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Le combat contre la collusion n'est jamais fini, dit la nouvelle inspectrice générale de Montréal

Entrevue avec Brigitte Bishop

La nouvelle inspectrice générale de la Ville de Montréal, Brigitte Bishop, est officiellement entrée en fonction mardi après l'approbation de sa nomination par le Conseil municipal, lundi soir.

Elle sera responsable de surveiller l'attribution et l'exécution des contrats donnés par la Ville de Montréal et par des organismes qui lui sont liés.

Mme Bishop succède dans ces fonctions à Me Denis Gallant qu’elle remplaçait déjà à titre intérimaire, depuis son départ, le 25 juillet dernier.

« Sa vaste expérience juridique dans le domaine des enquêtes et à titre de procureure à la DPCP, pendant plus de 27 ans, ainsi que son travail irréprochable à titre d’inspectrice générale intérimaire, confirment qu’elle a tous les atouts pour assumer ce rôle de façon permanente », a déclaré la mairesse de Montréal, Valérie Plante, dans un communiqué.

Diplômée en droit et membre du Barreau du Québec depuis 1989, celle qui sera à la tête du Bureau de l'inspecteur général (BIG) a à son actif une vingtaine d'années d’expérience comme procureure à la direction des poursuites criminelles et pénales.

« J'ai travaillé en produits de la criminalité, donc j'ai contribué à la confiscation de plusieurs bunkers de Hells Angels au Québec, effectivement », a-t-elle dit peu après sa nomination.

De 2011 à 2017, Brigitte Bishop a également agi en qualité de conseillère juridique aux enquêtes criminelles auprès de la Sûreté du Québec.

Avant d'assurer la direction par intérim du BIG, elle a été inspectrice adjointe, entre 2017 et 2018.

Quant à son prédécesseur, Me Denis Gallant, il préside aujourd'hui l'Autorité des marchés publics, un organisme dont la création figurait parmi les recommandations de la commission Charbonneau.

Une vigilance constante s'impose

Un des sujets que la nouvelle inspectrice générale a à coeur est celui des sols contaminés.

Le Bureau de l'inspecteur général a déjà critiqué le manque de transparence de Montréal c'est électrique, un organisme à but non lucratif financé en partie par la Ville pour la course de formule E l'an dernier. Brigitte Bishop compte sur les nouvelles règles de transparence imposées par la Ville aux OBNL qu'elle finance pour vérifier si l'argent des Montréalais est bien dépensé.

« C'est une belle préoccupation pour 2019, a-t-elle dit. On a une loi adoptée en avril dernier sur les OBNL et c'est clair que présentement on se rencontre avec le contentieux, avec le bureau du contrôleur général, la vérificatrice générale, pour voir quels sont les effets de ces nouvelles dispositions là dans notre quotidien. »

Questionnée mardi par l’animateur Alain Gravel sur les ondes d’ICI PREMIÈRE sur l’état de la corruption et de la collusion dans les travaux publics après plusieurs années de lutte contre ce phénomène, Brigitte Bishop a expliqué que ce combat n’est jamais fini.

« C’est toujours là, c’est latent. C’est clair qu’on les voit moins, mais ils sont là. Notre but c’est de maintenir la vigie, de maintenir la pression en faisant plus de surveillance, en étant vraiment présents, en faisant des rapports publics, en dénonçant », a déclaré la nouvelle inspectrice générale.

La commission Charbonneau a dévoilé des stratagèmes de collusion et de corruption qui dataient de plusieurs années, et même plusieurs décennies. Je ne pense pas qu’on puisse changer ça du jour au lendemain. […] Il faut toujours être là, il faut maintenir la surveillance.

Me Brigitte Bishop, inspectrice générale à la Ville de Montréal

Le bureau de la nouvelle inspectrice générale doit aussi composer avec des méthodes qui évoluent sans cesse pour contourner les règles d’attribution de contrat et de contrôle des coûts.

« Il y a un phénomène qu’on voit où certaines compagnies vont charger une forme de ristourne aux sous-entrepreneurs sous forme d’extras […] On va s’entendre que l’extra va être de tant pour cent par exemple, avant même que [les travaux soient commencés]. »

« Nous avons des dossiers présentement dans cet angle-là qu’on évalue et qui devraient sortir publics éventuellement », a promis Mme Bishop, qui a précisé ne pas pouvoir en dire davantage pour ne pas nuire aux enquêtes en cours.

En ce qui a trait à l'influence du crime organisé dans l'industrie de la construction, Mme Bishop, qui cumule de nombreuses années d'expérience dans la lutte contre les motards criminels, explique que, bien qu'elles soient moins présentes que par le passé, les organisations criminelles rôdent toujours autour des contrats publics.

On voit que [le crime organisé], ça tourne autour des contrats. Présentement on ne les voit pas directement impliqués dans les compagnies comme par le passé, mais on voit qu’il y a un mouvement. On est là, on les surveille.

Me Brigitte Bishop, inspectrice générale à la Ville de Montréal

Une offre salariale loin de la parité?

La nouvelle inspectrice générale sera en poste pour un mandat de cinq ans non renouvelable au cours duquel elle recevra un salaire annuel de base de 177 452 $. Son prédécesseur gagnait quelque 83 000 $ de plus, mais cela pourrait changer.

Me Bishop a en effet expliqué au journaliste Stéphane Bordeleau que « plusieurs ficelles restent encore à attacher » dans le contrat qui la liera à la Ville de Montréal.

C’est un peu prématuré de parler d’un écart de salaire. Il y a encore des négociations à faire et des choses à ficeler. Je suis nommée, mais je n’ai pas signé encore le contrat.

Brigitte Bishop, Inspectrice générale à la Ville de Montréal

Ne désirant pas négocier son salaire « sur la place publique », Me Bishop a expliqué que le montant annoncé dans le communiqué est celui qui était affiché avec le poste.

Elle compte donc s'asseoir avec la Ville au retour des vacances, en janvier, pour négocier « dans les paramètres légaux et acceptables » les termes du contrat qui la liera à la Ville pendant les cinq prochaines années.

Selon les informations publiées par la Ville de Montréal, Me Denis Gallant, lorsqu’il a été nommé à la tête du Bureau de l’Inspecteur général, sous l’administration Coderre en 2014, gagnait 260 000 $ par année alors que le salaire affiché par la Ville de Montréal pour ce poste est de 177 452 $, soit exactement 82 548 $ de moins.

Du côté de l'administration, on affirme que le salaire de Mme Bishop correspond à celui des cadres de son niveau à la Ville de Montréal.

« Elle a pu négocier un certain nombre de termes de son contrat, affirme le président du comité exécutif, Benoit Dorais. Certaines personnes pourraient [se demander] s'il y a un traitement différencié. Absolument pas! On a vraiment procédé à l'évaluation de la classe d'emploi, ce que ça donnait comme équivalence à la Ville comme catégorie de cadre, et c'est ce que nous avons affiché. »

Benoit Dorais rappelle que l'ex-maire Denis Coderre avait recruté Denis Gallant comme premier inspecteur général et qu'un contrat avait alors été écrit expressément pour lui.

Avec la collaboration de Benoît Chapdelaine

Grand Montréal

Politique