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Le tour du monde à 120 000 $ de Simon Dubois

Simon DuBois sur le voilier qui contemple les vagues.

Sur les mers que Simon DuBois a traversées, les vagues pouvaient atteindre 30 m de haut.

Photo : Simon DuBois

Prenez note que cet article publié en 2018 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Pour monter à bord du Visit Seattle, Simon DuBois a dû débourser 120 000 $. Une somme colossale que le Sherbrookois de 30 ans a réussi à emprunter à la banque. Quand on est capable de convaincre son banquier de nous prêter autant d'argent, il n'y a pas une mer au monde qui aura le dessus sur nous.

La Clipper Round the World Yacht Race, c'est la seule compétition de voile autour du monde réunissant des amateurs. Au total, douze équipes de 24 marins doivent parcourir 74 000 km en huit étapes réparties sur onze mois.

À ces faramineux coûts d'inscription, il fallait rajouter des frais de 30 000 $ pour couvrir son année en mer. C'est aussi un an et demi de salaire que je n'ai pas gagné, rappelle-t-il en riant.

De quoi donner le mal de mer à n'importe qui, mais pas à Simon DuBois. Je voyais ça comme un investissement, comme si je retournais à l'école pendant un an, un MBA dans une école prestigieuse. Moi, je suis allée faire un MBA de la mer où toutes mes compétences d'affaires ont été mises à profit. C'est une expérience qui fera de moi un meilleur dirigeant, un meilleur financier dans le futur. C'est un élément qui va me distinguer, croit-il.

Simon DuBois en compagnie d'une collègue en plein travail sur le voilier Visit Seattle. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Les journées n'étaient pas de tout repos à bord du Visit Seattle.

Photo : Simon DuBois

Depuis son retour au pays, en août dernier, celui qu'on appelle l'aventurier marin, le comptable aventurier, le marin québécois, le premier Québécois à compléter une course à la voile autour du monde en équipage et même le marin de l'année au Québec prend la pleine mesure de l'immense vague qu'il a traversée. L'histoire ne dit pas encore si tous ces titres entreront sur sa future carte professionnelle, mais une chose est sûre, Simon DuBois ne sera plus jamais uniquement qu'un comptable.

Entre tristesse, peur et joie

Si les souvenirs de cette épopée se bousculent dans la tête de Simon DuBois, celui du matin du départ occupe une place spéciale dans son coeur. C'est un des moments dont je vais toujours me rappeler. Sur les quais, avant le départ, quand on a embarqué sur le bateau océanique, un reporter m'a demandé si j'avais un message pour mon épouse et ma famille avant de partir. Ça m'a frappé comme une douche d'eau froide. On aurait dit que je me faisais rentrer dedans par un train. J'étais là, j'étais dans mon rêve!

C'est là que les larmes ont commencé à couler sur les joues du marin. Pas des larmes de peur, d'inquiétude ou de regret. Non, c'était plutôt un torrent de bonheur, de gratitude. Ce rêve, je ne l'aurais pas réalisé sans le soutien de ma femme, de ma famille et ils ont été incroyables tout le long de l'aventure.

Parce que les 74 000 km que s'apprêtait à franchir Simon DuBois n'avaient rien à voir avec un long fleuve tranquille. Il existait quand même un risque que l'image de ce Simon montant à bord de son voilier soit la dernière qu'ils aient. Il y avait cette petite possibilité que la mer avale pour toujours ce fils, cet amoureux. J'avais quand même fait une promesse que j'allais revenir en un seul morceau.

Une photo de Simon et de son épouse, Erica, près de son litAgrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Sans l'appui de ses proches, jamais Simon DuBois n'aurait réussi son exploit. Cette photo, où on le voit avec son épouse Erika.

Photo : Simon DuBois

Homme de parole, le marin a touché le sol de Liverpool, en Angleterre, le 28 juillet dernier après avoir passé 11 mois à affronter la mer houleuse, les violentes tempêtes, le froid polaire. C'est presque un calendrier complet à ne pas dormir plus de quatre heures d'affilées, à craindre de se blesser et à penser que la mort nous attend peut-être au coin.

On a vécu des échecs, mais il fallait apprendre de ces échecs. Les difficultés viennent de notre attitude devant ces échecs. Comment on se relève, comment on gère la situation en tant que groupe?

Simon DuBois

Bye bye luxe!

Quand on participe à la Clipper, on repassera pour le luxe. On se retrouve coincé avec 23 autres marins de 18 à 70 ans qu'on ne connaît pas et avec qui il faut partager des moments d'intimité. C'est un environnement extrême et inconfortable. Tout est au minimum pour la survie. Tout le monde n'a pas la même tolérance.

