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Craintes au sujet de la liberté d'expression dans les collèges de l'Ontario

Des manifestants qui tiennent des enseignes
En octobre, des manifestants accusaient le gouvernement de vouloir limiter leur liberté d'expression. Photo: Radio-Canada / Mathieu Simard
Radio-Canada

Le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario s’inquiète de certaines formulations dans la nouvelle politique sur la liberté d’expression de Collèges de l’Ontario, un regroupement de 24 institutions. Il craint que l’implantation de cette politique vienne en fait limiter la liberté d’expression.

Un texte de Floriane Bonneville

Collèges de l’Ontario a dû revoir sa politique sur la liberté d’expression à la suite de la directive donnée par le gouvernement de Doug Ford le 31 août 2018.

La nouvelle politique stipule, entre autres, que les collèges ont le droit de gérer, de manière raisonnable, où, quand et comment la liberté d’expression peut prendre place dans les campus.

Que veut dire leur expression "de manière raisonnable"?, se demande RM Kennedy, un porte-parole du syndicat.

Les collèges ont fait une omission majeure lorsqu’ils ont calqué la formulation de l’Université de Chicago en matière de libre expression, selon le directeur du Centre d’études sur la libre expression de l’Université Ryerson, James Turk.

Pour lui, il est primordial de comprendre que l’organisation n’a pas inclus une notion importante : les exceptions doivent être mineures et elles ne doivent pas être utilisées pour entraver le mandat premier de l’institution qui est de laisser le champ libre à des conversations totalement ouvertes.

De plus, en vertu du règlement, un collège peut décider de ne plus financer une organisation étudiante si elle ne se plie pas à la nouvelle politique.

Pour le Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario, ces conditions bâillonnent les groupes et limitent la liberté de réunion, qui est au coeur du mouvement syndical.

Warren Thomas, le président du syndicat, affirme que les collèges ne se soucient pas de l’opinion des gens concernés.

Ils ont adopté la politique sans nous consulter, dit-il.

Doug Ford veut encore punir et avoir le dernier mot.

Warren Thomas, président du Syndicat des employés de la fonction publique de l’Ontario

Un geste politique

Le but premier des universités est d’agir en tant qu’agents indépendants du système politique, et Doug Ford vient empiéter sur leurs droits, soutient David Robinson, le président de l’Association canadienne des professeures et professeurs d’université.

Bizarrement, Doug Ford joue sur la perception publique de ses électeurs de droite, souligne M. Turk.

Selon lui, rien ne clochait avec les anciennes politiques sur la liberté d’expression dans les collèges et universités de l’Ontario.

Le premier ministre Doug Ford répond aux questions des journalistes.Le premier ministre Doug Ford assure qu'il n'a pas participé au choix de Ron Taverner. Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

Le pire dans tout cela, c’est que M. Ford dit aux institutions académiques que si elles ne font pas ce qu’il veut, il réduira leur financement.

James Turk, directeur du Centre d’études sur la liberté d’expression de l’Université Ryerson

Le premier ministre veut que ses partisans sentent qu’il donnera le droit aux conférenciers de droite tels que Jordan Peterson et Faith Goldie de parler dans les universités, ajoute-t-il, mais ils avaient déjà le droit de parler avant, rien n’a changé.

Pour Linda Franklin, la présidente de Collèges de l’Ontario, cette nouvelle politique demandée par le gouvernement Ford est tout à fait en ordre et légitime.

Un groupe d’experts s’est réuni et ils ont écrit la meilleure politique possible [...] rien ne sera vraiment changé, dit-elle.

Au sujet des pénalités financières que peut imposer le gouvernement, Mme Franklin répond que ce n’est qu’un seul des outils auxquels le gouvernement a accès afin de faire respecter le règlement. 

Le financement dépend des résultats, dit-elle

L’Association étudiante du Collège George Brown à Toronto a refusé de faire des commentaires sur l’adoption de la nouvelle politique. Même son de cloche chez Abdullah Mushtaq de la College Student Alliance, qui déclare que le projet faisait partie de la plateforme de la campagne de M. Ford, et que le résultat qui en découle fait partie du système démocratique.

Le campus de George Brown College.Le campus de George Brown College. Photo : CBC

La réponse du ministère

La ministre de la Formation et des Collèges et Universités, Merrilee Fullerton, affirme quant à elle être satisfaite du travail accompli par l’association des collèges.

Pendant trop longtemps, il y a eu des incertitudes quant à ce que l’on pouvait dire et ne pas dire dans les campus, dit-elle.

Les institutions ont jusqu’au 1er janvier pour se doter de nouvelles politiques, et nous espérons qu’elles se conformeront toutes [à cette exigence], ajoute la ministre, dans une déclaration écrite.

Toronto

Politique provinciale