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Les ressortissants français de l'Est-du-Québec surveillent la crise des gilets jaunes

Plusieurs centaines de personnes marchent à Paris, plusieurs portant un gilet jaune. À l'arrière se dresse l'Arc de Triomphe.

Des manifestants portant des gilets jaunes ont défilé samedi près de l'Arc de Triomphe, à Paris, malgré l'appel au calme lancé par le président français Emmanuel Macron.

Photo : Getty Images / Zakaria Abdelkafi

Radio-Canada

Plusieurs Français d'origine qui résident dans l'Est-du-Québec ont affirmé à Radio-Canada suivre de près l'évolution de la crise des gilets jaunes dans leur pays d'origine.

C’est le cas entre autres de Yan Fournis, professeur à l’Université du Québec à Rimouski, qui s’intéresse notamment à la territorialisation de la vie politique.

Le professeur Fournis croit qu’il ne faut pas laisser les violences faire perdre de vue le reste.

On a pas peut-être un peu tendance à se focaliser sur la violence ou le plus spectaculaire, mais le plus important, c’est l’ampleur.

Yan Fournis, professeur à l’Université du Québec à Rimouski
Des policiers tiennent un manifestant au sol et utilisent des gaz lacrymogènes

Des policiers appréhendent un gilet jaune à Paris

Photo : Reuters / Benoit Tessier

Il semblerait que les sondages montrent qu’il y a plus de 60 % de la population qui soutient cette mobilisation, note Yan Fournis. À partir du moment où les gens le soutiennent majoritairement, ça veut sans doute dire quelque chose de très important… Il me semble que l’on aurait tort de ne regarder que la violence, ça nous parle surtout d’une paupérisation générale qui elle, à mon avis, est vraiment le grand enjeu.

Un policier asperge des manifestants de poivre de cayenne alors qu'un autre les repousse avec un bouclier antiémeute dans une rue de Paris.

La manifestation a été ponctuée d'affrontements avec des policiers.

Photo : Getty Images / Jeff J Mitchell

Yan Fournis n’est pas le seul natif de la France à l’UQAR. Quentin Duboc est étudiant au doctorat en océanographie à l’UQAR.

Le profil d’Emmanuel Macron peut avoir contribué à exacerber la crise, selon Quentin Duboc.

C’est un politicien doué pour la langue de bois, analyse Quentin Duboc. En fait, c’est le bouc émissaire parfait pour ce genre de mouvement, parce qu’il représente très bien le politicien qui vit de la politique en plus qui a été formé dans le milieu bancaire un peu, donc il représente beaucoup la population plus riche qui ne vit pas la réalité de beaucoup de gens de région.

Quentin Duboc

Quentin Duboc

Photo : Radio-Canada

Pour sa part, Julien Picherit habite au Québec depuis cinq ans. Cet employé de la station récréotouristique de Gallix, à Sept-Îles, s’interroge notamment sur les répercussions des reportages sur les violences.

C’est sûr que les images de barricades dans certaines rues de Paris peuvent avoir un impact sur certaines personnes qui désiraient venir en France et même sur l’image de la France en général, mais j’espère que les gens vont être capables de se rendre compte que c’est le fait d’une minorité et que la majorité des personnes qui manifestent, c’est vraiment dans le respect, affirme Julien Picherit.

Le président Macron ne s’est jamais caché forcément d’être un banquier et quelqu’un de plutôt libéral, mais je pense que malgré tout, certaines personnes ont pu être séduites par le fait qu’il n’appartenait pas à un parti traditionnel, souligne Julien Picherit. Mais en gros, ce qui se passe, c’est qu’il commence à appliquer ses mesures et que les classes moyennes et les classes populaires se rendent compte que finalement, ce n’est peut-être pas un président pour eux et que ces mesures ne vont peut-être pas les favoriser.

Des « gilets jaunes » regardent à la télévision le discours du président français Emmanuel Macron, dans un salon décoré pour Noël.

Outre l'insuffisance des concessions consenties, le président Emmanuel Macron se fait reprocher d’avoir ignoré les appels pressants pour rétablir l’impôt sur la fortune (ISF), une des revendications phare des « gilets jaunes ».

Photo : Reuters / Philippe Wojazer

À Matane, Emmanuel Deyrieux n’a jamais cessé de suivre l’actualité de son pays d’origine.

Selon lui, il est normal que les Français aient perdu patience. Il comprend et approuve les revendications des gilets jaunes, mais estime qu’il y a des limites à ce que le gouvernement peut faire.

Il arrive un moment où les gens en ont marre et moi, je sais pas comment ils font. Le gouvernement français, il est un peu coincé, parce que oui, il faut en donner, mais il faut le récupérer quelque part, estime-t-il.

Arrivé au Québec en 2002, le Matanais d’adoption ne croit pas que les mesures d’atténuation avancées par le président Macron soient suffisantes.

Gros plan du président français Emmanuel Macron.

Le président Macron, lors de la réunion de crise qu'il a dirigée lundi, à l'Élysée.

Photo : Reuters / Yoan Valat/Pool

S’il avait été en France, Emmanuel Deyrieux aurait participé aux manifestations au cours de deux premières semaines, mais il aurait décroché quand le pillage a commencé.

Il croit que la situation plus calme n'est qu'apparence et que la frustration va demeurer. Selon lui, l'absence de tête dirigeante nuit à la crédibilité des gilets jaunes.

Les ressortissants français consultés s'entendent pour dire qu'ils continueront de surveiller l'évolution de la situation et que les prochaines semaines seront déterminantes.

Avec les informations de Maya Arseneau, François Robert et Brigitte Dubé

Bas-Saint-Laurent

Politique internationale