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Yvan Beaudoin connaîtra son sort avant Noël

Le sort du directeur sera scellé avant Noël, promet le directeur général par intérim, Henri Lemire.
Les élèves de l'École du Sommet demeurent sans nouvelles de leur directeur, Yvan Beaudoin, depuis le 19 mars. Photo: Radio-Canada / Richard Marion
Radio-Canada

À Saint-Paul, le sort du directeur de l'École du Sommet, suspendu depuis le 19 mars de ses fonctions, sera scellé d'ici Noël. Le Conseil scolaire Centre-Est promet de rendre avant le 25 décembre une décision concernant Yvan Beaudoin, ce qui mettrait fin à un suspense qui dure déjà depuis neuf mois. Plusieurs membres de la communauté n'accepteront toutefois qu'une seule issue : le retour du directeur dans son école.

Un reportage de Sébastien Tanguay

Le décor change, mais la situation demeure la même à Saint-Paul.

Les lumières et les pères Noël ont fait leur apparition sur les perrons. Par les fenêtres, bien à l’abri du froid de l’hiver, les sapins illuminés annoncent les retrouvailles à venir.

Noël est bel et bien de retour… contrairement au directeur de l’École du Sommet, toujours absent après une suspension qui remonte à l’éclosion des premiers bourgeons.

Au printemps, la colère montait comme une sève parmi la communauté francophone de Saint-Paul.

Des enfants ouvrent la marche d'un défilé de manifestants qui longent la rue principale de Saint-Paul, en route vers le bureau central du Conseil scolaire Centre-Est.Un défilé inhabituel dans les rues de Saint-Paul : celui de trois générations de manifestants réclamant des réponses concernant l'absence du directeur de l'École du Sommet. Photo : Radio-Canada / Héloïse Rodriguez

L’été a depuis calmé les esprits, les manifestations ont fait place à une longue résignation. Le mystère, cependant, demeure entier sur le sort d’Yvan Beaudoin.

« Il y a encore beaucoup d’inconnues », affirment Émilie Labrie et Justène Lachance, qui siègent toutes deux au conseil de parents de l’École du Sommet.

Elle explique que l'absence du directeur a créé des inquiétudes au sein des élèves, surtout chez les plus vieux.Émilie Labrie siège elle aussi au sein du conseil d'école de l'École du Sommet. Photo : Radio-Canada / Richard Marion

« Les parents nous posent encore beaucoup de questions, mais nous n’avons toujours pas les réponses », ajoute Émilie.

« Yvan était un pilier à l’école. Ce n’est pas pareil sans lui », complète Justène.

Neuf mois après la suspension du directeur Yvan Beaudoin, elle ignore encore les raisons de son absence.Justène Lachance siège au conseil d'école de l'École du Sommet. Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Si la rentrée de l’automne n’a procuré aucune réponse, elle a toutefois amené certains changements.

La colère des parents a trouvé écho dans l’enceinte de l’Assemblée législative, où le ministre de l’Éducation a confirmé que le directeur général du Conseil scolaire Centre-Est, Marc Dumont, faisait l’objet d’enquêtes concernant sa façon de gérer la crise actuelle.

Ce dernier demeure absent depuis le 31 octobre, pour une durée indéterminée. Son remplaçant, Henri Lemire, a promis de mettre rapidement un terme à la saga entourant l’absence d’Yvan Beaudoin.

Il estime que le conseil scolaire « aurait pu faire les choses autrement » et que le conflit résulte d'abord et avant tout d'un problème de communication.Henri Lemire, figure bien connue au Conseil scolaire Centre-Nord, a accepté de venir prêter main-forte au Conseil scolaire Centre-Est où il a commencé sa carrière. Photo : Radio-Canada / Richard Marion

À Noël, promet-il, la communauté saura ce qu'il advient du directeur de l’École du Sommet.

« Il faut que ça aboutisse à un moment donné », affirme le nouveau directeur général par intérim.  « Le directeur a appris sa suspension le 17 ou le 19 mars. On approche de Noël et aucune décision n’a été prise encore. Ce n’est pas une situation normale. »

Depuis la suspension - avec salaire, confirme le directeur général par intérim - d’Yvan Beaudoin le 19 mars, le Conseil scolaire Centre-Est a déboursé 300 000 $ en frais juridiques et légaux. Un chiffre qui a « estomaqué » Henri Lemire, de son propre aveu. « Sur le plan strictement légal, le conseil n’a pas fait d’erreurs », affirme-t-il. « Sur le plan humain, communicatif, communautaire, cependant, ça aurait pu se jouer autrement. »

Difficile union entre la loi et la foi

Les directions des écoles catholiques ont deux patrons, selon Henri Lemire : l'évêque et le ministre de l'Éducation. Difficile, parfois, de concilier les exigences spirituelles et légales que les deux imposent.L'École du Sommet affiche fièrement son affiliation catholique. Photo : Radio-Canada / Richard Marion

Selon les informations obtenues par Radio-Canada, c’est la venue d’une alliance gai-hétéro à l’École du Sommet qui a mis le feu aux poudres. La loi garantit aux élèves le droit d’instaurer ce genre de groupes au sein de leur milieu et le droit de demeurer anonyme lorsqu’ils y adhèrent.

