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La Remise : la bibliothèque d’outils victime de son succès

Un homme utilise de la machinerie dans un atelier de menuiserie.

Les membres de La Remise ont accès à des installations de qualité, notamment dans cet atelier de menuiserie.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Denis Wong

Vous avez certainement entendu parler de cette coopérative de Villeray où l'on peut emprunter un outil ou un article du quotidien pour éviter de l'acheter, à la manière d'une bibliothèque. Ce que vous savez peut-être moins, c'est qu'après trois ans d'existence, La Remise compte déjà 2000 membres, un objectif qu'elle a atteint deux fois plus tôt que prévu. Explications de l'engouement autour de cette coopérative montréalaise.

Sophie Levasseur admet candidement sa surprise. Elle ne s’attendait pas à ce que La Remise devienne aussi rapidement une référence de l’économie collaborative et circulaire à Montréal.

« On est un peu victimes de notre succès… on n’a pas vu ça arriver, mais pas du tout, raconte la cofondatrice de la coopérative La Remise. Le nombre de membres qu’on a maintenant, on visait ça à la cinquième, sixième ou septième année. Donc on a besoin de renfort. »

Sophie Levasseur tient la pose au milieu d'étagères remplies d'outils qui appartiennent à la coopérative.

Sophie Levasseur est l'une des cofondatrices de la coopérative La Remise, située dans le quartier Villeray de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

La cofondatrice insiste sur le vocabulaire. Ici, on ne loue pas les outils, on les emprunte. Chacun paye sa part pour que la coopérative puisse exister et avoir accès au matériel. C’est ce qui différencie l’organisme des entreprises traditionnelles de location d’outils.

Depuis son ouverture, en 2015, les signes positifs se multiplient et confortent l’organisme de Villeray dans sa mission : une centaine de bénévoles qui s’impliquent, près de 20 000 prêts d’outils à ce jour et des formations qui se remplissent dans le temps de le dire.

Voici le troisième portrait d’une série portant sur des entreprises montréalaises qui appliquent les principes de l’économie circulaire au quotidien. Selon l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), une économie mondiale qui réutiliserait systématiquement ce qu’elle produit diminuerait de jusqu’à 80 % l’extraction de ses ressources naturelles.

Des pinces, des marteaux et autres tournevis sont installés et classés sur un mur.

Jusqu'à présent, la bibliothèque a effectué près de 20 000 prêts d'outils à ses membres.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Les raisons de ce succès

Pour expliquer cet engouement, Sophie Levasseur cite candidement la couverture médiatique dont La Remise a bénéficié. Depuis son ouverture, tous les médias d’importance au Québec y ont porté attention, ce qui a donné de la crédibilité à la démarche, qui pouvait sembler marginale à ses débuts.

Ensuite, il faut souligner son emplacement géographique dans Villeray : le quartier est très familial, et selon la cofondatrice de La Remise, sa population « possède une conscience sociale, environnementale, économique ». L’adhésion de ses membres réduit leur empreinte environnementale en plus d’avoir une incidence directe sur leur portefeuille.

« Tous les gens qui viennent à la base veulent économiser; ils veulent réduire leur empreinte monétaire et économique, détaille Sophie Levasseur. Ils trouvent ça hyper pratique. J’ai eu des travaux à faire depuis un mois; j’y vais toutes les semaines et je prends les outils dont j’ai besoin. »

Des marteaux, des pinces et autres outils sont accrochés sur un mur en bois.

Divers outils sont mis à la disposition des membres de La Remise dans l'atelier de menuiserie.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Cela dit, si le public cible s’est rapidement rallié à la cause, reste que les habitudes collectives demeurent bien ancrées.

« La clientèle la plus difficile à aller chercher, c’est la clientèle la plus âgée, nuance Sophie Levasseur. Ils sont habitués à avoir leurs outils dans le garage, même si ça leur sert seulement une fois par année. Ils sont confortables là-dedans. »

Des ateliers et des formations

La coopérative offre également un service d’ateliers de menuiserie, de couture et de réparation de vélos à ses membres. Les gens ont accès à des installations de qualité, et un spécialiste bénévole est toujours sur place pour les aider à réaliser leurs projets.

L’atelier de menuiserie est particulièrement bien équipé : banc de scie, scie à onglets, planeur et autres ponceuses sont à la disposition des menuisiers débutants ou expérimentés. Les passionnés du bois y viennent réaliser des projets de petite et moyenne envergure.

Deux hommes surveillent de la machinerie dans un atelier de menuiserie.

La Remise compte présentement 2000 membres, un chiffre qu'elle a atteint beaucoup plus rapidement que prévu.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Sophie Levasseur se souvient d’une dame d’un âge avancé qui s’est présentée avec des pièces en bois afin de réaliser un tiroir. Elle est entrée dans l’atelier de menuiserie en ne sachant pas comment s’y prendre, et elle a obtenu l’aide du spécialiste bénévole.

Au bout d’une heure, elle était autonome. Quand elle est sortie pour payer son utilisation, les yeux qu’elle avait, ça valait mille dollars. C’était rempli de fierté. C’est là qu’on voit que La Remise a beaucoup de fonctions.

Sophie Levasseur, cofondatrice de La Remise

Sur les lieux se tiennent aussi de populaires formations qui s’adressent à des personnes de tous les niveaux. Ainsi, on peut par exemple apprendre à manipuler des scies en toute sécurité ou encore préparer correctement son vélo pour l’hiver. Ces formations payantes sont annoncées sur Facebook, et les places se comblent souvent en moins d’une demi-heure.

De nouvelles idées

Les revenus de l’organisme demeurent modestes, et l’argent est réinvesti dans la coopérative, s’il faut réparer des outils ou s’en procurer des nouveaux, par exemple. Mais il y a maintenant une coordonnatrice payée par l’organisme, signe que l’engouement est réel.

Sophie Levasseur estime toutefois que La Remise devra réfléchir à de nouvelles idées afin de garder sa pertinence. Est-ce que ce renouveau passe par l’ouverture d’une deuxième Remise? Par une nouvelle campagne de sociofinancement ou un plus grand travail de sensibilisation?

Des roues de vélos et des bicyclettes sont accrochés au mur de La Remise.

Un espace à La Remise est consacré à la réparation et au reconditionnement de vélos.

Photo : Radio-Canada / Denis Wong

Les options sont multiples, mais pour l’instant, Sophie Levasseur se permet de savourer le moment présent.

« Ce qui nous fait triper, c’est que les gens entrent dans ce mouvement. Notre idéal, ce n’est pas d’avoir des Remise partout. C’est d’avoir des initiatives qui ressemblent à La Remise partout. »

Économie sociale et de partage

Environnement