•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Wab Kinew : rebâtir le parti pour stopper les conservateurs

Gros Plan sur Wab Kinew, en entrevue avec Radio-Canada. Au fond derrière lui, on aperçoit un arbre de Noël et le coin de son bureau.
Wab Kinew est le chef de l'opposition officielle NPD au Manitoba depuis septembre 2017. Photo: Radio-Canada / Gilbert Rowan
Camille Gris Roy

Le Manitoba, sous le gouvernement progressiste-conservateur, perd son « sens de la bienveillance ». C'est ainsi que le chef de l'opposition officielle perçoit les derniers mois sur la scène politique provinciale. Lors d'une entrevue de fin d'année accordée à Radio-Canada, Wab Kinew revient sur la réforme de la santé, la crise de la méthamphétamine, les services en français et la tempête qui a secoué son parti quand des allégations d'inconduite ont refait surface.

Wab Kinew a vécu en 2018 sa première année complète comme chef du Nouveau Parti démocratique (NPD) du Manitoba. Ses interventions à la Chambre l’ont amené à parler presque tous les jours du système de santé et de la réforme en cours aux services d'urgence.

Une fois de plus, il réitère le besoin d’une approche préventive, alors que, selon lui, le gouvernement traite principalement de la « gestion » des soins.

« On pourrait créer une province où plus de Manitobains sont en bonne santé et ont moins de maladies », souligne-t-il. Cette logique passe par l’implication des autres ministères : « Le logement, l'éducation, la nourriture et même les interventions dans les familles, tout cela influe sur la santé d'une personne. »

La crise de la méthamphétamine, qui a pris de l’ampleur au Manitoba, entraîne également une surcharge de travail dans le système de santé. Wab Kinew reconnaît que la province ne peut régler seule cette question.

Wab Kinew debout en chambre, vu de profil, pointe du doigt pour appuyer son propos.Wab Kinew compte parler de la crise de la méthamphétamine souvent en 2019. Photo : Radio-Canada

À ce sujet, le Manitoba, le gouvernement fédéral et la Ville de Winnipeg viennent tout juste d'annoncer un groupe de travail sur les drogues illicites.

Mais Wab Kinew estime qu'il faut plus de ressources et note que les mesures de la province mises en place jusqu'ici, comme l’ouverture de cinq cliniques rapides pour lutter contre les dépendances, sont restées marginales. « Des cliniques qui sont ouvertes seulement quelques heures par jour, ça n'a pas de sens » dans le contexte d'une crise qui, fait-il remarquer, se déroule « 24 h sur 24, 7 jours sur 7 ».

Il s'agit, en réalité, d'un problème de santé mentale, constate-t-il.

Maintenant, c'est la meth, il y a deux ans, c'était d’autres drogues. Avant, c'était l'alcool. Mais ce qu'il y a en commun, c'est qu'il y a beaucoup de Manitobains qui ont des problèmes affectifs ou spirituels qui ne sont pas guéris.

Wab Kinew, chef du NPD du Manitoba

Services en français

Les services en français au Manitoba ont récemment alimenté les discussions politiques, avec l’annonce de la suppression de 11 postes au Service de la traduction, la baisse du nombre de postes désignés bilingues au sein de la fonction publique et le dossier du Bureau de l’éducation française.

Pour Wab Kinew, ce sont « les mêmes sortes de coupures » que les mesures prises en Ontario par le gouvernement de Doug Ford au sujet du Commissariat aux services en français et du projet d’université francophone.

Le chef néo-démocrate n’est pas convaincu par les arguments de l'administration Pallister, qui souhaite embaucher plus de traducteurs pigistes pour augmenter le volume de pages traduites.

« Au bout du compte, il y a moins de personnes qui travaillent pour faire des traductions en français, il y a moins de personnes au gouvernement qui sont bilingues dans des postes désignés pour être bilingues et ça n'aide pas beaucoup la communauté s'il y a quelqu'un qui est bilingue, mais qui travaille dans la rue à réparer les routes », affirme-t-il.

« L’affaire Struthers »

L'année du NPD a par ailleurs été marquée par des allégations d’inconduite de la part d’un ex-ministre du parti, Stan Struthers.

