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Photos de suspects sur Internet : une boutique érotique ravive un débat

Caméra de surveillance au plafond d'un établissement commercial.
La diffusion d'images de caméras de surveillance a fait l'objet de plaintes. Photo: Getty Images / Krisanapong Detraphiphat
Radio-Canada

L'humiliation publique, par l'entremise des médias sociaux, d'un présumé voleur à l'étalage dans une boutique érotique de Terre-Neuve soulève des questions éthiques sur les pratiques de certains commerçants qui diffusent des images de sécurité dans le but d'attraper des malfaiteurs.

Capture d'écran d'une publication Facebook de deux photos tirées de caméras de surveillance.Agrandir l’imageLes visages des deux individus n'étaient pas brouillés ou obscurcis dans la publication originale. Photo : Facebook

Lundi dernier, la boutique Our Pleasure, située à Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, a publié sur sa page Facebook des captures d’écran d’images saisies par une caméra de surveillance de son magasin. La voleuse de godemiché de Noël a frappé, écrit le commerce au-dessus d’images d’une femme tenant l’emballage d’un jouet érotique.

Le visage de la femme n’était pas brouillé. Une mise à jour indiquait plus tard qu’elle avait été identifiée grâce aux informations que le public avait communiquées au commerçant. Entre-temps, la publication avait été partagée par d’autres internautes, attirant de nombreux commentaires grivois.

Le commerce en question, qui se décrit comme un magasin dédié à la santé sexuelle, avait déjà eu recours au même stratagème par le passé lors de vols présumés dans ses établissements.

Vie privée et diffamation

Le commissaire à la protection de la vie privée de Terre-Neuve-et-Labrador, Donovan Molloy, encouragerait davantage les propriétaires d'entreprises à transmettre leurs vidéos à la police plutôt que de publier des images de gens qui n'ont été reconnus coupables d'aucun crime.

L'avocat spécialisé en protection de la vie privée David Fraser affirme qu'il faut faire appel à son jugement éthique et raisonnable dans ce type de cas, en particulier avant de diffuser des images en ligne, où la propagation peut se faire rapidement.

L'avocat spécialisé en droit de la vie privée David Fraser.L'avocat spécialisé en droit de la vie privée David Fraser Photo : Radio-Canada / CBC

David Fraser estime qu'il est sans doute moins risqué pour les entreprises, sur le plan judiciaire, d'envoyer les images à la police que de les diffuser elles-mêmes. Il ajoute toutefois que les forces de l'ordre peuvent elles aussi faire face au même problème.

La diffusion d'images mène à une poursuite

Une femme a récemment déposé une poursuite contre la Commission de services policiers d'Ottawa et l'organisation d'Échec au crime dans la région de la capitale fédérale pour diffamation et négligence.

Elle leur reproche d'avoir diffusé des images de caméras de surveillance prises dans un centre commercial, l'accusant d'avoir volé un sac à main, alors qu'elle l'avait rapporté au comptoir des objets trouvés.

Si une personne s’estime humiliée par la diffusion d’images provenant de caméras de surveillance, elle peut aussi porter plainte auprès du Commissariat à la protection de la vie privée du Canada.

En 2015, un magasin a cessé d'afficher des images de suspects de vol à l'étalage sur son babillard après que le commissaire à la protection de la vie privée du Canada eut jugé cette pratique interdite en vertu de la Loi sur la protection des renseignements personnels et les documents électroniques, peut-on lire sur le site web du commissaire.

Avec les informations de La Presse canadienne

Terre-Neuve-et-Labrador

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