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La première de Kanata suscite une vive émotion à Paris

Deux comédiens sont couchés au fond d'un canot suspendu par le côté pour donner l'impression d'une vue plongeante.

La première de la pièce Kanata, de Robert Lepage, a eu lieu à Paris, samedi 15 décembre.

Photo : Courtoisie/Théâtre du Soleil

Radio-Canada

Après avoir fait l'objet d'une grande controverse l'été dernier, la pièce de Robert Lepage, rebaptisée Kanata – Épisode I – La Controverse, a finalement été présentée en grande première samedi après-midi par le Théâtre du Soleil, à Paris.

La représentation, qui a fait salle comble, a grandement ému les 500 spectateurs présents, selon Katia Chapoutier, chroniqueuse à l'émission Culture club, qui était sur place.

En juillet dernier, une polémique entourant la création de la pièce Kanata avait secoué le milieu artistique québécois. Le défaut d'avoir fait appel à des comédiens issus des communautés autochtones pour ce spectacle avait déclenché de vives critiques et une controverse sur la question de l’appropriation culturelle.

Le metteur en scène Robert Lepage avait alors choisi d’annuler les représentations de la pièce. Toutefois, en accord avec lui, le Théâtre du Soleil avait décidé, au mois de septembre, d'aller de l'avant avec la création du spectacle.

Des spectateurs aux yeux humides

Comme prévu initialement, la première de Kanata – Épisode I – La Controverse s’est donc déroulée à Paris samedi après-midi. Le public s’est montré très concentré pendant toute la représentation, qui a duré 2 h 30 min. « Beaucoup de gens sont sortis avec les larmes aux yeux », a raconté Katia Chapoutier depuis Paris. Le Canada restant peu connu des Français, la plupart des spectateurs ont découvert samedi une parcelle de l'histoire des mauvais traitements infligés aux Autochtones.

La comédienne québécoise Sophie Faucher, qui s'est rendue à Paris pour l'occasion, s'est réjouie que le fruit de la rencontre entre « deux grands créateurs », Ariane Mnouchkine – la metteuse en scène du Théâtre du Soleil – et Robert Lepage, ait pu être présenté sur scène. « Le spectacle est bouleversant », a-t-elle affirmé.

Robert Lepage a refusé de donner une entrevue, mais il s’est dit « heureux de l'accueil », selon Katia Chapoutier. « Je l’ai senti soulagé, car les applaudissements ont été nourris. »

À la fin de la pièce, quelques voix ont toutefois exprimé leur mécontentement. « Ce sont toujours les mêmes qui parlent, ce sont les coloniaux », a déploré un spectateur rencontré par Katia Chapoutier.

Une pièce réaliste

Kanata – Épisode I – La Controverse se déroule dans une rue sordide de Vancouver frappée par la drogue et l'itinérance. De jeunes femmes autochtones y disparaissent mystérieusement, mais la police reste inactive. En plusieurs tableaux, la pièce, très réaliste, selon Katia Chapoutier, fait le portrait de différentes personnes vivant dans cette rue. « Robert Lepage nous oblige à regarder une réalité difficile à voir », dit-elle.

Une scène montre notamment une femme se faisant enlever son bébé. « C'était une scène insoutenable », a-t-elle ajouté, précisant que ce moment de la pièce a marqué plusieurs personnes dans le public.

L'appropriation culturelle abordée

La pièce, également ponctuée de moments légers et même comiques, affronte la question de l’appropriation culturelle sous la forme d’une scène où une peintre française se heurte à des critiques quand elle souhaite monter une exposition de portraits des femmes autochtones disparues. « On nous a volé nos terres, nos terres, nos enfants, on ne va pas nous voler nos larmes », dit alors une femme autochtone.

La polémique née au Québec en juillet dernier a été peu comprise en France. Ariane Mnouchkine, la metteuse en scène du Théâtre du Soleil qui cédait pour la première fois son poste à un autre metteur en scène depuis la création de la troupe en 1964, est connue pour être très engagée.

Le Théâtre du Soleil regroupe 30 comédiens originaires d’une vingtaine de pays. Certains ont le statut de réfugié. Depuis 54 ans, Ariane Mnouchkine reste fidèle à sa philosophie : tout le monde peut jouer tout le monde.

Samedi, un groupe d'Autochtones et de leurs alliés a publié une lettre adressée aux artistes ayant créé Kanata – Épisode I – La Controverse.

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