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Vigilance accrue contre les espèces envahissantes dans le Saint-Laurent

L'équipe de recherche sur un des sites de prélèvements en août dernier

L'équipe de recherche sur un des sites de prélèvements en août dernier

Photo : A. Demers, MPO

Joane Bérubé

Pêches et Océans Canada accentue la surveillance des espèces envahissantes dans les eaux du bassin hydrographique du Saint-Laurent. Le MPO, qui travaille de concert avec le ministère québécois de la Faune et des Parcs, a ciblé douze sites du bassin hydrographique du Saint-Laurent, du lac Saint-François jusqu'à Gentilly.

L’été dernier, l’équipe de chercheurs a utilisé des filets et des trappes lumineuses pour prélever des échantillons qui font présentement l’objet d’analyses en laboratoire. Ces travaux permettront de déceler et d’évaluer la présence des envahisseurs.

Un filet dans l'eau la nuit

Le filet à plancton permet de prélever des échantillons dont le contenu sera par la suite analysé en laboratoire

Photo : A. Demers, MPO

Parmi les espèces suivies, la moule zébrée occupe une place particulière en raison de son impact concret sur les infrastructures, comme les quais ou les prises d’eau, mais aussi sur l'écosystème. On manque malheureusement beaucoup d’informations là-dessus. Il y a encore beaucoup d’investigations à faire, mais dans les Grands Lacs, il y a eu un impact sur l’écosystème assez flagrant, commente Andrée A. Demers.

La biologiste principale du programme sur les espèces envahissantes, Andrée A. Demers

La biologiste principale du programme sur les espèces envahissantes, Andrée A. Demers

Photo : Radio-Canada

L’étude en cours permettra de déterminer le front d’envahissement de la moule zébrée dans le Saint-Laurent. On sait qu’elle est présente dans le lac Saint-François, le lac Saint-Louis et autour de Montréal, précise la scientifique.

La biologiste principale du programme, Andrée A. Demers, explique que pour le moment son équipe se concentre principalement sur la recherche d’invertébrés. Certaines de ces espèces peuvent, explique-t-elle, avoir un impact important, notamment dans la chaine alimentaire.

Toute nouvelle espèce peut avoir une interaction avec le système et avoir des impacts négatifs.

Andrée A. Demers, biologiste principale sur les espèces envahissantes, Pêches et Océans Canada

Espèces sous haute surveillance

Les chercheurs ont ainsi détecté la crevette rouge sang dans le port de Sorel et à d’autres endroits.

Échantillon  d'eau

Les échantillons prélevées cet été sont analysés à l'Institut Maurice-Lamontagne

Photo : Radio-Canada

Déjà présente dans le port de Montréal, la propagation de cette petite crevette, probablement importée en Amérique dans des eaux de ballasts, semble plus importante que prévu, selon les observations de l’équipe de Mme Demers.

Cette présence est jugée préoccupante. Les scientifiques craignent que la prolifération de cette espèce, qui se nourrit de zooplancton, vienne diminuer la quantité de nourriture des poissons, ce qui aurait un impact sur la pêche récréative et commerciale.

La puce d’eau en hameçon, une espèce dont la prolifération est qualifiée de redoutable, est aussi sous haute surveillance.

La puce d’eau en hameçon se nourrit elle aussi de zooplancton en plus d’être une nuisance pour les filets et fils de pêche auxquels elle s’accroche. Les scientifiques viennent tout juste de relever sa présence cet été dans le lac Champlain.

L’équipe envisage d’ailleurs d’étendre ses recherches à la rivière Richelieu, l’an prochain. À cause du lac Champlain, qui est un endroit où il y a beaucoup de plaisance et il y a des espèces envahissantes qui pourraient remonter jusqu’au Saint-Laurent, note Mme Demers.

Carte des sites de recherche

Carte des sites de recherche

Photo : A. Demers, MPO

L’équipe garde d'ailleurs un œil sur certaines espèces de poissons comme la carpe asiatique ou la tanche. Un projet de recherche, en collaboration avec le ministère de la Faune et des Parcs, est d’ailleurs en cours sur la présence de la tanche dans le Richelieu et le bassin du Saint-Laurent.

Prévention et détection

Cette détection de la présence d’espèces envahissantes est fondamentale, estime la biologiste, puisqu’elle ouvre la porte à la mise en place de règles pour éviter la propagation. Si des plaisanciers promènent leur bateau d’un lac à l’autre, précise Andrée A. Demers, ça vaut la peine de savoir quels lacs sont contaminés pour éviter qu’ils transportent ces espèces-là.

La prévention est sans doute la meilleure solution, ajoute la biologiste, puisque le contrôle des espèces envahissantes, notamment celui d’espèces invertébrées, est extrêmement difficile.

Mme Demers voit son équipe comme un comité de vigilance.

Quand on détecte rapidement une espèce, on a plus de chances de peut-être la contrôler, de réduire son expansion, de réduire l’envahissement, si on est rapide. Si on attend qu’elle soit partout, il n’y a plus grand-chose à faire.

Andrée A. Demers, biologiste principale sur les espèces envahissantes, Pêches et Océans Canada
Moules zébrées

Moules zébrées

Photo : Ministère des Pêches et des Océans

L’équipe de recherche souhaite maintenant collaborer avec les équipes des comités ZIP afin de mieux couvrir le territoire. Ce serait de leur donner des filets ou des trappes lumineuses pour qu’ils puissent aller sur le terrain. Ça peut être comme aller à une marina, installer une trappe lumineuse une fois par mois et nous envoyer les échantillons, que nous allons regarder en laboratoire, énumère-t-elle.

Le ministère entend aussi miser sur la concertation et la sensibilisation des navigateurs et de la population à la présence d’espèces envahissantes et voir à une meilleure application de la réglementation sur les espèces aquatiques envahissantes.

L’équipe de Pêches et Océans aimerait, à terme, développer une stratégie de communication pour joindre tous ceux, pêcheurs, plaisanciers, municipalités, dont les comportements peuvent devenir des vecteurs de propagation.

Gaspésie et Îles-de-la-Madeleine

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