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De sérieuses déficiences sur le chantier de Muskrat Falls, révèlent des documents

Le chantier Muskrat Falls en hiver
Le chantier Muskrat Falls en hiver Photo: Nalcor Energy

La société d'État terre-neuvienne Nalcor a prévenu l'ancien entrepreneur principal au chantier hydroélectrique de Muskrat Falls, Astaldi, il y a plus de deux ans, que le projet souffrait de nombreuses déficiences qui concernaient entre autres la sécurité, la gestion et l'estimation des coûts.

Ces déficiences sont détaillées dans un document que Nalcor a remis à Astaldi en 2016. CBC en a obtenu un exemplaire.

Les résultats d’Astaldi sont la conséquence, notamment, d’une mauvaise planification, d’un manque de discipline, d’une supervision inadéquate, de travaux qui ont dû être refaits, de pauses trop longues [des employés] et de départs précipités, peut-on lire dans le document.

Nalcor, propriétaire du barrage, a coupé les ponts avec Astaldi, une société italienne, en octobre dernier, au moment où l’entreprise était en proie à de graves difficultés financières. Une compagnie terre-neuvienne, Pennecon, a pris la relève.

Une rallonge de près de 800 M$

À l’époque du document, Astaldi cherchait à obtenir une rallonge de 785,5 millions de dollars pour poursuivre les travaux sur le chantier de Muskrat Falls. Le contrat initial prévoyait un investissement de 1,1 milliard.

En dépit des problèmes relevés par Nalcor, la société de la Couronne a signé une nouvelle entente avec Astaldi à la fin de 2016 pour que les travaux se poursuivent sous sa supervision.

Site de construction du barrage de Muskrat Falls, au Labrador, en juillet 2015.Nalcor a accepté de verser près de 800 millions de dollars additionnels à Astaldi en 2016, en dépit des nombreux problèmes relevés au chantier. Photo : La Presse canadienne/Andrew Vaughan

Le PDG actuel de Nalcor, Stan Marshall, défend cette décision. Il aurait été « catastrophique », selon lui, de remplacer Astaldi à ce moment-là parce que les travaux auraient dû être interrompus et qu’il se serait écoulé un an avant qu’ils puissent reprendre.

Une commission d’enquête tient des audiences sur le projet de Muskrat Falls pour déterminer comment les coûts prévus au départ ont pu doubler (ils atteignent maintenant 12,7 milliards de dollars) et pourquoi l’échéancier des travaux n’a pas été respecté. Le barrage ne sera pas inauguré avant 2020, soit trois ans plus tard que prévu.

Des coûts largement sous-estimés

Selon Stan Marshall, le projet a connu un très mauvais départ. Avant même qu’Astaldi obtienne le contrat, des coûts, comme ceux de la préparation pour la fondation du barrage, ont été largement sous-évalués.

La soumission d’Astaldi pour obtenir le contrat ne tenait pas compte de certains coûts, comme ceux pour les échafaudages, et en sous-évaluait d’autres.

Stan Marshall, P. D. G. de Nalcor.Certains coûts avaient été largement sous-estimés selon le PDG actuel de Nalcor, Stan Marshall. Photo : CBC/Sherry Vivian

L’entreprise a obtenu le contrat à la fin de 2013 et rapidement, trois mois plus tard, des représentants de Nalcor se rendaient à Rome pour se plaindre, auprès des hauts dirigeants d’Astaldi, de la lenteur des travaux et du non-respect d’échéances.

Les problèmes se sont poursuivis. D’après le document obtenu par CBC, les préparatifs pour la fondation qui devait accueillir les dalles de soutien du barrage ont dû être repris cinq fois, ce qui a ajouté 2,4 millions de dollars aux coûts.

Astaldi avait projeté de poursuivre les travaux tout l’hiver en installant un dôme pour protéger les travailleurs contre les éléments, mais ce projet a été un « échec monumental », selon Nalcor.

