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Trump envisage un retrait « total » des troupes américaines en Syrie

Le reportage de Christian Latreille
Radio-Canada

Le président des États-Unis, Donald Trump, a annoncé mercredi un retrait des troupes américaines qui sont stationnées en Syrie, estimant avoir atteint son objectif d'y vaincre le groupe armé État islamique (EI).

« Nous avons vaincu l'EI en Syrie, ma seule raison d'être là-bas [à titre de commandant en chef des forces armées] », a écrit mercredi le président sur Twitter, sans toutefois parler de retrait.

Mais quelques heures plus tard, un nouveau tweet du président accompagné d'une vidéo de lui confirmait son intention de ramener les soldats américains aux États-Unis. « Il est temps que nos troupes rentrent au pays. […] Nos garçons, nos jeunes femmes, nos hommes, ils reviennent tous, et ils reviennent maintenant. Nous avons gagné », déclare le président dans cette vidéo.

Selon un responsable américain, qui a parlé sous couvert d'anonymat, Donald Trump parle d'« un retrait total » qui interviendra « le plus rapidement possible ».

« Ces victoires sur l'État islamique en Syrie ne signalent pas la fin de la coalition mondiale ni de sa campagne. Nous avons commencé à ramener les troupes américaines à la maison alors que nous passons à la phase suivante de cette campagne », a précisé pour sa part la porte-parole de Trump, Sarah Sanders, dans un communiqué.

Après le premier tweet de Trump, le Pentagone y est aussi allé de ses commentaires : « La coalition a libéré le territoire tenu par l'EI, mais la campagne contre l'EI n'est pas terminée ». Le département de la Défense a aussi repris à son compte l'expression « transition vers la phase suivante » déjà employée par la Maison-Blanche.

Les États-Unis disposent actuellement d'environ 2000 hommes en Syrie, pour la plupart issus des forces spéciales. Ils conseillent les Forces démocratiques syriennes (FDS), une alliance de combattants kurdes et arabes essentiellement composée de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG).

Cette annonce pourrait placer les YPG dans une situation très délicate.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan s'est dit mercredi déterminé à « se débarrasser » de ces milices dans le nord de la Syrie si leur parrain américain ne les contraint pas à s'en retirer.

Ankara considère les YPG comme une organisation « terroriste » liée au Parti séparatiste des travailleurs du Kurdistan (PKK), qui livre une sanglante guérilla sur le sol turc depuis 1984.

Syrie : l'engrenage de la guerre

« Ramener les troupes à la maison »

Donald Trump a déjà exprimé à plusieurs reprises le souhait de « ramener les troupes à la maison », soulignant que l'engagement des États-Unis au Moyen-Orient coûte des milliards de dollars qui seraient mieux dépensés au profit du contribuable américain. Il faut, dit-il, laisser « d'autres », notamment les pays arabes du Golfe, faire le travail sur place.

Mais plusieurs membres de son administration ont exprimé leurs divergences sur ce dossier sensible.

Le président des États-Unis, Donald Trump, s'adresse à la nation pour annoncer des frappes sur la Syrie le 13 avril 2018.Le président des États-Unis, Donald Trump, s'adresse à la nation pour annoncer des frappes sur la Syrie le 13 avril 2018. Photo : Reuters / Yuri Gripas

Au printemps, lorsque le sujet avait été remis sur la table, un compromis pour confirmer le statu quo sans heurter la susceptibilité du président avait été trouvé : l'administration avait affirmé que le retrait restait l'objectif, mais qu'aucun calendrier n'avait été fixé.

La semaine dernière encore, l'émissaire des États-Unis pour la coalition internationale antidjihadistes, Brett McGurk, assurait que les Américains avaient vocation à rester encore pendant un bon moment en Syrie.

À plusieurs reprises, le secrétaire à la Défense, Jim Mattis, a lui aussi évoqué le risque d'un départ précipité de la Syrie, pouvant « laisser un vide qui puisse être exploité par le régime d'Assad ou ses soutiens ».

Le sénateur républicain Lindsey Graham a immédiatement exprimé ses réserves, mercredi, estimant sur Twitter que « le retrait de cette petite force américaine en Syrie serait une énorme erreur, façon Obama ». « Le groupe EI n'est pas vaincu en Syrie, en Irak, et certainement pas en Afghanistan, où je viens d'effectuer une visite », a-t-il martelé.

Le sénateur Graham a aussi ajouté qu'un retrait américain serait une « grande victoire pour l'EI, pour l'Iran, pour Bachar Al-Assad et pour la Russie ».

Il n’est pas le seul. Un retrait américain, selon Andrew Tabler, spécialiste de la Syrie au Washington Institute for Near East Policy, permettrait à des pays comme l'Iran d'accroître leur influence sur le pays. « Si nous nous retirons, celui qui remplira le vide sera celui qui sera capable de stabiliser la situation », a-t-il ajouté.

Moscou se félicite

Suite à l’annonce américaine, le ministère russe des Affaires étrangères a estimé qu'un retrait des forces américaines ouvrait des perspectives en vue d'un règlement politique du conflit syrien.

À Londres, Tobias Ellwood, secrétaire d'État à la Défense, a estimé que Trump se trompait en affirmant que l'EI était vaincu. L'EI, a-t-il dit, « s'est mué en d'autres formes d'extrémisme et la menace est toujours tout à fait présente ».

Le Foreign Office a de son côté souligné que l'EI demeurait une menace, même si la surface du territoire qu'il contrôle a diminué. « Il reste encore beaucoup à faire et nous ne perdons pas de vue la menace qu'il constitue. Même sans territoire, Daech reste une menace », a dit le ministère britannique des Affaires étrangères dans un communiqué.

Après avoir contrôlé jusqu'à huit millions d'habitants sur 100 000 km carrés à cheval entre la Syrie et l'Irak, l'EI ne conserverait plus que 1 % de son territoire passé, selon Washington.

En août dernier, un rapport d'experts du Conseil de sécurité des Nations unies estimait à 30 000 le nombre de membres de l'EI répartis entre la Syrie et l'Irak.

Avec les informations de Reuters, et Agence France-Presse

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