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Thérapie de conversion : un danger pour les homosexuels en détresse

Portrait de Stéphane Youdom, portant boucles d'oreilles et rouge à lèvres.
Stéphane Youdom a commis cinq tentatives de suicide pendant la période où il tentait de modifier son orientation sexuelle pour devenir hétérosexuel. Photo: Radio-Canada / Geneviève Tardif
Radio-Canada

Stéphane Youdom cherchait de l'aide pour changer son orientation sexuelle. Il s'est tourné vers des thérapies de conversion d'inspiration religieuse sans trouver de réponse à son désarroi. Huit ans après une dernière tentative de suicide, il fait désormais partie de ceux qui demandent l'interdiction de ces pratiques.

Un texte de Laurent Pirot

Au Canada, l’Ontario, le Manitoba, la Nouvelle-Écosse et la Ville de Vancouver les ont interdites.

Discussions en Alberta

En Alberta, la députée néo-démocrate Nicole Goehring est la dernière à avoir demandé une interdiction. Elle a tenté de convaincre la ministre de la Santé, Sarah Hoffman, mais aucun projet de loi n’a été déposé.

Une pétition déposée à la Chambre des communes demande qu’il devienne illégal de pratiquer des thérapies de réorientation sexuelle sur les mineurs au Canada.

« La loi devrait être votée », soutient Stéphane Youdom, qui milite désormais au sein du comité FrancoQueer pour donner une voix aux francophones de la communauté LGBTQ en Alberta. À ses yeux, ces thérapies, « c’est de l’abus psychologique, de l’abus spirituel ».

Ce n’est pas parce que tu as envie de quelque chose par désespoir que la chose est bonne pour toi.

Stéphane Youdom

Stéphane Youdom a grandi dans une famille évangéliste, dans un milieu qui pensait que l’homosexualité était « l’une des pires choses qui puissent arriver à un être humain ».

Stéphane Youdom, des années de prières pour ne plus être homosexuel

Malgré ses efforts, il n’était pourtant pas intéressé par les femmes et pensait plutôt aux garçons. « J’étais dans un état de désespoir », dit-il aujourd’hui, quand il se souvient de son entrée dans l’âge adulte.

Échec et désespoir

À 22 ans, il se tourne vers une église évangélique qui lui promet de l’aide et enchaîne, pendant deux ans, de longues séances de prières et de jeûnes dans l’espoir de « guérir ». Il dit avoir surtout perdu beaucoup de son estime de soi, à mesure que le changement espéré ne se matérialisait pas.

Stéphane Youdom a changé de cap après cinq tentatives de suicide pour entamer un long processus d’acceptation de son orientation sexuelle. Il lui a fallu du temps pour renouer avec sa famille et assumer une apparence qui lui correspond : les cheveux longs, la barbe taillée court et les ongles soigneusement vernis.

Pratiques cachées

Son expérience, cet Edmontonien d’adoption l’a vécue en Allemagne et dans son Cameroun natal. « Ça arrive aussi en Alberta, assure le chercheur Kris Wells, de l’Université MacEwan, des jeunes et des adultes l’ont raconté. »

Il n’y a pas la moindre ombre de preuve scientifique, nulle part dans le monde, que ça marche, qu’on peut rendre hétérosexuel un homosexuel.

Kris Wells, professeur de la faculté de Santé, Université MacEwan

Les organisations de psychiatres et de psychologues au Canada s’opposant à ces techniques, ces thérapies de réorientation se pratiquent de manière cachée, dit le chercheur. « Ce qu’on entend, c’est que c’est souvent des pasteurs ou des leaders religieux qui essaient d’exorciser le démon qui a pris possession du corps de quelqu’un. »

Alberta

Société