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Croisière de luxe et cocaïne en Australie : sentence réduite pour André Tamine, qui collabore avec les autorités

André Tamine, Isabelle Lagacé et Mélina Roberge devant la cour en Australie.

Photo : Daily Mail Australia / Vincent de Gouw

Radio-Canada

Le troisième Québécois arrêté en Australie en possession de plusieurs valises remplies de cocaïne après être monté à bord d'une luxueuse croisière autour du monde évite une peine d'emprisonnement de presque 15 ans, parce qu'il collabore avec les autorités. André Tamine s'en tire plutôt avec 8 ans et 5 mois à purger au pénitencier.

Un texte de Julie Dufresne, d'Enquête

C’est une sentence à peine plus sévère que celles d’Isabelle Lagacé et de Mélina Roberge, même s'il y avait deux fois plus de cocaïne dans sa cabine que dans celle des deux jeunes Québécoises. Elles ont écopé de 7 ans et 8 ans d’emprisonnement respectivement.

« J’ai décidé de réduire la sentence que j’aurais normalement imposée », a indiqué la juge Catherine Traill.

En vertu de l’article 16 de la loi australienne sur les crimes, explique-t-elle, la peine est réduite de 25 % en raison de sa collaboration avec les autorités. Une réduction de 15 % de sa peine s’ajoute parce qu’il a plaidé coupable, ajoute Mme Traill.

Pourtant, André Tamine avait une bien meilleure connaissance de l'opération d'importation de cocaïne en Australie que Mélina Roberge et Isabelle Lagacé, âgées respectivement de 25 ans et de 30 ans. Non seulement il savait quelle drogue était à bord, mais la juge a confirmé qu’il connaissait la quantité de cocaïne transportée, d’autant qu’il l’a fait monter à bord du paquebot, comme le révélait Enquête dans un reportage diffusé en octobre .

« Son rôle [dans l’opération] était beaucoup plus important que celui de Lagacé et Roberge », a déclaré la juge Traill.

Par la voix de son avocat, André Tamine avait demandé une ordonnance de non-publication pour que sa peine ne soit pas rendue publique, une requête contestée par Radio-Canada, qui a eu gain de cause. La décision rendue par la juge Catherine Traill lundi permet pour la première fois de connaître - en partie - la version de cet obscur Montréalais.

Une des valises du trio remplie de drogue.

Une des valises du trio remplie de drogue.

Photo : Australian Federal Police

La magistrate a aussi raconté qu’André Tamine s’était fait offrir 100 000 euros (un peu plus de 150 000 $) pour prendre part à l’opération d’importation de cocaïne en Australie. En 2016, comme Mélina Roberge et Isabelle Lagacé, il s’était d’abord rendu au Maroc pour rencontrer une personne qui l’a invité à faire partie des complices.

Enquête a révélé qu’il faisait partie d’un groupe de six personnes, toutes de la grande région montréalaise, qui étaient montées à bord du Sea Princess. Trois d’entre elles, selon le témoignage de Mélina Roberge, avaient fait monter la cocaïne sur le navire, lors d’une escale au Pérou, avec l’aide de deux Italiens.

Parmi l'équipage : André Tamine, Stéphane Chevrier et Nicolay Kolev. Ces deux derniers sont toujours libres comme l’air à Montréal, tout comme Michel Chiasson, lui aussi monté à bord en même temps que le groupe.

Ce dernier, qu’Enquête a retrouvé dans la métropole l’été passé, nous avait confirmé avoir quitté le navire à la deuxième escale, à Sydney, en Nouvelle-Écosse. Il avait nié être impliqué dans l'opération, mais avait admis que c'était lui qui avait avisé les douaniers canadiens de surveiller les jeunes femmes.

« C'est sûr que y a personne mieux placé que moi », avait-il déclaré. Il avait laissé entendre qu’il y avait plus de drogue à bord du navire que ce qui a été saisi. « Il y a une tonne qui est débarquée en avant… C’est ça qui est arrivé... check it out! » avait-il lancé avant de s'en aller.

« Cette expérience m’a fait peur »

André Tamine, 65 ans, a été arrêté en même temps que les deux Québécoises en août 2016. Comme elles, il a plaidé coupable à une accusation d’importation de drogue en quantité commerciale.

En tout, 95 kilos de cocaïne ont été saisis sur le Sea Princess, d’une valeur estimée à plus de 60 millions de dollars sur le marché noir australien.

André Tamine est tenu responsable d’avoir importé 42 kilos – une quantité moindre que ce qui avait été évoqué lors des observations sur la peine de Mélina Roberge. En mars dernier, la juge Traill avait indiqué que 65 kilos de cocaïne se trouvaient dans la cabine de Tamine.

La juge Traill s’est faite avare de commentaires sur le rôle des autres hommes montés à bord du Sea Princess. Le mois dernier, des audiences à huis clos ont eu lieu lors des observations sur la peine. Impossible d’avoir un portrait complet de la situation.

La juge a toutefois rapporté que, durant ces observations, André Tamine lui a fait parvenir une lettre dans laquelle il s’est dit embarrassé et humilié. « J’ai été stupide d’accepter de faire ce que d’autres m’ont demandé de faire plutôt que de me tenir debout. Je sais que ce que j’ai fait est mal et que je dois être puni pour mes actions. Toute cette expérience m’a fait peur. »

André Tamine devra purger au moins 5 ans d’emprisonnement dans un centre de détention de Sydney avant d’être admissible à une libération conditionnelle, soit pas avant le mars 2022.

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