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L'ex-conseiller à la sécurité nationale de Trump évite la prison... pour le moment

Michael Flynn arrive dans l'enceinte de la cour fédérale, à Washington, mardi.

Photo : Associated Press / Carolyn Kaster

Radio-Canada

Michael Flynn ne connaîtra finalement pas aujourd'hui la peine qui lui sera imposée pour avoir menti à l'équipe du procureur spécial Robert Mueller dans le cadre de l'enquête sur l'ingérence russe lors de la présidentielle de 2016.

Vers midi, mardi, le juge fédéral Emmet Sullivan, qui devait prononcer la sentence dans la journée, a demandé à l'ex-conseiller à la sécurité nationale du président Trump s'il souhaitait profiter d'une pause pour réfléchir à la possibilité que le tout soit reporté à une date ultérieure.

Cela pourrait permettre, a-t-il dit, de tenir compte de l'ensemble de sa coopération avec l'enquête du procureur Mueller, advenant que Michael Flynn soit interrogé à nouveau dans les prochaines semaines.

Le juge Sullivan avait fait cette même offre à l'ex-lieutenant-général de l'armée américaine plus tôt en matinée, après que le procureur fédéral au dossier, Brandon Van Grack, eut admis qu'il était possible que cette coopération se poursuive.

Après avoir pris cette pause, les avocats de M. Flynn ont annoncé qu'ils acceptaient l'offre du magistrat. Leur client a quitté le tribunal peu après.

Le juge Sullivan n'a pas fixé de date pour le prononcé de la peine. Il s'est contenté d'annoncer qu'il fera le point sur l'enquête et la coopération de l'accusé, le 13 mars, avec les équipes du procureur Mueller et les avocats de M. Flynn.

Michael Flynn a plaidé coupable en 2017 d'avoir menti au FBI au sujet de ses conversations avec l'ambassadeur russe aux États-Unis, Sergueï Kisliak, alors qu'il faisait partie de l'équipe de transition de M. Trump.

Ces discussions portaient sur des sanctions imposées à la Russie par l'administration Obama et sur une résolution à l'ONU condamnant les colonies israéliennes en territoire palestinien occupé.

Michael Flynn entouré de photographes et de cameraman.

Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale du président Trump, à sa sortie de la cour, mardi.

Photo : Associated Press / Carolyn Kaster

Le juge Sullivan « dégoûté » par Flynn

La décision de reporter le prononcé de la sentence est survenue après que le juge eut tenu des propos très durs à l'endroit de l'ex-conseiller du président des États-Unis. Le magistrat a ainsi laissé croire que l'accusé allait écoper d'une peine de prison.

Il a d'ailleurs prévenu M. Flynn que le délai dont il bénéficie ne va pas nécessairement modifier sa peine.

C'est un crime très grave : [vous étiez] un haut responsable du gouvernement qui a fait de fausses déclarations au FBI alors qu'il se trouvait dans l'enceinte de la Maison-Blanche.

Le juge fédéral Emmet Sullivan, mardi

Le juge a aussi noté que l'homme de 60 ans a fait du lobbying illégal en acceptant de militer en faveur de la Turquie pour que soit extradé par les États-Unis le prédicateur Fethullah Gülen, soupçonné par Ankara d'avoir été le cerveau d'une tentative de coup d'État survenu contre le président Erdogan, en juillet 2016.

M. Flynn n'a pas été accusé dans cette affaire, mais l'équipe du procureur Mueller a confirmé au juge qu'il aurait très bien pu l'être. Il est d'ailleurs attendu qu'il témoigne dans le procès de deux hommes inculpés dans ce dossier.

Vous étiez un agent non enregistré d'un gouvernement étranger alors que vous étiez le conseiller à la sécurité nationale du président. On peut dire que cela sape tout ce que ce drapeau [américain] représente. On peut dire que vous avez vendu votre pays.

Le juge fédéral Emmet Sullivan, mardi

« Je ne peux cacher mon dégoût, mon dédain, pour ce crime », a encore dit le juge Sullivan. Le magistrat a ultérieurement reconnu que le rôle de M. Flynn dans cette affaire s'est terminé en novembre 2016, avant qu'il ne soit nommé conseiller à la sécurité nationale.

Michael Flynn encourt jusqu'à six mois de prison, mais pourrait y échapper si le juge Sullivan suit les conseils du procureur Mueller. Celui-ci a indiqué au juge Sullivan que l'accusé a « aidé à plusieurs investigations en cours » lors de 19 entretiens avec ses services ou d'autres services.

« La décision de l'accusé de plaider coupable et de coopérer a probablement influencé les décisions de témoins directs liés à venir et à coopérer », avec l'enquête russe, a-t-il écrit dans un mémo transmis au tribunal en amont de l'audience.

Après Michael Flynn, l'ancien conseiller diplomatique du candidat Trump, George Papadopoulos, a accepté de coopérer. Il a admis avoir été contacté dès avril 2016 par des émissaires de la Russie. Il a écopé de 14 jours de prison pour avoir initialement menti à ce sujet.

Sarah Huckabee Sanders au podium.

Sarah Huckabee Sanders répond aux questions des journalistes depuis la Maison-Blanche, mardi.

Photo : Associated Press / Andrew Harnik

La Maison-Blanche critique le FBI et pas Flynn

Dans un point de presse en début d'après-midi, mardi, la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, n'a pas voulu commenter les développements du jour dans cette affaire.

Elle a toutefois maintenu que Michael Flynn a été victime d'une « embuscade » du FBI, comme elle l'avait affirmé plutôt dans une entrevue accordée à Fox News. « Nous n'avons aucune raison de revenir là-dessus », a-t-elle dit.

Lors de leurs recommandations sur la peine, les avocats de M. Flynn avaient aussi avancé l'idée que les agents du FBI auraient peut-être trompé leur client en ne lui disant pas que leur mentir constituait un crime.

« Un conseiller à la Sécurité nationale, ancien chef d'une agence de renseignement et général à la retraite, ayant servi 33 ans dans les forces armées sait qu'il ne faut pas mentir aux agents fédéraux », avait répliqué l'équipe du procureur Mueller.

Au tout début de son audience, Michael Flynn a d'ailleurs reconnu sans détour qu'il savait que mentir à des enquêteurs du FBI constituait un crime, et qu'il en était coupable.

Plus tôt dans la journée, le président Trump a aussi semblé accréditer cette thèse dans un message publié sur Twitter où il souhaitait « bonne chance » à celui qui a été son ancien conseiller à la sécurité nationale pendant 22 jours.

« Il sera intéressant de voir ce qu'il a à dire, malgré l'intense pression mise sur lui », a-t-il écrit, en martelant une nouvelle fois qu'il n'y avait pas eu de « collusion » entre le Kremlin et son entourage.

Agacé par l'enquête russe aux multiples tentacules, M. Trump n'a jamais cessé de dénoncer une « chasse aux sorcières » orchestrée selon lui par un procureur « hors de contrôle ».

Robert Mueller, qui enquête depuis 18 mois sur les ingérences russes dans la présidentielle de 2016, n'a pas encore abattu toutes ses cartes et rien ne permet de dire, à ce stade, qu'il y a bien eu entente entre Moscou et l'équipe du candidat Trump.

Plusieurs anciens conseillers du magnat de l'immobilier ont cependant été condamnés pour des faits débusqués en marge de ses investigations et le procureur Mueller a, au fil des documents judiciaires, dressé le tableau de multiples contacts entre des Russes et des proches de Donald Trump.

Avec les informations de Agence France-Presse, Washington Post, Huffington Post, Vox, Politico, et Associated Press

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