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Un tribunal spécialisé pour les crimes sexuels? « Je suis ouvert à ça », dit Legault

Céline Galipeau a reçu le premier ministre François Legault au Téléjournal national

Le Québec doit « faciliter » la vie des femmes qui veulent dénoncer des agressions sexuelles, affirme François Legault, après que le Directeur des poursuites criminelles eut fait savoir qu'il ne retenait qu'une seule des quatorze plaintes déposées contre l'homme d'affaires Gilbert Rozon.

Un texte de François Messier

Dans une entrevue de fin d’année accordée au Téléjournal avec Céline Galipeau, le premier ministre du Québec n'a pas voulu commenter directement cette cause, maintenant judiciarisée. Il admet toutefois être « inquiet » que des victimes puissent hésiter à saisir la justice, de crainte que leur démarche ne mène à rien.

De façon générale, moi ça m’inquiète de voir des personnes qui hésitent à dénoncer. Le message doit être clair : tout sauf le silence. Dénoncez.

François Legault, premier ministre du Québec

Selon M. Legault, l'idée que de tels cas devraient être traités par un tribunal spécialisé utilisant des règles de pratiques adaptées, comme le préconise la députée péquiste Véronique Hivon, mérite d’être étudiée.

« J’entendais Véronique Hivon dire est-ce qu’il y a possibilité peut-être d’avoir un parcours spécial, qui n’est pas le même que pour les autres cas. Moi je suis ouvert à ça », a-t-il dit.

Le premier ministre a toutefois appelé à la prudence, en soulignant que le droit criminel est de compétence fédérale, et qu’il ne serait pas nécessairement opportun de revoir certaines règles fondamentales en vigueur.

« Quelqu’un est présumé non coupable jusqu’à preuve du contraire, [et doit être reconnu coupable] hors de tout doute raisonnable. Veut-on changer ça? Il y a une bonne discussion à y avoir, mais il faut être prudent », a-t-il laissé tomber.

« Mais moi, je veux envoyer un message très clair. Les femmes, entre autres, qui ont subi des agressions, du harcèlement sexuel, doivent dénoncer et on doit faciliter cette possibilité-là », a-t-il conclu à ce sujet.

« Ouvert » aussi à une « clause grand-père » sur les signes religieux

Le premier ministre ne ferme pas la porte à ce que le projet de loi qui sera déposé ce printemps pour interdire le port de signes religieux pour certains employés de l'État en position d'autorité soit assorti d'une « clause grand-père » permettant de protéger les droits acquis de ceux et celles qui sont déjà en fonction.

Pour l’instant, il n’y a pas de droit acquis de prévu, il n’y a pas de clause grand-père. Mais ce que je dis, c’est que je suis ouvert à en discuter.

François Legault, premier ministre du Québec

Jusqu'à nouvel ordre, il croit tout de même que son gouvernement a raison de vouloir étendre cet interdit aux enseignantes du primaire et du secondaire qui portent le voile. La commission Bouchard-Taylor s'était contentée de proposer une interdiction aux seuls employés ayant un pouvoir de coercition, comme les juges, les procureurs, les policiers ou les gardiens de prison.

« Une enseignante qui a devant elle une petite fille de 5 ans ou 6 ans, c’est son modèle à la petite fille. Donc, c’est important qu’il y ait une neutralité, qu’il n’y ait pas de message ambigu sur l’égalité homme-femme. Donc, moi je pense qu’une enseignante, à la petite école, est en situation d'autorité », a-t-il fait valoir.

« Est-ce que les personnes qui sont actuellement en poste pourraient perdre leur emploi? Ce n’est pas ce que je souhaite. Je souhaite qu’on soit capable de voir si on peut les replacer dans les bureaux. On va examiner différentes possibilités », a-t-il ajouté.

« Notre objectif, c’est de dire, pour les prochains qui vont arriver : "soyons clairs, au Québec, on n’exagère pas, on dit seulement que les quelques personnes qui sont dans des postes en autorité ne pourront pas porter de signes religieux" », a poursuivi M. Legault. « Je pense que c’est raisonnable et je pense que ça va rassurer les inquiétudes de certains Québécois. »

Je ne souhaiterais pas que quelqu’un perde son emploi alors que quand il, ou elle, a été embauché, ce n’était pas les mêmes règles. Par contre, je veux que les règles soient claires pour l’avenir. Mais en même temps, on va écouter ce que les gens vont venir nous dire en commission parlementaire.

