans les jours précédents pour en forcer l’annulation.

L’association étudiante, gestionnaire de la salle, a reçu plusieurs messages dénonçant le concert, fort probablement en provenance de l’extrême droite , selon un représentant interrogé par Radio-Canada.

Selon Josyka Lévesque, conseillère en communication du Cégep Limoilou, en plus des messages, plusieurs personnes ont téléphoné au cégep. Ils signifiaient leurs inquiétudes par rapport aux groupes à l’affiche.

« Ils disaient être des parents d’étudiants », a expliqué Mme Lévesque, précisant qu'il s'agissait d'un fait inhabituel.

« D'habitude, les réactions viennent d'abord des étudiants. »

— Une citation de  Josyka Lévesque, conseillère en communication du Cégep Limoilou

D’autres ont préféré se présenter en tant que journalistes. Incapable de retracer la majorité des noms fournis, un doute s’est installé au sein de la direction quant à la véracité de ces plaintes.

Malgré tout, la direction du Cégep Limoilou a lancé une vérification sur les artistes, indique Mme Lévesque. « Nous avons contacté le promoteur, le Service de police de la Ville de Québec et le Centre de prévention de la radicalisation [menant à la violence]. ».

Il a été décidé que le spectacle pourrait finalement avoir lieu.

Climat politique

Selon Marie-Ève Duchesne, du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste, la situation peut s’expliquer par le « climat politique ». Elle cite les baisses des seuils d’immigration prévues par le gouvernement caquiste de François Legault ou encore ce qu’elle qualifie de « faux débat » sur le port des signes religieux.

À son avis, des mouvements identitaires comme Atalante se sentent davantage « légitimes » de se montrer en public.

Marie-Ève Duchesne, permanente du Comité populaire Saint-Jean-Baptiste à Québec lors d'une entrevue

Extrême-droite à Québec : le climat politique en cause, dit le Comité populaire Saint-Jean-Baptiste

Photo : Radio-Canada

« Si ces groupes-là se sentent légitimes de poser des gestes aussi publiquement que ça, ça peut poser des craintes. »

— Une citation de  Marie-Ève Duchesne, Comité populaire Saint-Jean-Baptiste

Peu d’organismes ou de personnes contactées ont voulu commenter ces sorties répétées de l’extrême droite.

« Je comprends plusieurs groupes de ne pas vouloir répondre aux questions publiquement. Même pour nous ça crée certaines craintes, et pour l'organisme communautaire et les gens qui fréquentent notre groupe », signifie Mme Duchesne.

Foncièrement opposé au racisme, l’organisme entend prendre action dans les « prochaines semaines et les prochains mois ». Sa mission sera notamment de prendre l’espace public pour « redonner une place à un discours plus inclusif ».

Précision

Les groupes d’extrême droite dont il est question dans cet article n’ont pas été contactés directement afin de recueillir leur version des faits. Nous préférons le mentionner par souci d’équité et de transparence.

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