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Santé Canada abaissera la teneur en alcool des boissons alcoolisées sucrées

Des boissons alcoolisées dans un réfrigérateur.
Les boissons sucrées alcoolisées sont en vente libre dans les dépanneurs et épiceries. Photo: Radio-Canada
Radio-Canada

Les boissons sucrées alcoolisées, comme celle consommée par la jeune Athena Gervais avant qu'elle ne perde la vie l'hiver dernier, ne pourront plus contenir l'équivalent de quatre consommations d'alcool par canette, a statué Santé Canada.

Le ministère fédéral de la Santé modifiera le Règlement sur les aliments et drogues afin de contrer les effets négatifs de ces boissons à la popularité grandissante. Afin de les encadrer, Ottawa crée ainsi une nouvelle catégorie : les « boissons alcoolisées purifiées et aromatisées ».

Il imposera des limites de 3,6 % à 7,2 % d’alcool par contenant, selon le format choisi, soit l'équivalent de 1,5 consommation standard d'alcool.

Le nouveau règlement prévoit les limites suivantes :

  • 7,2 % d’alcool dans des contenants de 355 ml;
  • 5,4 % d’alcool dans des contenants de 473 ml;
  • 4,5 % d’alcool dans des contenants de 568 ml;
  • 3,6 % d’alcool dans des contenants de 710 ml.

« Ces boissons peuvent contenir jusqu’à quatre fois la quantité standard d’alcool par contenant, sans pourtant goûter l’alcool, car la base d’alcool est purifiée, aromatisée et souvent très sucrée », explique Santé Canada. Ces produits présentent « des risques pour la santé publique, surtout pour les jeunes, et ils sont associés à des hospitalisations en raison de surconsommation accidentelle », indique le ministère.

Le quart des jeunes au Canada en bas de l’âge légal de boire de l’alcool en consomment de manière excessive, ce qui peut engendrer des problèmes d’apprentissage et de mémoire, des accidents sur la route, des maladies chroniques et de la violence.

Theresa Tam, directrice de la santé publique du Canada

Dans un communiqué, la ministre de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, s'est dite « vivement préoccupée par l’offre grandissante de ces boissons à haute teneur en alcool, ainsi que par l’attrait qu’elles exercent chez les jeunes ». « Le nouveau projet de règlement est une mesure importante qui nous aidera à protéger les jeunes Canadiens », a-t-elle soutenu.

Un accueil mitigé

Athena Gervais, prise en autoportraitAthena Gervais était portée disparue depuis le 26 février. Photo : Photo fournie par la police

Ottawa avait annoncé son intention de modifier la réglementation pour limiter la teneur en alcool des boissons alcoolisées très sucrées dans la foulée de la mort d'Athéna Gervais. Le corps de l'adolescente de 14 ans avait été retrouvé dans un ruisseau derrière son école secondaire à Laval, en mars dernier.

Selon des témoignages, elle avait consommé une ou plusieurs canettes de FCKD UP. Cette boisson, qui était vendue dans les dépanneurs pour moins de 4 $, contenait 11,9 % d'alcool dans un format de 568 ml.

Alain Gervais, le père de la jeune Athena, a applaudi les modifications annoncées. « Le but premier de la démarche, c’est de protéger nos jeunes contre ces produits-là, qui sont dangereux, carrément. Je ne peux pas dire plus qu’on est vraiment content », a-t-il indiqué en entrevue à Radio-Canada.

Éduc'alcool juge pour sa part le projet de règlement « décevant » et trop timide.

Limiter le contenu en alcool à 1,5 consommation le contenu en alcool « est, au mieux, une demi-mesure insuffisante », explique l’organisme, qui déplore qu’aucune de ses recommandations n'ait été prise en compte.

Éduc'alcool est déçu que le projet ne s’attarde pas à l'emballage, au lettrage et à l'étiquetage des boissons alcoolisées sucrées, qui devraient selon lui « être clairement conçus pour viser une clientèle adulte ».

« Alors qu'il a été amplement démontré que ce sont les jeunes qui sont visés par ces produits, l'absence de toute mesure constitue non seulement une déception, mais un véritable danger pour cette clientèle vulnérable », soutient Éduc'alcool.

Une tragédie qui a entraîné des changements

Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique (NPD) avaient pressé le gouvernement Trudeau d'agir après la mort d'Athena Gervais. Les néo-démocrates avaient demandé et obtenu une étude d'urgence en comité parlementaire.

Le fabricant du FCKD UP, le groupe Geloso, avait par ailleurs annoncé qu'il cessait sa production et la retirait des tablettes.

Peu après, son concurrent américain Phusion Projects avait emboîté le pas au groupe québécois, indiquant qu'il retirait « jusqu'à nouvel ordre » son produit Four Loko des tablettes québécoises.

Le décès de l'adolescente avait aussi poussé le gouvernement du Québec à limiter la vente des boissons sucrées alcoolisées qui contiennent plus de 7 % d’alcool aux succursales de la Société des alcools du Québec (SAQ), les bannissant des dépanneurs et épiceries.

L'Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) avait également recommandé au gouvernement fédéral de mieux encadrer la publicité des boissons sucrées alcoolisées sur les réseaux sociaux, déplorant un véritable « far west ».

Cet été, un autre Québécois a perdu la vie après avoir consommé une boisson sucrée alcoolisée. Selon le coroner, c'est le mélange de Four Loko, de caféine et d'un médicament contre le rhume qui a été fatal à Pierre Parent.

Les Canadiens pourront se prononcer sur le projet de règlement fédéral à compter du 22 décembre et ce jusqu'au 5 février prochain.

Le règlement pourrait entrer en vigueur au printemps 2019.

Au Canada, la limite d'une consommation d’alcool considérée à faible risque est établie à deux pour les femmes et à trois pour les hommes.

Avec les informations de La Presse canadienne

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