Malgré son adhésion à la religion catholique, Yvan Beaudoin aurait accueilli la création d’une telle alliance à l’École du Sommet. Il aurait toutefois voulu modeler la mission et l'organisation du groupe, trop, à tout le moins, au goût des élèves engagés avec lui dans le processus.

Henri Lemire confirme que le Conseil scolaire Centre-Est a présenté une proposition à Yvan Beaudoin au début de l'été. Celle-ci prévoyait que le directeur réintègre ses fonctions à l'École du Sommet. L'entente n'a finalement jamais été conclue.

« Tous les élèves nous ont garanti que M. Beaudoin n’a jamais dit : "Non, vous ne pouvez pas avoir de groupe." », affirme l’avocate Maryse Culham, dont la fille faisait partie des élèves engagés dans la création de l’AGH. « Ils trouvaient que ça n’avançait pas assez vite, cependant, avec leur directeur. »

Pour garantir aux élèves l’indépendance à laquelle ils avaient droit, Henri Lemire confirme que deux employés du conseil scolaire ont fait sortir des élèves de l’École du Sommet pour les amener au bureau central, sans avoir obtenu l’accord préalable du directeur de l’école, ni celui des parents. Au bureau central, ces élèves auraient formulé des plaintes formelles à l’encontre de leur directeur.

Dans les jours qui ont suivi, Yvan Beaudoin demeurait introuvable à l’École du Sommet : il était suspendu.

Le conseil des directeurs généraux des conseils scolaires catholiques a émis un cadre qui informe les directions d'école de la marche à suivre pour implanter une alliance gaie-hétérosexuelle en milieu scolaire. Le CSCE a adopté les recommandations de ce cadre.Le clocher de la cathédrale de Saint-Paul surplombe la rue principale. Sur le terrain adjacent se trouve l'édifice qui abrite le Conseil scolaire Centre-Est. Photo : Radio-Canada / Richard Marion

« Personne n’a 100 % raison, ni 100 % tort dans cette histoire », observe le directeur général intérimaire. À son avis, l’adoption des projets de loi 10 et 24 sur la création des alliances gai-hétéro a été imposée aux conseils scolaires sans qu’une formation suffisante soit proposée aux directrices et aux directeurs à qui revenait la tâche de les mettre en oeuvre.

Marc Dumont a depuis quitté ses fonctions pour une durée indéterminée.Au printemps, le directeur général du conseil scolaire Centre-Est, Marc Dumont, lors d'une réunion houleuse avec les membres de la communauté. Photo : Radio-Canada / Sébastien Tanguay

« Les directions d’école catholique sont un peu coincées entre l’arbre et l’écorce dans ces cas-ci parce qu’ils ont deux patrons : d’un côté, ils ont l’évêque, de l’autre, ils ont le ministre de l’Éducation », analyse Henri Lemire. « Chacun est prêt à faire des concessions et à se rapprocher de l’autre, mais il arrive un moment où la loi et la foi semblent irréconciliables. Ça laisse une zone grise dans laquelle les directions d’école doivent naviguer à vue. »

Quelques semaines plus tard, devant le tollé créé par l’absence de leur directeur, les élèves auraient demandé de retirer leurs plaintes. Le conseil scolaire avait cependant déjà mandaté une enquête indépendante pour faire la lumière sur les événements. L’enquêteuse a remis son rapport cet automne : impossible, toutefois, d’en obtenir copie. Henri Lemire affirme que les témoignages de personnes mineures s’y retrouvent et que par souci de les protéger, il vaut mieux que les conclusions de l’enquête demeurent confidentielles.

Une décision attendue

Les deux mères songent à envoyer leurs enfants dans une autre école si le directeur ne réintègre pas prochainement ses fonctions.Maryse Culham et Suzanne Stybel discutent de l'absence du directeur Yvan Beaudoin. Photo : Radio-Canada / Richard Marion

L’arrivée d’Henri Lemire a suscité un léger espoir parmi les parents et les élèves favorables à Yvan Beaudoin.

Plusieurs prêtent au directeur général par intérim une écoute et une ouverture qui faisaient défaut au cours des derniers mois.

Au-delà d’un changement de ton, toutefois, ce sont des actions qu’ils exigent.

« Si Yvan Beaudoin ne retrouve pas son poste de directeur, mon mari et moi avons conclu que nous allions retirer nos enfants de l’École du Sommet », maintient Maryse Culham, elle-même finissante de l’École et fière d’y envoyer ses trois enfants.

« Plusieurs parents ont promis de faire la même chose », souligne Suzanne Stybel, engagée depuis le début dans le retour du directeur et elle aussi mère de trois enfants qui fréquentent l’École du Sommet.

Ces parents attendent la décision du directeur général par intérim.

Noël qui approche sera sans doute un temps de réjouissances…

Ce qu’Henri Lemire décidera, toutefois, déterminera de quel pied la communauté de Saint-Paul commencera l’année.

Alberta

Francophonie