Le chef a mis sur pied une commission pour se pencher sur le harcèlement en milieu de travail qui, dans un rapport dévoilé en mai, a dépeint une culture « sexiste et misogyne » ayant longtemps régné à l'interne.

Wab Kinew estime toutefois que les choses ont commencé à changer. « Dès que je suis devenu chef [j'ai] établi une nouvelle politique et des formations pour tout le monde, tant les députés que ceux qui travaillent avec nous », rappelle-t-il.

C'est une des choses pour lesquelles notre société est en train de lutter : établir une société plus égale et équitable.

Wab Kinew, chef du NPD du Manitoba

Certains ont cependant critiqué le processus de la commission, qui s’est déroulé de façon anonyme, sans chercher à imposer des sanctions à ceux qui auraient contribué à cet « environnement malsain ». Le chef du NPD admet que le système n’est pas parfait, mais il estime que le parti a privilégié une approche « tournée vers l’avenir ».

Deux femmes et un homme (le chef du parti Wab Kinew) assis à une table devant un micro, dans une salle de conférence, répondant aux questions des médias.Le NPD du Manitoba avait demandé à Sandra DeLaronde (à gauche) et à Kemlin Nembhard (au centre) de mener une commission pour se pencher sur le harcèlement et l'inconduite sexuelle en milieu de travail. Photo : Radio-Canada / Camille Gris Roy

Des défis qui persistent

Plus généralement, le NPD poursuit sa « reconstruction », assure Wab Kinew, quatre ans après une rébellion interne, suivie d’une cuisante défaite électorale en 2016, puis d’une course à la chefferie.

Selon un sondage de la firme Mainstreet en novembre*, le PC au pouvoir gardait une avance de près de 14 points (42,3 %) face au NPD (28,7 %) parmi les électeurs décidés.

Cette année, le NPD a aussi perdu le siège de Saint-Boniface lors d’une élection partielle, siège qui était détenu par l’ancien premier ministre Greg Selinger depuis 1999, et deux députés vétérans du parti, Rob Altemeyer et James Allum, ont annoncé qu’ils ne se représenteraient pas aux élections de 2020.

Le chef, lui, perçoit tout de même un vent de renouveau positif. « Ce qui arrive, c'est vraiment un changement générationnel pour le parti […]. C'est maintenant le temps de sauvegarder nos valeurs et d'encourager les jeunes à être plus engagés. »

Wab Kinew, assis, devant son bureau, souriant. Au fond, un sapin de Noël décoré devant la fenêtre, illuminé par la lumière du jour.Wab Kinew regarde déjà vers 2020, l'année des prochaines élections provinciales. Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

Depuis l’automne, le NPD doit aussi composer avec une nouvelle dynamique à l'Assemblée législative, puisque le Parti libéral est maintenant officiellement reconnu et que son chef y a rejoint ses collègues.

« Je ne pense pas aux libéraux comme étant le parti contre lequel je dois agir. Mon but, ce sont les choses que Pallister fait : je veux ça », dit Wab Kinew.

Si on veut former un gouvernement, on ne doit pas seulement gagner avec ceux qui appuient le NPD et les libéraux, on doit gagner avec beaucoup de personnes qui ont voté pour Pallister en 2016.

Wab Kinew, chef du NPD Manitoba

Alors que le Parti conservateur s’est récemment imposé aux élections provinciales en Ontario et au Nouveau-Brunswick, que le Parti conservateur uni de l’Alberta gagne des appuis et que les élections fédérales approchent, comment le NPD pense-t-il se démarquer au Manitoba? Wab Kinew croit que ce sont les valeurs qui le lui permettront.

« Les partis qui peuvent communiquer leurs valeurs d'une façon simple, comprise par la famille moyenne, sont des partis ayant beaucoup de succès. »

« Une autre chose qu'on a vue récemment dans la politique canadienne, c'est qu'il y a des gouvernements qui ont eu seulement un mandat », relève-t-il. « La question n’est pas seulement une question de différence entre la droite et la gauche; les politiques sont maintenant dans les médias sociaux et sont plus fluides. »


*Le sondage Mainstreet mentionné plus haut a été mené auprès de 735 Manitobains entre les 3 et 5 novembre 2018 et présente une marge d'erreur de + ou - 3,6 %, 19 fois sur 20.

Manitoba

Politique provinciale