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Gilets jaunes : Macron devrait « réfléchir » à l’impact de ses politiques, dit Trudeau

A l’approche des fêtes de fin d’année, le premier ministre Justin Trudeau a accordé lundi une entrevue à Patrice Roy, l'animateur du Téléjournal 18h, pour faire le tour des dossiers chauds qui ont marqué son mandat. Photo: Radio-Canada / Rania Massoud
Rania Massoud

Justin Trudeau minimise le risque d'une contagion du mouvement de contestation français des gilets jaunes au Canada. Il estime adopter une approche différente de celle du président français, Emmanuel Macron.

C’est au marché Jean-Talon, à Montréal, que Patrice Roy, animateur du Téléjournal 18 h, avait rendez-vous avec le premier ministre pour faire le tour des dossiers chauds qui ont marqué son mandat, à un an des prochaines élections fédérales.

Au menu de la rencontre : vente de blindés à l’Arabie saoudite, tensions avec la Chine, protection du climat, immigration et taxe sur le carbone.

Ces deux derniers sujets étaient d’ailleurs au cœur d’une série de manifestations, samedi dernier, dans plusieurs villes du pays, d'Halifax à Calgary, en passant par Winnipeg. Des centaines de personnes arborant des gilets jaunes y ont participé, en référence au mouvement contestataire français.

Mais pour M. Trudeau, il n’y a pas de risque de contagion au Canada, estimant que son approche est différente de celle de M. Macron.

Si on veut lutter contre les changements climatiques, il faut aussi s’assurer que les citoyens soient rassurés qu’on va les aider à vivre les changements dans nos habitudes.

Justin Trudeau
Justin Trudeau sur les gilets jaunes

Selon lui, il ne suffit pas d’imposer un « prix sur la pollution et dire que c’est bon pour tout le monde et qu’il faut le manger comme on mange ses brocolis ».

« Notre approche ici au Canada, contre laquelle les conservateurs se battent, c’est de dire "oui, on amène une tarification sur le carbone, un prix sur la pollution, mais on va aussi aider la famille [de la classe] moyenne avec plus d’argent que ne lui coûtera la nouvelle hausse" », assure encore le premier ministre.

En réponse à une question du public, M. Trudeau est allé plus loin dans sa réponse, se démarquant clairement du président Macron, qu’il qualifie pourtant « d’extrêmement intelligent », et l’invitant à revoir ses politiques, ainsi que son « approche avec les gens ».

Ça démontre l’importance pour le gouvernement d’écouter ses citoyens. […] La réaction des gens à certaines de ses politiques doit l’amener à réfléchir. Est-ce qu’il y a un besoin de changer les choses un petit peu? Est-ce qu’il a besoin de changer son approche avec les gens, par exemple? C’est des questions légitimes qu’il faut se poser.

Justin Trudeau

Craint-il d’être lui-même déconnecté des inquiétudes de la population canadienne?

« Dès mes premières entrevues en tant que premier ministre, il y a 3 ans, j’expliquais à quel point mon plus grand défi, ça allait être de rester connecté au monde », répond le premier ministre. C’est pour cela, dit-il, qu’il relance dès janvier les assemblées publiques dans des gymnases à travers le pays pour répondre aux questions du public.

Plusieurs autres sujets ont été abordés au cours de cette entrevue de fin d’année. En voici les principaux points.

Lutte contre les changements climatiques

Après son tête-à-tête avec Patrice Roy, M. Trudeau a répondu aux questions du public au marché Jean-Talon, à Montréal.Après son tête-à-tête avec Patrice Roy, M. Trudeau a répondu aux questions du public au marché Jean-Talon, à Montréal. Photo : Radio-Canada / Jacques Lajeunesse

Un autre sujet chaud qui préoccupe une majorité de Canadiens est celui de l’urgence climatique, sonnée avec force ces dernières années par la communauté internationale. Pour M. Trudeau, il ne fait pas de doute que le Canada réussira à atteindre ses cibles en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES).

« Il faut agir et nous allons pouvoir le faire, assure le premier ministre. En mettant un prix sur la pollution, les gens vont agir. »

Si on ne réussit pas à le faire, on va avoir plus de feux de forêt, plus d’inondations, plus de sécheresses. On est en train d’avoir ça à des niveaux records.

