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Le visage changeant des bibliothèques

La bibliothèque municipale de Barrie.
La bibliothèque municipale de Barrie. Photo: Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel
Marie-Hélène Ratel

Les changements au sein de la société se reflètent directement dans les bibliothèques municipales, tout particulièrement depuis le début de la crise des opioïdes. Des bibliothèques ontariennes tentent de se réinventer avec des initiatives qui visent, entre autres, à prévenir les incidents.

La crise des opioïdes sévit au pays et les bibliothèques municipales ne sont pas épargnées. Les employés agissent de plus en plus comme intervenants de première ligne.

Certains établissements, comme à Toronto, Barrie et Kitchener, offrent même une formation aux employés qui le désirent sur la prévention des surdoses et l’administration de l'antidote naloxone.

Une employée de la bibliothèque municipale de Barrie sert une cliente au comptoir.Les employés de la bibliothèque municipale de Barrie peuvent recevoir une formation sur la prévention des surdoses s'ils le désirent. Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Au cours des six derniers mois, des employés de Barrie ont dû en administrer à quatre reprises à des clients qui démontraient des signes de surdose.

Les incidents liés à la consommation de drogue ne sont toutefois pas les seuls à se produire. On y note aussi des problèmes de comportement et de manque de respect envers le personnel qui sont, dans certains cas, liés à des troubles de santé mentale.

Selon le président par intérim du syndicat des travailleurs de bibliothèques de Toronto, Brendan Haley, les bibliothèques sont devenues un lieu public de prédilection en raison des nombreuses compressions dans les services sociaux au cours des dernières années, tant du gouvernement provincial que fédéral.

Les bibliothécaires ne sont pas formés pour agir comme un travailleur social [...] ils sont débordés et subissent beaucoup de stress.

Brendan Haley, syndicat des travailleurs de bibliothèques de Toronto

Embaucher des spécialistes

Pour s’adapter, certains établissements commencent à embaucher des travailleurs sociaux et communautaires.

Des rangées de livres à la bibliothèque municipale de Barrie.La bibliothèque municipale de Barrie Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Dès janvier 2019, une étudiante en travail social à l’Université Lakehead entamera un stage à temps partiel à la bibliothèque municipale de Barrie. Elle prêtera une oreille attentive aux clients qui en ressentiront le besoin et les dirigera vers les ressources adéquates.

Nous avions besoin de quelqu’un pour appuyer les gens qui se trouvent dans des situations difficiles, comme l’itinérance et la dépendance aux drogues.

Lauren Jessop, PDG, bibliothèque municipale de Barrie

Il s’agit d’une première à Barrie, où la présidente-directrice générale Lauren Jessop tentait de trouver du financement pour un travailleur social depuis un moment déjà.

Portrait de la PDG de la bibliothèque municipale de Barrie, Lauren JessopLa PDG de la bibliothèque municipale de Barrie, Lauren Jessop Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Elle s’est grandement inspirée du modèle mis de l’avant par la bibliothèque municipale de Kitchener qui a embauché en août dernier deux travailleurs communautaires à temps plein, en réponse aux besoins des clients.

Avec leur expérience, [les travailleurs communautaires] comprennent comment approcher des individus qui ont une mauvaise journée. Nous demandons rarement aux gens de quitter la bibliothèque, à moins qu’il y ait un risque imminent.

Mary Chevreau, PDG, bibliothèque de Kitchener

Les travailleurs communautaires peuvent interagir directement avec les gens qui font face à des défis comme l’itinérance, les troubles de santé mentale ou la toxicomanie. Des réalités qui sont souvent perçues négativement dans les lieux publics.

Un gardien de sécurité à l'extérieur de le bibliothèque municipale de Barrie.La bibliothèque municipale de Barrie a embauché un gardien de sécurité à temps plein. Photo : Radio-Canada / Marie-Hélène Ratel

Intervention ou prévention?

L’an dernier, la bibliothèque de Kitchener avait embauché un garde de sécurité, mais l’initiative ne s’était pas avérée efficace selon la présidente-directrice générale Mary Chevreau. Elle explique que la présence de la figure d’autorité intensifiait plutôt les émotions de clients vulnérables.

La consultante en prévention de la criminalité, Audrey Monette, croit que les approches de proximité et de prévention sont à privilégier, car elles permettent de mieux encadrer les gens les plus vulnérables.

Si l’on essaie de piler sur le problème, de chasser ces individus des bibliothèques, le problème va se déplacer ailleurs.

Audrey Monette, Réseau municipal canadien en prévention de la criminalité

Elle ajoute qu’une collaboration entre les différents partenaires et groupes communautaires, dont la police, devrait être considérée dans les stratégies qui sont mises de l’avant.

En avant-plan un livre ouvert, en arrière-plan une bibliothèque.L'embauche d'un travailleur social ou communautaire est une pratique qui gagne en popularité dans les bibliothèques. Photo : Radio-Canada / François Gagnon

La bibliothèque municipale de Toronto a aussi embauché une travailleuse sociale en septembre qui travaille à temps plein à la succursale de North York. Elle ne fait pas d’intervention directement avec les clients.

La travailleuse sociale remplit plutôt un rôle de liaison avec les organismes communautaires de la région et étudie les différents moyens en place pour appuyer les membres du personnel dans leurs interactions avec les clients.

Elle observe ce qui pourrait être modifié ou ajouté à la formation du personnel, pour que les employés soient aussi préparés que possible.

Pam Ryan, directrice du développement et de l'innovation, bibliothèque municipale de Toronto

Une employée temporaire travaille quant à elle comme travailleuse sociale à la succursale Malvern, à Scarborough. Elle oeuvre spécifiquement auprès des jeunes en difficulté.

Le syndicat accueille positivement ces initiatives, mais le président par intérim, Brendan Haley, ne croit pas que deux postes sont suffisants pour appuyer les 100 succursales de la métropole, alors que les incidents ont augmenté de 25 % au cours des cinq dernières années, selon le rapport de santé et sécurité, souligne-t-il.

Société