François Legault, premier ministre du Québec

« Moi, je veux mettre ça derrière nous. Ça fait 10 ans qu’on débat de signes religieux », a encore dit le premier ministre. « Honnêtement, j’aimerais mieux qu’on parle d’éducation, de santé, d’économie que de parler de signes religieux. Mais en même temps, c’est nécessaire d’agir, on ne peut pas continuer de mettre ça en dessous du tapis. »

Il réitère par ailleurs que le gouvernement est prêt à utiliser la clause dérogatoire, possiblement dès la première version du projet de loi. « La clause dérogatoire est là pour défendre les valeurs, la spécificité du Québec. Utiliser la clause dérogatoire, ça va nous permettre pendant 5 ans de ne pas se retrouver devant les tribunaux. »

Plus de 50 000 immigrants par année au Québec en 2022?

Au sujet de sa volonté de réduire le seuil d'immigration à 40 000 dès l'an prochain, M. Legault persiste et signe. « Il y a des ajustements à faire. Une fois qu’on aura fait ces ajustements, on pourra recommencer à augmenter le nombre d’immigrants. Mais en ce moment, on a dépassé notre capacité d’intégration », dit-il.

À l'heure actuelle, trop d'immigrants se retrouvent au chômage ou quittent le Québec parce qu'ils ne trouvent pas un emploi intéressant, répète-t-il. Qui plus est, plus de la moitié des nouveaux arrivants ne parlent pas français, et une majorité des adultes qui sont dans cette situation ne suivent jamais de cours pour apprendre la langue de Molière.

Faut toujours comprendre que ce sera fragile pour toujours le français en Amérique du Nord. On est entouré d’une mer d’anglophones.

François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault dit vouloir rehausser le seuil d'immigration « le plus rapidement possible », mais refuse de se fixer un objectif dans le temps. « Mon objectif, ce n’est pas de réduire pour réduire. C’est de réduire, mais le temps d’avoir une meilleure intégration, et ensuite recommencer à augmenter », explique-t-il.

« Donc à la fin de votre mandat, est-ce qu'on sera revenu à la case départ? » lui a demandé Céline Galipeau, en référence aux quelque 50 000 immigrants que le Québec se prépare à accueillir cette année.

« J’espère peut-être plus élevé que la case départ », a répondu M. Legault. Par contre, on va avoir beaucoup plus d’intégration en emploi, d’intégration au français, et aussi s’assurer que les gens connaissent nos valeurs, l’égalité homme-femme, la laïcité, la démocratie. Il ne faut pas regarder de haut ces Québécois qui ont ces inquiétudes. »

« Ça prend des routes pour faire circuler des autos électriques! »

Interrogé sur ses ambitions en environnement, le premier ministre a insisté pour dire qu'il veut réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES) provenant du secteur des transports, de loin le plus polluant au Québec, selon le dernier inventaire effectué par le gouvernement.

« La ligne bleue [du métro de Montréal], on va commencer à la construire, un tramway dans l’est de Montréal, on va y aller, le REM, un train électrique, on va même le prolonger, le tramway à Québec, on va aller de l’avant », énumère-t-il d'un trait.

François Legault souhaite aussi qu'il y ait plus de véhicules électriques sur les routes de la province. « Au niveau économique, c’est bon pour le Québec, parce que si on réduit la consommation de pétrole, qu’on importe, mais qu’on augmente notre consommation d’électricité, où on a des surplus, on est gagnant aussi économiquement », plaide-t-il.

Il en profite toutefois pour dénoncer ceux qui critiquent son intention de construire un troisième lien routier entre Québec et Lévis et d'élargir d'autres autoroutes, comme il l'a promis en campagne électorale.

Ça prend des routes pour faire circuler des autos électriques! Je comprends qu’il y a des gens qui disent : "Il ne faut plus avoir de routes, faut juste avoir du transport en commun". C’est mal connaître le Québec. Quand on s’en va par exemple dans Chaudière-Appalaches, il n’y a pas de volume suffisant pour avoir du transport en commun pour tout le monde.

François Legault, premier ministre du Québec

Le premier ministre est toutefois plus circonspect lorsqu'on lui demande si son gouvernement pourrait bloquer des projets de développement économique qui seraient trop polluants. « Tout est une question d’équilibre », répond-il sans trop entrer dans les détails.

« Ça ne veut pas dire qu’on ne fera plus de projets de développement économique », nuance-t-il. « D’avoir des usines avec des robots qui émettent moins de GES, c’est possible de le faire. De l’intelligence artificielle, les technologies de l'information... il y a beaucoup de domaines dans lesquels on peut se développer sans que ça ait un impact négatif sur les GES. »

M. Legault a également refusé de dire qu'il a commis une erreur en assimilant le pétrole albertain à de l'énergie « sale » et a réitéré qu'il n'y avait « absolument pas » d'acceptabilité sociale pour un nouvel oléoduc pouvant le transporter sur le territoire québécois.

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