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Rachel Notley juge insuffisante l'aide fédérale au secteur pétrolier

La première ministre de l'Alberta, Rachel Notley, parle devant un micro lors d'une conférence de presse à Edmonton.
Rachel Notley, la première ministre de l'Alberta Photo: La Presse canadienne / Jason Franson
La Presse canadienne

La première ministre de l'Alberta estime que l'aide de 1,6 milliard de dollars accordée par le gouvernement fédéral au secteur pétrolier ne suffira pas pour régler la crise, puisque la province n'a toujours pas d'autre moyen pour transporter ses ressources.

« Nous n'avons pas besoin d'aide pour trouver plus de marchés. Nous avons besoin d'aide pour acheminer notre produit, et je ne vois pas comment on aurait pu être plus clair là-dessus », a affirmé Rachel Notley, à Calgary, mardi.

« Offrir aux entreprises et à l'industrie albertaines l'occasion de s'endetter davantage ne constitue pas une solution à long terme. »

Le gouvernement Trudeau a annoncé mardi qu'il allait allonger 1,6 milliard de dollars pour aider les entreprises énergétiques en difficulté à acheter de nouveaux équipements et à se diversifier, alors que l'Alberta peine à s'ajuster à la faiblesse des prix du pétrole.

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Amarjeet Sohi, a indiqué que 1 milliard de dollars seraient mis de côté par Exportation et développement Canada (EDC) pour permettre aux sociétés pétrolières et gazières de faire des investissements en immobilisations et d'investir dans de nouvelles technologies.

Un montant supplémentaire de 500 millions sera débloqué par la Banque de développement du Canada au cours des deux prochaines années pour aider les petites entreprises pétrolières et gazières à surmonter le ralentissement.

Le ministre Sohi a indiqué qu'une somme supplémentaire de 150 millions devra être utilisée pour la croissance propre et les projets d'infrastructure.

Aucun représentant du gouvernement provincial n'était présent à la conférence de presse de M. Sohi. Mme Notley a estimé que cet investissement constituait « un début ».

« Nous avons entendu de la part de petits producteurs que cela les aidera à avoir accès à du capital dans des moments difficiles, et peut-être à renverser la vague, mais ce n'est pas entièrement ce qu'ils voulaient », a-t-elle soutenu.

Un problème de transport

L'aide annoncée ne prévoit pas d'argent pour acheter davantage de wagons, ce que l'Alberta prévoit faire pour aider à livrer le pétrole excédentaire responsable de la faiblesse des prix du brut canadien.

M. Sohi a précisé que le soutien, qui prend essentiellement la forme de prêts commerciaux, était disponible immédiatement.

« Nous comprenons que lorsque l'Alberta souffre, le Canada souffre lui aussi, a affirmé mardi M. Sohi. Ensemble, nous pouvons bâtir une Alberta plus forte et un Canada plus prospère. »

Le prix du pétrole albertain a chuté si bas le mois dernier que la première ministre Notley a dit que le Canada le donnait pratiquement. Alors que le reste du monde vend son pétrole à environ 50 $, celui de l'Alberta s'écoulait à 11 $ le baril à un certain moment.

Le gouvernement de Mme Notley prévoit acheter jusqu'à 80 locomotives et 7000 camions-citernes – ce qui devrait coûter des centaines de millions de dollars – et a annoncé une réduction de la production de pétrole qui entrera en vigueur l'an prochain. Ces mesures ont aidé à faire remonter le prix du baril.

La première ministre albertaine a calculé que l'économie canadienne perdait encore jusqu'à 80 millions par jour à cause de la baisse des prix.

« Nous comprenons que, pour le succès et la croissance à long terme du secteur pétrolier, rien n'est plus important que de renforcer la capacité du réseau d'oléoducs pour développer nos marchés mondiaux non américains », a mentionné M. Sohi.

Le projet d'expansion de l'oléoduc Trans Mountain, qui permettrait de tripler le volume des livraisons de pétrole vers la côte de la Colombie-Britannique, est actuellement suspendu, même s'il a été approuvé il y a deux ans. Ottawa réévalue ses impacts potentiels sur les Premières Nations et le milieu marin de la Colombie-Britannique.

L'opposition conservatrice s'insurge

Les politiciens conservateurs à Ottawa et en Alberta ont critiqué la décision du gouvernement libéral de Justin Trudeau, qu'ils jugent électoraliste et inefficace.

« L'offre d'aujourd'hui n'est qu'une tentative désespérée, en année électorale, pour faire croire aux Canadiens de l'Ouest que [le premier ministre Trudeau] se soucie d'eux », a lancé le chef conservateur Andrew Scheer.

« Il essaie seulement de sauver quelques sièges libéraux, rien de plus. »

Le chef du Parti conservateur uni de l'Alberta, Jason Kenney, a abondé dans son sens. « Cette annonce est trop peu, trop tard pour ces familles qui souffrent en raison des priorités antipétrole et antigaz du gouvernement Trudeau », a-t-il déclaré.

La députée bloquiste Monique Pauzé, qui a participé à la récente conférence internationale sur le climat en Pologne, s'est dite frustrée de la nouvelle. « On est au lendemain de la COP24 et je trouve que c'est complètement irresponsable d'aller faire les annonces comme celle-là et même de penser encore à investir dans le secteur pétrolier », a-t-elle déploré en entrevue téléphonique.

Même son de cloche du côté d'André Belisle, de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), qui accuse le gouvernement Trudeau de dépasser la mesure au lendemain de cette grande rencontre climatique.

« Ils jouent la comédie. On ne peut pas, d'une part, dire qu'on va réduire les gaz à effets de serre comme M. Trudeau avait fait à Paris, la main sur le coeur [...] et revenir au Canada et dire qu'on va augmenter de 40 % le pétrole bitumineux, qui est la plus grande source de gaz à effets de serre au monde », a-t-il dit.

Annie Bérubé, directrice des relations gouvernementales de l'organisme Équiterre, critique également l'approche d'Ottawa, qui ne choisit pas la bonne voie pour aider les Albertains, selon elle.

« Ça fait des années qu'on tente désespérément de trouver des nouveaux marchés d'exportation, en particulier pour le pétrole des sables bitumineux. Et en fait, ces marchés d'exportation ne se sont jamais concrétisés, il n'y a pas de demande globalement pour cette énergie qui est très intensive en carbone et qui est très coûteuse à raffiner », a-t-elle souligné.

Greenpeace a aussi encouragé le gouvernement à se tourner vers les énergies propres pour aider les Albertains.

« Le gouvernement fédéral devrait investir pour protéger les travailleurs et les communautés et accélérer la transition vers les énergies renouvelables plutôt que de faciliter l'augmentation de la production et de la consommation de pétrole », a indiqué l'organisme dans une déclaration transmise par courriel.

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