•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La détention de Canadiens en Chine est inacceptable, affirment Trudeau et Pompeo

Le premier ministre canadien Justin Trudeau, lors d'un sommet consacré aux nouvelles technologies, lundi, à l'hôtel de ville de Paris.

Photo : Reuters / Charles Platiau

François Messier

La querelle diplomatique entre le Canada et la Chine prend de l'ampleur. Le premier ministre canadien Justin Trudeau et le secrétaire d'État américain Mike Pompeo affirment que les arrestations de Michael Kovrig et de Michael Spavor sont inacceptables, tandis que la ministre du Tourisme, Mélanie Joly, reporte son voyage en Chine.

M. Trudeau a haussé le ton à l'endroit de Pékin vendredi matin, lors d'une entrevue de fin d'année accordée à CityNews, lorsqu'on lui a demandé ce qu'il avait à dire à ceux qui l'accusent de ne pas en faire assez pour venir en aide aux deux Canadiens détenus en Chine depuis le début de la semaine.

« Le Canada est un État de droit où la justice est indépendante et prend ses propres décisions, sans interférence de la classe politique », a-t-il dit au réseau de télévision torontois. « La Chine réagit à l’arrestation d’un de ses citoyens, mais nous sommes absolument déterminés à nous tenir debout pour nos concitoyens détenus, comprendre pourquoi ils le sont et travailler avec la Chine pour démontrer que ce n’est pas acceptable ».

C'est la première fois qu'Ottawa lie directement la détention de MM. Kovrig et Spavor, soupçonnés « d'activités menaçant la sécurité nationale » dans des affaires distinctes, à celle de la numéro 2 du géant chinois des télécommunications Huawei, Meng Wanzhou, interpellée à Vancouver le 1er décembre dernier en raison d'une demande d'extradition présentée par les États-Unis.

Mme Meng est depuis en liberté surveillée, après avoir versé une caution de 10 millions de dollars.

M. Trudeau admet craindre que cette affaire, qui s'inscrit dans le cadre d'une guerre commerciale entre les États-Unis et la Chine, ait un impact significatif non seulement sur le Canada, mais sur l'ensemble de l'économie mondiale.

C’est ce genre de situation dans laquelle on se retrouve quand les deux plus importantes économies du monde, la Chine et les États-Unis, commencent à se quereller. L’escalade dans cette guerre commerciale va avoir plein de conséquences inattendues sur le Canada et potentiellement sur toute l’économie mondiale.

Justin Trudeau, premier ministre canadien

« Alors, on est très inquiets, on fait ce que le Canada a toujours fait, soit défendre les règles existantes, obéir aux lois, défendre les valeurs canadiennes et ne pas réagir comme d’autres pays le font », a-t-il ajouté.

Justin Trudeau, assis sur un sofa, répond à une question.

Le premier ministre canadien Justin Trudeua a livré ses commentaires les plus incisifs sur la querelle diplomatique entre le Canada et le Chine lors d'un passage à l'émission matinale de CityNews.

Photo : Gracieuseté CityNews

Un accès consulaire pour Kovrig, mais pas pour Spavor

Affaires mondiales Canada a par ailleurs fait savoir, vendredi, que l'ambassadeur canadien en Chine, John McCallum, avait finalement pu rencontrer M. Kovrig à Pékin, et que ce dernier aura dorénavant accès à des services consulaires, ce qui n'avait pas été le cas jusqu'ici.

« Les agents consulaires canadiens continuent de lui fournir des services consulaires, ainsi qu’à sa famille, et ils continueront de chercher à communiquer davantage avec lui », indique le ministère dans une déclaration transmise à Radio-Canada.

« Le Canada continue de faire des pressions afin que Michael Spavor ait accès à des services consulaires », ajoute-t-il.

Affaires mondiales Canada rappelle que les visites consulaires ont pour objectif principal d'évaluer l’état de bien-être des Canadiens, de préciser la nature de la détention auprès des autorités locales et des Canadiens touchés, de fournir des conseils sur le processus juridique du pays où ils sont détenus, de demander la prestation de services médicaux, le cas échéant, et d’assurer un lien de communication entre ceux-ci et leurs proches.

