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Robert Lepage se demande ce que les artistes ont le droit de faire

Portrait de Robert Lepage

« Kanata », la nouvelle production du metteur en scène Robert Lepage, est critiquée par un collectif de personnalités autochtones.

Photo : The Canadian Press / Sean Kilpatrick

Radio-Canada

Robert Lepage a fait les manchettes l'été dernier pour les pièces SLAV, puis Kanata, accusées d'appropriation culturelle. Le metteur en scène revient sur le sujet dans une entrevue au quotidien français Le Monde alors que Kanata vient de prendre l'affiche à Paris au Théâtre du Soleil.

Robert Lepage se questionne sur la liberté des artistes et fait plusieurs mises au point.

Il raconte avoir changé sa pièce après la controverse estivale. Deux des trois épisodes prévus ont été enlevés et la pièce se nomme maintenant Kanata : épisode 1 – La controverse. Mais il explique que la controverse faisait déjà partie de l'œuvre, puisque la pièce part d'un événement qui s'est déroulé à Vancouver, ville où se déroule Kanata. Il ne s'agit donc pas d'une réponse aux événements de cet été.

« Son point de départ repose sur une histoire terrible : au tournant des années 2000, dans l’Ouest canadien, un homme a tué 49 femmes, principalement des Autochtones démunies qui vivaient dans la rue, droguées ou prostituées. Une peintre de Vancouver, qui n’est pas Autochtone, a décidé de faire le portrait de ces femmes. Cela a suscité une énorme controverse, parce que des membres des communautés autochtones ont dit : "Nous n’avons pas eu le temps de faire notre deuil, l’enquête n’est pas terminée, et vous utilisez nos filles, nos femmes, nos mères pour acquérir un capital de sympathie." Ce n’était pas du tout dans l’intention de la peintre qui, de plus, voulait vendre les portraits pour récolter de l’argent pour les centres de femmes à la rue », explique Robert Lepage à la journaliste Brigitte Salino.

Le metteur en scène soutient que les gens qui ont critiqué Kanata ont mal compris ce qu'il voulait faire. « Ils ont interprété notre approche comme étant celle d’un emprunt à la vie des Autochtones, alors que cet épisode 1 de Kanata ne parle pas de la réalité autochtone, ni directement de la femme qui a peint les portraits. Nous reprenons des éléments de l’histoire pour montrer, à travers un jeune couple d’artistes français qui s’installe à Vancouver, comment, à un moment donné, des Européens blancs croisent sur leur chemin la réalité autochtone. »

Dans un canot, une femme est à genoux et a les cheveux dressés sur la tête, tandis qu'un homme rame.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Une scène de la pièce « Kanata »

Photo : Courtoisie/Théâtre du Soleil

Il explique que la troupe du Théâtre du Soleil est venue au Canada pour rencontrer des Autochtones et en apprendre plus sur leur histoire. Il ajoute que si aucun artiste autochtone n'en fait partie, 24 acteurs sur 32 ne viennent pas de la France et ont vécu des histoires de déracinement.

Cependant, il admet son erreur et dit avoir été un peu naïf de penser qu'il pourrait faire le spectacle sans susciter de controverse. « J’aurais peut-être dû être plus prévoyant, parce que les communautés autochtones ne sont pas homogènes au Canada. J’admets mon erreur, et, après la polémique, qui nous a fait perdre le coproducteur principal, j’ai envisagé de renoncer. Ariane Mnouchkine [fondatrice et directrice du Théâtre du Soleil] a insisté pour que le spectacle se fasse », conclut-il.

Avec les informations de Le Monde

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