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Il retrouve ses parents biologiques 43 ans plus tard

Beaucoup d'émotions et de larmes, pour un père qui retrouve son fils après 43 ans.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Radio-Canada

Retrouver ses parents biologiques grâce à un test d'ADN et des recherches sur le site Ancestry est plus que jamais possible en 2018, et c'est exactement ce qu'a fait David Levy. L'homme de 43 ans, qui a été mis en adoption à sa naissance, vient de renouer avec ceux qui l'ont mis au monde.

Un texte de Myriam Fimbry

Son père et sa mère espéraient qu'il frappe un jour à leur porte. Ce jour est arrivé, et ils l'ont reçu à bras ouverts dans leur maison, en banlieue d'Ottawa.

C'est lui qui a appelé, un beau jour de novembre. Lucy Mooney en est encore toute retournée. « Mon mari a raccroché par accident. Il était trop nerveux. Je lui ai dit : “Vite, rappelle-le”. Je pleurais comme une folle », raconte-t-elle.

Puis son mari, Tom, a rappelé.

Lucy s’est ressaisie et a pris le combiné. « Je lui ai demandé quand on allait le voir, poursuit la dame au fort accent franco-ontarien. Il a dit : “J'ai congé, je pars tout de suite!” J'étais assise et, pendant deux heures et demie, mon coeur battait. Je me demandais comment j’allais lui dire bonjour, ce que j’allais lui dire, si j’allais lui donner un bec ou une caresse. »

Elle n'a pas été obligée de dire quoi que ce soit. Aussitôt arrivé, David a couru vers elle. Ils se sont fait un long câlin. Le coeur de l’homme de 43 ans battait à tout rompre, comme s’il voulait sortir de sa cage thoracique. Tom Mooney, de son côté, était un peu en retrait et attendait son fils sur le pas de la porte.

Le jour des retrouvailles, son père l'attendait devant la porte de sa maison.

Le jour des retrouvailles, son père l'attendait devant la porte de sa maison.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

À ce souvenir, le paternel éclate en sanglots, enlève ses lunettes, se frotte les yeux, puis écarte les bras. « Comme deux amoureux sur la plage, qui partent à courir pour s'embrasser. C'était pareil, instantané », raconte Tom Mooney.

« Pas d'hésitation. C'est venu normalement, naturellement », renchérit son fils, David. Ils n'ont rien dit. Ils se sont embrassés pendant de longues minutes. La fille de David, qui le suivait, les a tous entourés de ses bras.

C'était un choc, mais j'ai rêvé de ce jour-là. J'ai dit à mes trois filles quand elles ont eu 13-14 ans de ne pas tomber en amour avec un homme de Montréal, parce que ça pourrait être leur frère. Chaque jour de ma vie, j'ai rêvé qu'il allait cogner à ma porte.

Lucie Mooney

Chanceux dans sa malchance

David Lévy passe beaucoup de temps à regarder des photos de famille avec ses parents biologiques.

David Lévy passe beaucoup de temps à regarder des photos de familles avec ses parents biologiques.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

David Levy est né le 4 avril 1975 à l’Hôpital général juif de Montréal. Sa mère avait 16 ans. « On était des enfants, je n’avais pas fini l’école », raconte Lucy Mooney. Le bébé a été adopté quatre jours plus tard par un couple de juifs marocains qui ne pouvait pas avoir d’enfants.

Mme Mooney, toutefois, n’a jamais oublié ce premier enfant, un enfant de l’amour. Quelques années plus tard, elle a retrouvé son amour de jeunesse, le père, et s’est mariée avec lui. Ils ont eu trois filles. Après 39 ans de mariage, ils sont toujours ensemble.

Pendant ce temps, David Levy a grandi « comme un roi ». Élevé dans la religion juive pratiquante, enfant unique, il parle aujourd’hui avec l’accent français du Maghreb. Sa quête des origines lui a permis de découvrir du jour au lendemain qu’il avait trois soeurs, des neveux et des nièces, que ses ancêtres étaient en fait Écossais et Irlandais, catholiques.

Assis sur le divan, les bras entrelacés, David Levy et ses parents biologiques regardent des photos de famille. Ils prennent beaucoup de plaisir à repérer des ressemblances. David ressemble beaucoup à son oncle Peter, décédé à l'âge de 43 ans. Ils y voient une incroyable coïncidence, puisque c'est à 43 ans que David entre dans leur vie.

Mère et fils s'embrassent souvent, se font des câlins spontanés. « C'est de sa senteur que j'ai besoin, dit Lucy. J’ai besoin de le sentir, de le toucher. »

Mère et fils s'embrassent, se câlinent, comme pour rattraper tout le temps sans se voir. « C'est mon bébé », dit Lucy Mooney, en parlant de David Lévy.

