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analyse

SNC-Lavalin : l'intervention sans filtre de François Legault

François Legault, premier ministre du Québec, prononce un discours devant un immense drapeau du Québec

Le premier ministre du Québec François Legault a présenté la première mise à jour économique de son gouvernement, le lundi 3 décembre 2018.

Photo : The Canadian Press / Jacques Boissinot

Gérald Fillion

ANALYSE - L'intervention du gouvernement Legault dans l'affaire SNC-Lavalin est peut-être sans précédent. S'il semble clair que l'État est déjà intervenu à plusieurs reprises pour bloquer des transactions dans le passé, rarement un premier ministre n'a-t-il assumé plus clairement son désir de protéger un siège social que ce que vient de faire François Legault.

Encore aujourd’hui, quand on parle de l’intervention de Bernard Landry pour bloquer la vente de Vidéotron à Rogers, les acteurs de l’époque rappellent sans cesse que la Caisse de dépôt a agi en toute indépendance, dans l’intérêt financier et économique du Québec. Personne, depuis cette époque, n’a publiquement assumé une intervention réelle de l’État.

Dans le cas de Rona, qui faisait face à une offre non sollicitée de Lowe’s en 2012, nous savons que le ministre des Finances de l’époque, Raymond Bachand, a organisé une forme de minorité de blocage avec Investissement Québec et la Caisse de dépôt. Mais, les choses se sont passées en coulisses et, encore une fois, tout le monde a fait attention de ne pas donner l’impression que Québec se mêlait des affaires de la Caisse.

Aujourd’hui, des inquiétudes pointent à l’horizon sur la possibilité de voir SNC-Lavalin faire l’objet d’une offre d’achat étrangère. Avec la chute de 20 % de l’action depuis le début de l’année, SNC-Lavalin est le fleuron québécois le plus à risque de se faire acheter.

La Presse rapportait mercredi matin que la Caisse de dépôt avait acheté plus de 4 millions d'actions de la firme d'ingénierie, ce qui porte ses parts à 20 % dans l'entreprise. Cette intervention survient après la chute de l’action en octobre, alors que le Service des poursuites pénales du Canada a annoncé qu'il refusait de négocier un accord de réparation avec l'entreprise en échange de l'abandon des procédures judiciaires.

SNC-Lavalin fait face, depuis 2015, à des accusations de fraude et de corruption en lien avec ses activités en Libye. L’entreprise a plaidé non coupable aux différentes accusations. Si elle devait être reconnue coupable de fraude et de corruption, elle pourrait ne plus avoir le droit de participer aux appels d’offres fédéraux pendant 10 ans.

Les propos de François Legault

Sans prendre les précautions habituelles, qui sont celles, notamment, de réaffirmer l’indépendance de la Caisse, François Legault, dans une entrevue à Radio-Canada, explique, sans filtre, que son gouvernement orchestre une minorité de blocage pour protéger SNC-Lavalin.

À vous de juger, voici les mots du premier ministre du Québec, en entrevue :

« D'abord, il faut reconnaître que SNC-Lavalin, c'est un fleuron, c'est une belle entreprise. Ça nous permet d'avoir des ingénieurs qui travaillent non seulement au Québec, mais un peu partout dans le monde. Donc, il faut tout faire pour ne pas perdre le siège social de SNC-Lavalin. Maintenant, comment?

J'en ai déjà discuté avec Michael Sabia, le président de la Caisse de dépôt. Mais, le principal responsable, c'est Investissement Québec. On est d'ailleurs, avec monsieur Fitzgibbon, à revoir le fonctionnement d'Investissement Québec. Mais, il doit y avoir, par Investissement Québec, une veille, et là, il ne faut rien exclure.

Ça peut être un investissement en échange d'une clause si jamais il y a changement de contrôle. Ça peut être carrément un investissement dans les actions ordinaires pour avoir 33 %, donc une minorité de blocage. Ça peut être la mise en place d'actions multivotantes.

Il y a beaucoup de façons. Mais, on ne peut pas se permettre de continuer à perdre nos sièges sociaux. Une entreprise comme SNC-Lavalin, ça fait partie des entreprises qui créent de la valeur au Québec et on n'en a pas assez! Donc, on ne peut pas se permettre de la perdre.

[...] Ce ne sera pas nécessairement facile, mais actuellement il n'y a pas d'actionnaire de contrôle. Donc, il faut être capable, entre la Caisse, certaines institutions québécoises et Investissement Québec d'avoir un bloc qui nous assure de garder le contrôle québécois. »

SNC-Lavalin fait partie des groupes stratégiques de l’économie du Québec. Elle est vulnérable à une offre non sollicitée ou hostile et c’est pour cette raison que le gouvernement du Québec prend le taureau par les cornes pour éviter sa vente à rabais à une société étrangère.

Maintenant, est-il approprié, pour le premier ministre du Québec, d’intervenir dans les choix de la Caisse comme il le fait, de le dire publiquement et d’en assumer pleinement l’intention? Le Québec pourrait-il repousser les investisseurs étrangers en agissant ainsi? Ou, au contraire, est-il venu le temps d’avoir ce type d’intervention pour éviter les pertes de sièges sociaux d’importance? Qu’en pensez-vous ?

Je vous laisse en paix quelques semaines, on se retrouve en 2019!

Le journaliste spécialisé en économie Gérald Fillion est animateur de l’émission RDI Économie.

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