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Nouvelle raffinerie en Alberta : un geste inutile, estiment des experts

Des flammes brûlent au sommet de deux cheminées, dans une raffinerie de pétrole.
Des cheminées dans une raffinerie de pétrole Photo: iStock

L'annonce du gouvernement de l'Alberta mardi de sonder l'industrie privée pour voir si elle souhaiterait construire une nouvelle raffinerie dans la province est accueillie avec scepticisme par plusieurs analystes.

Contrairement à d’autres initiatives, comme l’achat de wagons de trains ou la réduction obligatoire de la production de pétrole qui ont reçu un fort soutien, cette dernière tentative manque la marque pour certains spécialistes.

Si je peux être franc, cela ressemble un peu à un acte désespéré.

Roger McKnight, analyste pétrolier à En-Pro International

« C’est difficile de rester poli, c'est vraiment beaucoup d'argent pour très peu en retour, ajoute Roger McKnight. Je pense que c'est une erreur. »

Selon les analystes, l’Alberta dispose déjà d'une capacité de raffinage supérieure à ses besoins. Le plus gros problème auquel fait face le secteur, c'est le manque de débouchés et de pipelines pour exporter le bitume, disent-ils.

Le gouvernement albertain soutient qu'une nouvelle raffinerie créerait des emplois et créerait davantage de richesse pour la province en exportant un produit de plus grande valeur.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a longtemps été favorable à la construction de plus de raffineries dans la province et a fait campagne sur la question lors de la dernière élection.

Raffinerie Sturgeon

La seule raffinerie à avoir été construite au cours des 30 dernières années est la raffinerie Sturgeon. Elle a nécessité le travail de 8000 personnes pour sa construction et 400 employés y travailleront à temps plein lorsqu'elle atteindra sa capacité maximale. Elle a coûté 9,5 milliards de dollars et permet de produire 50 000 barils de diesel par jour.

Ian MacGregor, président du conseil d'administration de North West Refining, qui est copropriétaire de la raffinerie de Sturgeon, affirme que ce type d’installation est exactement ce dont l'Alberta a besoin.

Je crois que l'avenir, c'est le raffinage.

Ian MacGregor, président du conseil d'administration de North West Refining

« Ce que nous devons commencer à faire, c'est d'arrêter de vendre des matières premières. Nous devons vendre des produits finis », ajoute-t-il.

Selon les experts, la construction d'une raffinerie prendrait probablement entre 5 et 10 ans. L'Alberta possède déjà quatre raffineries d'une capacité totale de plus de 475 000 barils par jour.

La province possède la plus grande capacité de raffinage au pays, soit environ 25 % du volume total de la transformation au Canada.

Peu d'intérêt

Michael Ervin, analyste du secteur pétrolier à Calgary, ne s'attend pas à ce que l'industrie s'intéresse beaucoup à la construction d'une nouvelle raffinerie en Alberta sans une subvention substantielle.

« Je doute que le secteur privé envisage réellement une telle affaire à moins que le gouvernement de l'Alberta ne soit disposé à assumer presque tout le coût de la construction d'une raffinerie », dit Michael Ervin, qui estime le coût de la construction d'une raffinerie typique à environ 15 milliards de dollars.

Un politologue de l’Université Mount Royal de Calgary, Duane Bratt, voit dans l'annonce de mardi un positionnement pré-électoraliste, bien différent des actions plus récentes visant les problèmes de prix du pétrole en Alberta.

C’est vraiment une annonce dénuée de sens.

Duane Bratt, politologue à l'Université Mount Royal

« Qu'il s'agisse de convaincre le gouvernement fédéral d'acheter Trans Mountain, d'annoncer l'achat d'un wagon ou de réduire la production de pétrole, ce sont des choses concrètes qui en découlent. Là, c’est juste un rêve et un souhait », lance-t-il.

Pas assez d'emplois

L’argument de la création d’emplois fait sourciller l’économiste de l’Université de l’Alberta Andrew Leach : « Si on envisageait des investissements qu'on pourrait faire en tant que gouvernement dans des industries à forte demande en main-d'œuvre, le raffinage se situerait vraiment en bas de la liste. »

Les soumissions du secteur privé seront acceptées jusqu'au 8 février. Selon les réponses, le gouvernement pourra lancer un appel de propositions.

Alberta

Industrie pétrolière