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Un livre de l'auteure winnipégoise Mary MacLane traduit pour la première fois en français

Marine Duval, responsable d'édition aux Éditions du sous-sol, tient en main le livre de Mary MacLane, Que le diable m'emporte.
Marine Duval, responsable d'édition aux Éditions du sous-sol, tient en main le livre de Mary MacLane « Que le diable m'emporte ». Photo: Document remis
Radio-Canada

Née à Winnipeg en 1881, Mary MacLane avait 19 ans quand elle a publié son premier livre, qui a fait scandale mais qui la consacre comme l'une des pionnières du confessionnalisme. Ce livre est pour la première disponible en français.

Un texte de  Thibault Jourdan

Vendu à 100 000 exemplaires en un mois à sa sortie, Que le diable m'emporte est un journal confessionnel dans lequel Mary MacLane parle de ses fantasmes, proclame son génie et défend des idées philosophiques scandaleuses pour l'époque. Radio-Canada s'est entretenue avec Marine Duval, responsable d'édition aux Éditions du sous-sol.

Pourriez-vous nous présenter brièvement Mary MacLane?

On sait assez peu de choses sur Mary MacLane. On sait qu’elle est née au Canada à la fin du 19e siècle, que sa famille a très vite déménagé aux États-Unis et qu’elle a grandi au Montana. Elle a écrit ce premier texte très tôt, elle avait 19 ans, et ça a été publié en 1903. Ça a été suivi de deux autres livres, et puis, elle n’a rien écrit d’autre et elle est morte assez jeune, à 48 ans.

De quoi parle Que le diable m’emporte?

C’est un journal qu’elle a tenu pendant quelques mois. C’est une sorte de longue confession dans laquelle elle dévoile ses pensées intimes, ses fantasmes. C’est une jeune femme qui vit dans une petite ville minière du Montana, à Butte, et il se passe assez peu de choses dans sa vie.

Comme beaucoup de jeunes femmes de son époque, elle est cantonnée à la maison. Elle marche beaucoup et elle décrit une nature assez stérile dans laquelle elle s’ennuie et laisse libre cours à ses pensées, à ses fantasmes. Elle livre toute une philosophie.

Il y a beaucoup d’audace dedans, quelque chose de très adolescent qui est très touchant. Il y a aussi quelque chose de très charnel, très provocant pour l’époque, et le livre a scandalisé autant qu’il a fasciné à sa sortie. Elle a fait l’objet d’une sorte de culte, avec toute la polémique qui va souvent avec.

Comment décririez-vous son style?

Son style est très éclectique. Il y a quelque chose de très libre dans sa manière de manier les mots. Elle se laisse parfois aller à un très grand lyrisme, elle a parfois des moments de communion avec la nature, avec le corps. Il y a un sensualisme qui est très présent.

Il y a aussi des relents très théâtraux, comme quand elle est dans un dialogue avec le diable. Il y a finalement une grande variété de styles qui rend le texte vivant alors qu’il ne se passe pas grand-chose en fait. C’est sa façon de raconter, de passer d’un moment lyrique à un moment théâtral qui anime le texte et le rend très vivant.

Pourquoi est-elle considérée comme l’une des pionnières du confessionnalisme?

On est vraiment dans une mise à nu, aucun tabou ne l’arrête. Ça s’est d’ailleurs confirmé dans sa vie par la suite. Elle était ouvertement bisexuelle, elle ne s’embarrassait d’aucun tabou et c’est ce qui se ressent dans ce texte-là et qu’on retrouve aussi plus tard dans des écrits de Sylvia Plath, par exemple.

Ses écrits ont été redécouverts plus tard par les féministes. En quoi, selon vous, Mary MacLane était-elle une figure féministe?

Comme elle le décrit très bien, la femme était cantonnée à un certain territoire très restreint et elle proclame son ennui là-dedans. Elle veut baisser toutes les barrières et sortir de ce carcan très féminin et elle dit ça à une époque où les suffragettes commençaient à se battre pour le droit de vote. Elle s’est faite l’écho, en quelque sorte, du féminisme tel qu’on le connaît aujourd’hui. Toute sa vie a été sous le signe de la liberté et du refus des carcans.

Comment explique-t-on qu’on la découvre seulement maintenant en français?

Ça, ce sont les mystères de l’édition et les destins des livres! (rires). Il y en a beaucoup qui tombent dans l’oubli. Elle a connu un très grand succès aux États-Unis à l’époque, pourquoi est-ce qu'elle n’a pas été traduite à l’époque? En France, sans doute, c’était trop tôt, on avait un peu le même genre de personnages à cette époque-là. Elle a été oubliée comme beaucoup d’auteurs, malheureusement. Récemment, l’éditeur américain Melville House a ressorti ses trois livres, et ça a eu un joli petit succès et c’est comme ça qu’on l’a connue, que son nom nous est parvenu.

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