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Le retour en force du sébaste inquiète les crevettiers

Du sébaste en usine

Du sébaste en usine

Photo :  Claude_Nozeres/Pêches et Océans Canada

Radio-Canada

Le sébaste est l'espèce dominante dans les fonds marins du golfe du Saint-Laurent. Sa population a rebondi ce qui inquiète les crevettiers, puisque le sébaste est grand amateur de crevettes.

Un texte de René Landry

Le pêcheur de crevettes Michel Légère, de Caraquet, a été estomaqué l'hiver dernier, quand il a pris connaissance de données scientifiques sur les habitudes de consommation du sébaste, communément appelé dans la région « poisson rouge ».

On a eu des chiffres qui nous ont carrément coupé les jambes, affirme-t-il. Ce sont 162 000 tonnes de crevettes que le sébaste mange annuellement. On savait que le sébaste allait revenir, mais pas avec une telle force.

On assiste bien au retour en force du sébaste, confirme Caroline Senay, biologiste en sciences aquatiques à Pêches et Océans Canada, qui prenait part au congrès Pêche et Innovation, à Shippagan.

Caroline Senay, biologiste en sciences aquatiques à Pêches et Océans CanadaAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Caroline Senay, biologiste en sciences aquatiques à Pêches et Océans Canada

Photo : Radio-Canada / René Landry

On voit, depuis 2011, l'arrivée d'une grosse vague de nouveaux recrutements de sébastes qui atteignent maintenant la taille de 22 cm, explique-t-elle. Dans nos relevés scientifiques, on a estimé, en 2017, que 75 % de la biomasse des fonds marins du golfe était composée de sébaste. On n'avait pas vu ça en 35 ans. On n'a pas le choix de se réjouir du retour d'un poisson qui était sous un moratoire pendant 25 ans. Par contre, c'est sûr que ça n'a pas juste de bons côtés. On sait, par exemple, que le sébaste va se nourrir de crevettes.

Voilà une perspective qui n'est pas très réjouissante aux yeux des crevettiers comme Michel Légère. Il concède cependant que la température de l'eau, qui se réchauffe, est aussi un facteur qui affecte la crevette.

La crevette nordique porte bien son nom, indique la scientifique Caroline Senay.

Quand les eaux se réchauffent, comme on le voit en ce moment, la crevette en souffre, dit-elle. Dans nos relevés, on a vu une diminution de la crevette qui a commencé en 2004, donc bien avant l'arrivée de ces nouvelles vagues de sébastes. On ne joue pas à l'autruche : on ne fait pas semblant que c'est un phénomène qui n'existe pas. Il faut comprendre que la prédation du sébaste sur la crevette est un facteur dans l'équation, mais le réchauffement climatique y joue pour beaucoup aussi.

Une planche de salut?

Le pêcheur Michel Légère croit que la solution doit passer par l'attribution de permis de pêche du sébaste aux crevettiers.

On est tous intéressés de le pêcher, affirme-t-il. Ça fait longtemps qu'on demande un accès à cette ressource-là. La première chose que le ministère des Pêches doit faire, c'est attribuer le pourcentage de quota à qui il veut l'attribuer. Il n'y a pas de pêcheurs de crevettes qui vont investir des centaines de milliers de dollars dans la construction de chaluts, la modification de bateaux et ces choses-là sans savoir si on aura un jour le droit d'aller pêcher le sébaste.

Michel Légère, pêcheur de crevettes de CaraquetAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Michel Légère, pêcheur de crevettes de Caraquet

Photo : Radio-Canada / René Landry

Il s'agira aussi, selon lui, de rétablir les marchés pour le sébaste. Là, on va arriver à une quantité phénoménale de produits. Il faut que le monde s'habitue à le manger, à l'acheter. Ça ne va pas se faire dans deux ans.

Ironiquement, le sébaste pourrait ainsi représenter la planche de salut pour les crevettiers.

Le sébaste est en train de détruire notre ressource, insiste Michel Légère. On protège le sébaste, mais on ne protège pas la crevette d'une certaine façon. C'est inquiétant pour nous. Le seul permis de pêche qu'on a, c'est celui pour la crevette. Si la crevette tombe, qu'est-ce qu'on va faire?

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