Joly reporte un voyage en Chine

La ministre fédérale du Tourisme, Mélanie Joly, a pour sa part fait savoir vendredi matin qu'elle reportait son voyage en Chine, où elle devait se rendre lundi prochain pour célébrer la fin de l'Année du tourisme Canada-Chine.

Dans une déclaration publiée vendredi matin, le bureau de la ministre ne fait toutefois aucun lien entre le litige diplomatique et cette décision, arguant plutôt que le voyage a été reporté d’un commun accord à une date non précisée.

« Le Canada et la Chine ont conjointement décidé de remettre la cérémonie de clôture de l’Année du tourisme Canada-Chine à une date ultérieure, ce qui nous permettra de mieux atteindre nos objectifs communs », indique son attaché politique, Jeremy Ghio.

« Nous avons hâte à la prochaine rencontre afin de continuer à bâtir des relations solides et d’accroître le tourisme entre le Canada et la Chine », ajoute-t-il, en précisant que cela favorise « de bons emplois pour les familles de la classe moyenne ».

Mélanie Joly n'a accordé aucune entrevue aux médias aujourd'hui.

Chrystia Freeland est entourée par Harjit Sajjan, Mike Pompeo et Jim Mattis après leur conférence de presse conjointe.

Les ministres canadiens des Affaires étrangères et de la Défense, Chrystia Freeland et Harjit Sajjan, ont rencontré leurs homologues américains Mike Pompeo et Jim Mattis à Washington.

Photo : Getty Images / Mark Wilson

Freeland et Sajjan obtiennent l'appui de Pompeo à Washington

Les cas de MM. Kovrig et Spavor ont aussi été au cœur d'une rencontre réunissant les ministres canadiens des Affaires étrangères et de la Défense, Chrystia Freeland et Harjit Sajjan, et leurs homologues américains, Mike Pompeo et Jim Mattis, vendredi, à Washington.

Le secrétaire d'État américain a fait écho aux propos du premier ministre Trudeau en déclarant que les arrestations des deux Canadiens sont « inacceptables » et qu'ils « doivent être libérés ». Les États-Unis mettront l'épaule à la roue pour qu'ils recouvrent leur liberté, a-t-il dit, sans donner plus de détails.

« Nous sommes tous d'accord que ce que nous pouvons faire de plus important est de respecter la règle de droit, de s'assurer que le droit de Mme Meng à une procédure équitable est respecté et que le processus judiciaire en cours au Canada est apolitique », a pour sa part déclaré Mme Freeland.

« C’est très important pour le Canada que le droit, les accords d’extradition, ne soient pas utilisés de manière politique », a précisé la ministre en français. « Le Canada ne fait pas ça. Je pense que c’est évident que les pays qui suivent la démocratie, comme nos partenaires – dont les États-Unis – suivent le même principe.

Chrystia Freeland répond aux questions du correspondant de Radio-Canada Christian Latreille lors d'un point de presse à Washington

Ces propos semblent faire référence aux commentaires faits plus tôt cette semaine par Donald Trump. Dans une entrevue à Reuters, le président américain a dit être prêt à intervenir dans le dossier de Mme Meng si cela pouvait servir les intérêts américains ou contribuer à conclure une entente commerciale avec les Chinois.

Ces propos sont venus miner les affirmations du gouvernement canadien, qui répète ad nauseam depuis le début de cette affaire qu'il s'agit d'une affaire judiciaire sur laquelle le gouvernement n'a aucune prise, en vertu du principe de la séparation des pouvoirs.

Le secrétaire Pompeo a aussi affirmé dans la foulée que les États-Unis respectent la règle de droit, sans évoquer les propos du président Trump.

Ce sont des êtres humains. Pour moi et pour le premier ministre, il n'y a pas de question qui nous touche plus sur le plan personnel [...] que la détention de Canadiens à l'extérieur de notre pays. Nous sommes très interpellés et inquiets pour ces Canadiens et nous en avons discuté lors de notre rencontre.

Chrystia Freeland, ministre canadienne des Affaires étrangères

Mme Freeland a toutefois refusé de dévoiler plus de détails sur la rencontre entre l'ambassadeur McCallum et M. Kovrig, un employé de son ministère, qui est en congé sans solde, évoquant le respect de la vie privée.

Politique fédérale

Politique