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Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, un monument littéraire revisité au théâtre à l'ère Trump

Les comédiens de la pièce « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » saluent la foule après la première représentation à Broadway.
Les comédiens de la pièce « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » saluent la foule après la première représentation à Broadway. Photo: Getty Images / Slaven Vlasic
Radio-Canada

Classique de la littérature américaine, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (To Kill a Mockingbird), roman de Harper Lee sur la ségrégation raciale dans le sud des États-Unis, est maintenant aussi un succès à Broadway, dans une adaptation qui résonne à l'ère Trump.

Le roman relate le combat d’Atticus Finch, un avocat blanc, pour innocenter Tom Robinson, un Noir accusé à tort de viol dans les années 1930, en Alabama.

Publié en 1960, le livre a remporté le prix Pulitzer de la fiction en 1961.

La nouvelle adaptation de ce best-seller est signée Aaron Sorkin. Cet auteur vedette de télévision et de cinéma est à l'origine de séries télévisées à succès comme The West Wing et du scénario du film The Social Network.

Bartlett Sher, vainqueur en 2016 du prix Tony de la meilleure pièce de Broadway pour Oslo, sur les pourparlers israélo-palestiniens, assure la mise en scène de la pièce.

À en croire les critiques unanimes depuis la première jeudi dernier, Sorkin, qui n'avait plus écrit pour le théâtre depuis 11 ans, a réussi son pari.

Les premières ont été accueillies dans l'enthousiasme, et le théâtre Shubert, fort de 1400 places, affiche complet pour plusieurs mois.

Jeff Daniels salue la foule après la première de « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » à Broadway.Jeff Daniels salue la foule après la première de « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » à Broadway. Photo : Getty Images / Slaven Vlasic

Une réadaptation unique

Dans une tribune publiée dans le New York Magazine, Sorkin a expliqué la difficulté d'écrire cette adaptation : « une mission suicide tant le texte occupe une place sacrée dans la littérature américaine ».

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur était d'autant plus délicat à réinventer, qu'il a déjà été adapté au cinéma en 1962, remportant trois Oscars, mais aussi au théâtre, par Christopher Sergel, en 1970.

Sorkin a décidé de repartir de zéro, au risque de fâcher les héritiers de Harper Lee, morte en 2016. D'ailleurs, ceux-ci ont attaqué en justice les auteurs de l'adaptation, avant de conclure un accord à l'amiable.

Plus d'importance à des personnages secondaires

Dans le roman, le procès de Tom Robinson arrivait tard, tandis que dans la pièce de Sorkin, c'est devenu le fil conducteur, ce qui donne à ce personnage une plus grande importance.

Pour l'acteur Gbenga Akinnagbe, qui interprète Tom Robinson, la pièce est plus pertinente que jamais. « Les changements dont nous avons besoin en tant que nation sont encore loin, a-t-il indiqué à l'AFP. Des histoires comme ça arrivent chaque jour aux États-Unis. Des gens sont injustement accusés, surtout quand ce sont des personnes de couleur. »

En 1960, on utilisait des personnages afro-américains en se disant qu'ils passeraient probablement inaperçus. Mais je ne pouvais pas prétendre que j'écrivais la pièce en 1960. Je l'écris aujourd'hui.

Aaron Sorkin
LaTanya Richardson salue la foule après la première de « Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur » à BroadwayLaTanya Richardson dans le rôle de Calpurnia Photo : Getty Images / Slaven Vlasic

Personnage discret dans le roman, Calpurnia, la gouvernante noire de la famille Finch, interprétée par LaTanya Richardson, prend sur les planches une importance inédite, en exposant crûment à son très magnanime patron les souffrances et injustices imposées par la ségrégation.

Sorkin en a profité pour remettre en question la vision optimiste du monde présentée par Atticus Finch, interprété à Broadway par Jeff Daniels, un acteur fétiche de Sorkin.

Dans le roman, Atticus est un homme moral et répète à ses enfants qu'il y a « du bon » chez tout le monde, y compris chez les suprémacistes blancs qui accusent Robinson.

Pendant que Sorkin luttait pour tenter d'humaniser le personnage de Finch, ces suprémacistes sont revenus sur le devant de la scène politique américaine avec les violences de Charlottesville en août 2017, et l'augmentation des crimes racistes et antisémites, que le président américain Donald Trump n'a pas vraiment dénoncés.

« Soudainement, en 2018, j'ai commencé à me dire qu'Atticus devrait redescendre sur terre. Dans la pièce, je voulais qu'il soit tiraillé », a dit Sorkin.

Au-delà des extrémismes et du racisme, la pièce trouve un autre écho, plus inattendu, avec l'actualité américaine. Lorsque la jeune Blanche, visiblement torturée, accuse à la barre Tom Robinson de l'avoir violée, alors que c'est en fait son père qui abuse d'elle, on ne peut s'empêcher de penser au mouvement #MoiAussi, qui a vu des centaines de femmes accuser des hommes d'agressions sexuelles.

Les représentations de la pièce sont prévues à New York jusqu'en septembre.

Avec les informations de Agence France-Presse

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