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Des soirées pour apprendre les bases du dépiautage

Un homme vêtu d'un chandail rouge est penché au-dessus d'un castor placé sur le dos et s'apprête à faire une première incision.

Carol Racine installe un castor sur son plan de travail avant de commencer le dépeçage

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Radio-Canada

Depuis deux ans, chaque jeudi, une dizaine de chasseurs, trappeurs ou simples curieux se retrouvent dans l'arrière-boutique du magasin L'Gros trappeur de Nédélec au Témiscamingue. Sur des établis de bois, ceux-ci peuvent apporter leurs prises ou encore s'initier au dépeçage avec des bêtes capturées.

Un texte de Lise Millette

Résident de Saint-Bruno-de-Guigues, Pierre Lavallée fait partie des apprentis. Il s'est initié il y a environ un an, lorsque ses moutons ont été attaqués par des coyotes.

Après s'être rendu à la boutique pour traquer ses prédateurs, il s'est mêlé au groupe.

C'est tout petit et c'est la première fois que j'en fais. C'est pour ça que c'est le fun le jeudi. Les vieux trappeurs viennent nous montrer comment faire, commente M. Lavallée.

Après quelques manœuvres, une odeur forte et malodorante se répand dans la pièce. Yves Lavallée confesse avoir accroché une glande avec son scalpel.

Mais il semble que ça arrive à tout le monde, s'empresse-t-il de préciser.

Pour lui, le défi consiste à obtenir la fourrure la moins abîmée possible et pour ce faire, il va régulièrement aux soirées d'apprentissage afin de connaître les techniques propres à chaque animal.

Ils nous disent comment commencer, comment enlever l'os de la queue. J'apprends tout ça le jeudi soir, c'est ma sortie de la semaine, complète-t-il.

Daniel Bergeron sourit devant sa peau de chevreuil, on peu voir que le cuir n'est pas lisse et la peau sur laquelle il doit travailler.

Daniel Bergeron a apporté une peau de chevreuil abattu cet automne pour la tanner de nouveau avec la bonne technique

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Apprendre à corriger certaines erreurs

Daniel Bergeron ne se définit pas comme un trappeur. Cet automne, il a abattu un chevreuil au cours de la saison de la chasse et a tenté de tanner lui-même sa peau. Le résultat n'était pas à la hauteur de ses attentes et le cuir n'était ni lisse ni souple. Il a donc choisi d'apporter sa peau aux soirées de Nédélec.

Je dois recommencer, la remettre dans l'eau avec du sel, mettre des produits pour le tannage. Je vais la mettre sur un rack et l'étirer, en perçant des trous dans le bord pour y mettre des cordes. Elle va devenir plus plane et moins cartonnée, assure-t-il.

M. Bergeron a déjà travaillé pendant deux semaines sur cette peau et il assure qu'il ira jusqu'au bout dans sa démarche.

Je suis comme ça, quand je commence quelque chose, il faut que ça marche. Une chance que je suis à ma retraite!, lance-t-il en riant.

Des enseignants volontaires

Le président de l'Association des trappeurs du Témiscamingue, Carol Racine, est un fidèle participant. Pascal Laliberté, le propriétaire de la boutique, le présente comme « le spécialiste du castor ».

Installé à son établi, Carol Racine a devant lui trois castors à dépouiller. Il n'est pas peu fier de préciser que ses peaux sont bien maigres et peuvent ainsi éviter l'étape du dégraissage, qui consiste à retirer l'excédent de graisse sur le cuir.

L'économie du Canada a reposé sur le castor pendant près de 300 ans, commence-t-il, avant de se livrer à un petit cours d'histoire de la trappe au pays.

Deux hommes sont installés à un comptoir de bois et l'un explique à son apprenti comment manier le scalpel pour retirer la fourrure d'un vison

Yves Lavallée prend les conseils d'Arnold Doherty afin de récupérer la fourrure d'un vison

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Avec son scalpel bien affûté, qu'il manie avec assurance, il coupe, découpe et lacère en tendant bien la peau, mais sans tirer trop fort. Avec une jeune apprentie, il explique mi-sérieux, mi-cabotin, comment procéder sans trouer la fourrure.

Arnold Doherty, de Ville-Marie, partage aussi son savoir. Il a apporté un coyote, qu'il a confié à son élève de la soirée. En peignant le poil de l'animal, avant la première entaille, il remarque des accumulations dans la fourrure.

Inquiet d'une possible contamination à la gale des canidés, il appelle Pascal Laliberté.

Ça ressemble à de la gale, mais ce n'est pas ça. Regarde, il y a un trou. C'est peut-être une morsure ou un tir de carabine. Ah voilà, deux trous ici, c'est une morsure, confirme Pascal Laliberté.

Un homme vêtu d'une combinaison marine tient un scalpel et entaille la patte d'un coyote capturé au Témiscamingue.

Boucher de profession, Yves Brouillard participe aux soirées du Gros trappeur pour apprendre à dépouiller le gibier

Photo : Radio-Canada / Lise Millette

Le boucher qui voulait trapper

Propriétaire de la boucherie Le Gourmet à Ville-Marie, Yves Brouillard est venu parfaire ses connaissances. Boucher de profession, il pense à des projets de retraite. La taxidermie lui semble une option intéressante.

Je prépare ma retraite. Dans mon jeune âge, j'ai capturé du lièvre et de la martre en masse. Je veux surtout apprendre les trucs des vieux trappeurs, revenir sur les traces, la nature et être en forêt, surtout, confie Yves Brouillard.

Le dernier rendez-vous de 2018 se tiendra le 20 décembre à 19 h. À compter de janvier, l'équipe de trappeurs d'expérience prendra la route pour des soirées collectives à Témiscaming, Belleterre et Béarn, avant de revenir à Nédélec vers la fin de l'hiver.

Abitibi–Témiscamingue

Chasse et pêche