Justin Trudeau.

L’année 2018 devrait être la quatrième année la plus chaude recensée depuis le début des relevés, selon l'Organisation météorologique mondiale (OMM).

Dans un rapport alarmant publié le 7 octobre dernier, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) de l'ONU a affirmé que le réchauffement climatique pourrait franchir la barre du 1,5 °C dès 2030.

Selon le GIEC, pour contenir l’augmentation des températures moyennes sous la barre du 1,5 °C, l’humanité devra réduire ses émissions de CO2 de près de 50 % d'ici 2030, par rapport à 2010. Toujours selon le GIEC, les émissions canadiennes ne devraient pas dépasser 385 millions de tonnes par an. Le Canada en a émis presque le double en 2016.

Le gouvernement libéral continue toutefois de donner son feu vert à des projets liés aux combustibles fossiles qui augmenteront les émissions de GES au Canada, notamment l'accroissement de la capacité de l'oléoduc Trans Mountain, dans l'Ouest.

Ottawa vient par ailleurs d’annoncer une aide de 1,6 milliard pour l’industrie énergétique du pays.

Peut-être un nouveau projet d’oléoduc au Québec

Ottawa envisagerait-il de lancer un nouveau projet d’oléoduc de sables bitumineux au Québec, pour remplacer celui d’Énergie Est de TransCanada ? M. Trudeau ne ferme pas complètement la porte à cette idée, affirmant toutefois que sans l’acceptabilité sociale, « on ne peut pas créer de grands projets comme ça ».

Il a cependant laissé entendre que s’il y avait un projet sur la table, il serait prêt à l’évaluer.

À la question de savoir s’il imposerait un tel projet aux Québécois, même en cas de refus du gouvernement provincial, M. Trudeau a laissé entendre que c’est une possibilité, évoquant l’exemple de la Colombie-Britannique.

« Le gouvernement de M. Horgan est contre l’oléoduc Trans Mountain, mais on est en train de travailler avec les communautés et il [l'oléoduc] commence à avoir de plus en plus d’approbations, parce que les gens sont rassurés de notre projet », explique-t-il.

Vente de blindés à Riyad

Abordant la question controversée du contrat de véhicules blindés qui lie le Canada à l’Arabie saoudite, M. Trudeau a assuré que son gouvernement est en train de réviser le document en question « pour moins en envoyer ou ne pas en envoyer ». Plus de détails sur ce sujet ici.

Tensions avec la Chine

Concernant les tensions avec Pékin, suite à l’arrestation début décembre à Vancouver d’une dirigeante du géant chinois Huawei, Meng Wanzhou, à la demande de la justice américaine, le premier ministre canadien dit toujours miser sur la diplomatie pour régler la crise. Plus de détails sur ce sujet ici.

Immigration

Le premier ministre s’est aussi attardé sur la question de l’immigration, affirmant que « le système n’est pas brisé ».

Selon lui, les groupes qui perçoivent négativement l’immigration sont « une minorité ». « La majorité des gens comprend que l’immigration nous a bien servi au Canada, au Québec, pour créer de la croissance économique, de l’opportunité et une richesse dans nos vies », a dit M. Trudeau.

Évoquant l’afflux de migrants irréguliers au chemin Roxham, à la frontière entre le Québec et les États-Unis, il a tenu à rassurer les Canadiens, affirmant que le pays « a les capacités de faire la vérification de sécurité [...] pour chaque personne qui traverse la frontière […] et ceux qui ne sont pas de vrais réfugiés vont être renvoyés chez eux ».

Quant à la décision du gouvernement de François Legault de réduire le seuil d’immigration au Québec, M. Trudeau se dit inquiet des répercussions de cette mesure sur l’économie. « Que ce soit à Rouyn-Noranda, à Québec, à Drummondville ou ailleurs, les gens me parlent de leur préoccupation qui est la pénurie de main-d’œuvre, dit-il. On a une population vieillissante. Il y a des entreprises qui doivent refuser des demandes parce qu’elles n’ont pas assez de travailleurs. »

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