D’autre part, au cours des 30 premiers mois de construction, les responsables de la sécurité ont recensé pas moins de 67 accidents ratés de très peu et 98 accidents ratés de peu.

D’ailleurs, quelques jours après l’envoi du document, l’accident de travail le plus notable au chantier est survenu. Un coffrage pour béton s’est effondré et un travailleur a été sérieusement blessé, un accident qualifié de « très, très sérieux » par Nalcor.

Des travailleurs sur le chantier de Muskrat Falls, au LabradorDes travailleurs sur le chantier de Muskrat Falls, au Labrador Photo : Radio-Canada / CBC/Eddy Kennedy

Des hypothèses irréalistes selon Astaldi

D’après le document de 2016, Astaldi considérait le contrat initial comme nul parce qu’elle estimait que les estimations de Nalcor ne tenaient pas compte de la complexité des travaux. Elle accusait la société d’État de lui avoir fait croire, par exemple, que ses hypothèses concernant la productivité attendue d’elle étaient réalistes, alors qu’elle savait pertinemment qu’elles ne l’étaient pas.

Astaldi avait d’ailleurs écrit à Nalcor en mars 2016 pour demander d’être compensée.

Le document de Nalcor obtenu par CBC constituait sa réponse à cette demande. Elle précisait d’ailleurs que les nombreux problèmes relevés se poursuivraient si Astaldi ne s’y attaquait pas.

Des déclarations publiques rassurantes

Malgré tout, dans ses déclarations publiques, Nalcor ne laissait rien transpirer de ces difficultés. Dans une entrevue qu’il accordait en septembre 2014, l’ancien PDG Ed Martin affirmait qu’il n’y avait pas eu de « réelles surprises » sur le chantier, alors qu’à la même époque, on y comptait un trop grand nombre de travailleurs par rapport aux travaux qu’il était possible de réaliser à ce moment-là.

Il faisait aussi cette déclaration étonnante : Nous trouvons que nous avons les meilleurs entrepreneurs au monde!

 Ed Martin lors d'un point de presseL'ex-PDG de Nalcor, Ed Martin, se faisait rassurant dans ses déclaration publiques au sujet de la progression des travaux Photo : CBC

Il a réitéré sa confiance envers Astaldi lors de l’assemblée générale annuelle de Nalcor, en mars 2015.

Ed Martin témoigne cette semaine devant la commission d’enquête sur Muskrat Falls et a refusé une demande d’entrevue.

Nalcor choisit de négocier avec Astaldi

Son successeur, Stan Marshall, a expliqué cette semaine que lorsqu'il est arrivé à la barre de Nalcor, au début de 2016, la société d’État a décidé de continuer à honorer le contrat avec Astaldi, en dépit des difficultés du chantier, pour éviter une trop grande escalade des coûts.

Nalcor a accepté de verser 800 millions de dollars additionnels à Astaldi au terme de négociations en décembre 2016.

Les relations ne se sont toutefois pas améliorées entre les deux entreprises et, en octobre dernier, Nalcor a coupé les ponts avec Astaldi et renvoyé les 500 travailleurs du chantier à la maison. Les travaux ont repris depuis sous la supervision de Pennecon.

Astaldi se défend

Astaldi réclame toujours 500 millions de dollars à Nalcor. Les deux parties sont en arbitrage pour régler leur différend.

Dans une déclaration écrite, Astaldi défend son travail sur le chantier : En dépit des défis attribuables à l’envergure, à la complexité du projet et à son emplacement géographique, Astaldi et ses plus de 4000 employés – la plupart provenant de la région – ont fait un travail exceptionnel depuis l’octroi du contrat en 2013.

La porte-parole Alessandra Onoratti ajoute qu’il est malheureux que Nalcor ait choisi de nous évincer du site parce que 95 % des travaux étaient terminés.

D'après les informations de Katie Breen, CBC

Avec les informations de CBC

Terre-Neuve-et-Labrador

Économie