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La dépendance à l'alcool éclipsée par le débat sur la légalisation du cannabis

Le reportage de Marie-Laurence Delainey

La légalisation du cannabis a suscité bien des inquiétudes relativement à sa consommation chez les jeunes. Toutefois, une spécialiste déplore que ce débat ait mis de côté les problèmes de dépendance à l'alcool qui font, eux aussi, des ravages.

Un texte de Marie-Laurence Delainey

« Il y a une très grande stigmatisation autour du cannabis. Pour l’alcool, on est dans la banalisation », explique l’analyste principale, recherche et politique au Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances (CCDUS), Catherine Paradis.

Selon une étude du CCDUS menée auprès d'étudiants à Sherbrooke, tous les deux jours, un jeune est hospitalisé en lien avec sa consommation d’alcool. Lors du triage, le quart des patients étaient déclarés de niveau un ou deux, indiquant que leur vie était en danger.

Mme Paradis rappelle que les impacts d’une forte consommation d’alcool peuvent être nombreux : décès, coma éthylique, bagarres dans les bars, agressions sexuelles. Une étude menée par des chercheurs de l’Université de Waterloo affirme que l’abus d’alcool peut influencer les résultats scolaires.

Ce que j'aurais espéré, c'est que toutes les discussions entourant la légalisation du cannabis au Canada auraient entraîné une recherche de cohérence de substances psychoactives au Canada.

Catherine Paradis, analyste principale, recherche et politique au Centre canadien sur les dépendances et l'usage de substances

L’analyste souhaite davantage de cohérence en ce qui a trait à la consommation d’alcool et de cannabis chez les jeunes. Le gouvernement Legault veut hausser l’âge légal de consommation de la marijuana à 21 ans. Celui de l’alcool est toujours fixé à 18 ans au Québec.

« Ce sont deux substances pour lesquelles on a une attitude complètement différente qui est, évidemment, liée au fait que, jusqu’à tout récemment, il y en avait une qui était illégale », ajoute Mme Paradis.

Selon l’Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de 2011-2012, un peu plus du tiers des buveurs québécois (34,9 %) âgés de 12 à 35 ans ont déjà consommé de l’alcool de façon excessive.

Des canettes dans un réfrigérateurDes boissons sucrées alcoolisées Photo : Radio-Canada / Josée Guérin

Retarder l'âge de la première consommation d'alcool

Pour limiter les conséquences de la consommation d'alcool chez les jeunes, la spécialiste du CCDUS suggère entre autres aux parents de retarder l’âge de la première consommation. Elle souhaite aussi que certains produits alcoolisés soient moins accessibles.

« Il n’y avait pas, il y a quelques années sur le marché, ces boissons très alcoolisées, sucrées qui, au Québec, étaient disponibles à 11,9 % d’alcool. Un produit très sucré qui masquait le goût de l’alcool, qui était aussi vendu à un prix, 3,33 $ pour une canette, qui contenait l’équivalent de quatre verres standards. C’est incroyable. On observe ce phénomène d’excès chez certains jeunes qui, à mon avis, résulte beaucoup de la manière dont on a rendu l’alcool accessible au Canada », soutient l'experte.

Selon l’Enquête québécoise sur la santé de la population, 41,7 % des 18-24 ans consomment du cannabis. Pour ce qui est de l’alcool, la proportion atteint presque 90 % pour la même catégorie d'âge.

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