Mère et fils s'embrassent, se câlinent, comme pour rattraper tout le temps sans se voir. «C'est mon bébé», dit Lucy Mooney, en parlant de David Lévy.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Quand on lui demandait combien d’enfants elle a, Lucy répondait toujours qu'elle en avait quatre. « J'avais toujours un fils. Pas avec moi, mais j'avais toujours un fils », dit-elle en pleurant. David l'embrasse sur la tempe. « Tous les jours, j'ai pensé à lui. Chaque année, le 4 avril, ce n’est pas une journée que je voulais passer. Et la fête des Mères, c'était vraiment dur pour moi. »

Elle a tenté de le retrouver, mais a préféré renoncer. « Ce n’était pas ma place d'aller déranger sa vie. Je ne voulais pas déranger sa vie. » « Au cas où il ne le savait pas », ajoute Tom.

Découvertes en grand nombre

David Levy et son père Tom Mooney ont beaucoup de points communs, notamment les mêmes mains.

David Levy et son père Tom Mooney ont beaucoup de points communs, notamment les mêmes mains.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Père et fils se découvrent une foule de points communs : les mêmes mains, les mêmes pieds plats, les mêmes yeux gris-vert. Tous les deux marchent quand ils sont au téléphone. Ils ont le même sens de l'humour un peu décalé. Ils portent tous les deux la barbe, jouent au poker et n'aiment pas la bière. Ils sont allés voir leur premier match de hockey ensemble. Tant de premières à vivre, pour rattraper 43 années!

Tom et Lucy regrettent de ne pas avoir été là durant toutes ces années. « Il ne faut pas », dit David d'une voix douce.

« J'ai essayé très fort de ne pas penser à lui. Ça me faisait trop de peine, dit Tom, qui a lui-même été abandonné par son père. J'ai fait à mon fils ce que mon père m’a fait. Je m'étais promis que ça n'arriverait jamais. Puis, c'est ça qui est arrivé. »

« Mais toi, tu ne m'as pas abandonné », proteste David. « Non, mais pour moi c'était comme si. J'avais honte », répond Tom.

Il fallait être patient, puis pas trop en parler. Ce n'était pas un secret, mais en même temps, c'était difficile.

Tom Mooney
Tom Mooney: « Je peux mourir maintenant ».

Tom Mooney: «Je peux mourir maintenant».

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Tom est rempli de fierté en contemplant son fils. David est devenu un bel homme, accompli, responsable, affectueux. Il est cuisinier au café du Nouveau-Monde. Son père parle de lui à l’épicier, au pharmacien, à tout le monde. Et partout où il va, les gens tendent l’oreille pour en savoir plus sur ce conte de fées.

Tom pense aux parents adoptifs. La mère est décédée, mais le père vit toujours à Montréal. « Je leur dois beaucoup », dit-il en s'essuyant les yeux.

Depuis les retrouvailles, sa sérénité est revenue. Il forme un rond avec ses mains. « Le cercle est fermé. La famille est complète. Je peux mourir maintenant. » Son fils lui caresse la tête affectueusement. « Je ne veux pas mourir, mais si ça arrive demain, je n'ai pas de plainte, pas de question », poursuit le père.

J'ai de la misère chaque fois qu'il doit retourner à Montréal, ça me fait de la peine. Chaque fois qu'il s'en va, il y a quelque chose qui manque dans la maison.

Lucy Mooney
David et sa fille (complètement à gauche) ont été bien reçus dans leur nouvelle famille.

David et sa fille (complètement à gauche) ont été bien reçus dans leur nouvelle famille.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Depuis quelques semaines, David se sent revivre. Il est heureux, mais aussi perturbé, épuisé par tant d'émotions. Il a dû se mettre en arrêt de travail, pour se ressourcer, réfléchir, rencontrer toute cette famille qu’il ne connaît pas.

Une bonne partie de la famille Mooney sera réunie pour les Fêtes, autour de ce fils de 43 ans dont l’existence n’avait jamais été passée sous silence. David s’est installé chez ses parents biologiques pour tout le mois de décembre. Il réfléchit déjà à un possible déménagement à Ottawa ou à Gatineau. Il est prêt à quitter Montréal et son travail, mais doit d’abord trouver une école spéciale pour sa fille, qui a des besoins particuliers.

Et une rencontre avec le père adoptif est dans le champ du possible de Lucy et Tom. « S’il veut, s’il est confortable avec ça, dit Tom. S'il dit oui, on va lui dire merci. »

Une version de ce reportage sera diffusée jeudi à l'émission L'heure du monde, sur les ondes d'ICI Première, ainsi qu'au Téléjournal 22 h, sur les ondes d'ICI Télé.

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