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L’affaire Huawei met à mal l'expansion des entreprises chinoises au Canada

Une chaîne de production dans une usine de Dongfeng Nissan Passenger Vehicle Co. à Zhengzhou, province du Henan, en Chine.
Peu de constructeurs automobiles dans le monde ont la capacité de remplacer l'installation d'Oshawa, selon Flavio Volpe, président de l'Automotive Parts Manufacturers Association. Photo: Reuters / China Stringer Network

Plusieurs constructeurs automobiles chinois reconsidèrent leur projet de prendre de l'expansion au Canada dans la foulée de l'affaire Huawei, a indiqué jeudi le président de l'Automotive Parts Manufacturers Association (APMA).

Aux yeux de Flavio Volpe, président de l'APMA, l'arrestation de la directrice financière du géant chinois des télécommunications Huawei à Vancouver, au début du mois, est la cause de ces hésitations.

« Ces compagnies disent : "Regardez, nous sommes toujours intéressées, bien évidemment. L’Amérique du Nord est un marché important pour nous. Mais pour l’instant, nous allons mettre ces projets sur pause" », a expliqué M. Volpe en entrevue à CBC News.

Les dirigeants de ces entreprises « disent avant tout : '' Réglons d'abord l'incertitude'' », a-t-il ajouté.

Au cours des derniers mois, l’APMA a reçu la visite de représentants de l’industrie chinoise de l’automobile à deux reprises. Une autre délégation du genre est attendue le mois prochain, a fait savoir M. Volpe, sans toutefois dévoiler les noms des entreprises en question.

Selon Lynette Ong, professeure agrégée au département de science politique de l'Université de Toronto et de l'Asian Institute, un retard de deux ans dans les investissements chinois au Canada est probablement le « pire scénario ». Un refroidissement des relations commerciales pendant une période de six mois est plus probable, avance-t-elle.

Les trois prochains mois seront absolument critiques pour les relations Canada-Chine.

Lynette Ong, professeure agrégée, Département de science politique, Asian Institute, Université de Toronto

Flavio Volpe rappelle que les fabricants canadiens de pièces d'automobile vendaient environ trois milliards de dollars par année à l'usine General Motors d'Oshawa, en Ontario. Maintenant que le constructeur automobile a décidé de fermer cette usine, l'industrie canadienne des pièces d'automobile a besoin d'un nouveau client. Un investissement d'un constructeur automobile chinois viendrait pallier ce manque.

Peu de constructeurs automobiles dans le monde ont la capacité de remplacer l'installation d'Oshawa, soutient M. Volpe, qui souligne qu'attirer des fabricants chinois au Canada est devenu difficile.

« Les Américains nous ont mis dans une situation très difficile », affirme le président de l’APMA.

C'est peut-être une sorte de guerre froide émergente. Et les Américains, bien sûr, savent que nous sommes un État de droit, et ils nous ont mis entre la force imparable et l'objet immuable.

Flavio Volpe, président de l’APMA

Les États-Unis cherchaient habituellement à accroître le commerce international dans le passé, mais le gouvernement de Donald Trump a plutôt forcé le Canada à choisir entre le reste du monde et le marché américain, dit-il.

« Nous ne sommes pas stupides. Au moins 75 % des débouchés seront toujours liés géographiquement aux Américains, et je pense que notre industrie a très bien servi le marché américain », ajoute M. Volpe.

La réputation de Pékin en jeu

La professeure Lynette préconise le calme. Le Canada, dit-elle, devrait éviter de prendre des mesures draconiennes ou d'agir par panique.

« Si les autorités chinoises arrêtaient un troisième Canadien, je commencerais à paniquer », ajoute-t-elle, faisant référence aux arrestations en Chine de l’ex-diplomate canadien Michael Kovrig et du ressortissant canadien Michael Spavor qui ont suivies la détention de Mme Meng.

Les deux hommes sont soupçonnés « d'activités menaçant la sécurité nationale » dans des affaires distinctes.

Mme Ong pense que le différend sera réglé au cours des six prochains mois, ce qui permettra aux entreprises et au commerce entre le Canada et la Chine de se remettre sur les rails.

Pékin risque gros en termes de réputation, selon Lynette Ong. « Plus longtemps ils garderont les deux Canadiens sans procès équitable, sans inculpation équitable, plus leur réputation en pâtira », soutient-elle.

L’hésitation des constructeurs automobiles chinois survient au moment où Destination Canada, une société d'État qui fait la promotion du Canada comme destination touristique internationale, a annoncé l'arrêt temporaire de toute nouvelle publicité touristique en Chine.

« Destination Canada, de concert avec ses partenaires co-investisseurs, a décidé d'interrompre temporairement ou de reporter ses efforts de marketing actuels en Chine », a annoncé Emma Slieker, porte-parole de Destination Canada.

2018 avait été décrétée comme l'année du tourisme entre le Canada et la Chine. La ministre du Tourisme Mélanie Joly prévoyait être à Pékin pour la cérémonie de clôture, du 17 au 20 décembre, mais le gouvernement a annulé son voyage la semaine dernière.

Avec les informations de CBC

Relations internationales

Économie