Mais jamais Simon DuBois n'a eu envie de sauter dans un avion pour rentrer à la maison pour retrouver son douillet confort. Ce n'est pas dans ma nature d'abandonner. Quand je me suis embarqué, c'était pour faire le tour du monde. Est-ce que parfois je me suis retrouvé en petite boule pour pleurer? Est-ce que j'ai trouvé ça difficile? Absolument! Il y a eu de très gros défis, mais j'ai appris à gérer tout ça.

L'équipage du Sherbrooke Simon DuBois est monté sur la plus haute marche du podium.Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

L'équipage du Sherbrooke Simon DuBois est monté sur la plus haute marche du podium.

Photo : Clipper Round The World Yacht Race

Rassurons-nous : tout n'a pas été noir dans l'épopée marine de Simon DuBois. Que non. J'écrivais un journal chaque jour pour garder le plus de souvenirs. Des moments magiques, il y en a eu des tonnes : notre départ de Liverpool, notre première victoire, la fois où on compétitionnait avec des professionnels... Notre arrivée à Sydney où nous avons gagné et où mon épouse m'attendait. C'est un moment que je n'oublierai jamais. C'était magique!

Pour ne jamais oublier, mais aussi pour inspirer, Simon DuBois couche sur papier, ces jours-ci, toute cette aventure. Il espère voir son bouquin dans un futur pas si lointain sur les tablettes des librairies. En attendant, il parcourt la province pour raconter son expérience à tous ceux qui veulent l'entendre.

Et, il se repose. Me refaire une santé, ç'a pris plusieurs semaines, plusieurs mois. Mon corps était épuisé après un an. De passer d'un mode d'adrénaline chaque jour avec des quarts de travail aux quatre ou cinq heures à passer six heures devant un ordinateur à préparer des conférences, ç'a demandé un ajustement. Ç'a pris un bon deux mois et demi certain à retrouver mon énergie.

Simon DuBois sur son voilier, le Visit Seattle à leur arrivée en Chine. Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Simon DuBois sur son voilier, le Visit Seattle à leur arrivée en Chine.

Photo : © 2018 olli geibel / Olli Geibel

Un autre tour du monde peut-être?

Il n'est pas impossible que le Sherbrookois hisse à nouveau les voiles pour une autre tournée des océans, mais pas à n'importe quel prix. Le refaire, c'est dans une perspective d'être capitaine ou skipper où je prendrais une équipe en charge, où j'apprendrais d'autres compétences, d'autres expériences, d'autres acquis, mais il ne faut pas dire jamais, dit-il, philosophe.

En attendant, cette passion, qui est née sur le lac Memphrémagog alors qu'il était tout petit, n'est pas près de s'éteindre. L'appel des mers du monde est toujours bien présent. On m'a demandé de développer quelque chose ici, un plan de relève pour l'équipe ATLAS qui a trois voiliers de course océaniques. On regarde comment je peux m'impliquer de ce côté. On regarde aussi, avec la Fédération de voile, comment on peut développer la voile au Québec.

Une chose est sûre, les projets ne manquent pas pour Simon DuBois. Quand on a affronté des vagues de 30 mètres, il n'y a pas grand-chose qui peut nous stopper.

Simon DuBois dans la cuisine du voilier. « On mangeait beaucoup de gruau! »Agrandir l’image (Nouvelle fenêtre)

Simon DuBois dans la cuisine du voilier. « On mangeait beaucoup de gruau! »

Photo : Simon DuBois

Sur le voilier Visit Seattle, on... :

  • Mange quoi? « Beaucoup de riz, de patates, du gruau, beaucoup de gruau! »
  • Dort combien d'heures? « Ça change selon les conditions, mais c'était de 7 à 9 h fragmentées par coup de trois ou quatre heures. Des fois, c'était moins. La vraie réponse, ce n'est pas assez! »
  • Quel est l'endroit le plus dangereux? « On pense aux dangers de tomber par-dessus bord, mais c'était la salle de bain. C'est la chose qui me manquait le plus une toilette stable. Quand le bateau penche à 45 degrés et tape dans les vagues, ce n'est pas facile. Je n'y allais jamais sans mes genouillères et mon casque. On avait deux petites toilettes qu'on se partageait à 24. »
  • On se lave comment? « On pouvait se brosser les dents, mais il n'y avait pas de douche. On se lavait avec des lingettes de bébé. C'était une chose de difficile : le niveau d'hygiène de tous n'est pas le même hein? »
  • On occupe nos temps libres comment? « On pouvait lire, gérer nos photos ou regarder des films sur iPad. J'aimais bien faire un petit work-out pour rebalancer le corps. On se reposait aussi, mais ça, ce n'était jamais assez! »
  • On apporte quoi dans sa valise? « Trois paires de boxers et trois paires de bas, une combine, une combinaison de polar, ma caméra GoPro, mon téléphone cellulaire, des écouteurs, une tuque, des mitaines, ma brosse à dents, une paire de jeans et une chemise pour les escales. On était très limité dans le poids. On avait le droit à un sac de 20 kilos. »

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