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Le racisme systémique de la police de Thunder Bay dénoncé dans un rapport accablant

Un homme derrière des micros.
Le directeur indépendant de l’examen de la police, Gerry McNeilly Photo: La Presse canadienne / Aaron Vincent Elkaim

Le directeur indépendant de l'examen de la police, Gerry McNeilly, dénonce le racisme systémique au sein du Service de police de Thunder Bay (SPTB) et recommande la réouverture de neuf enquêtes sur la mort d'Autochtones.

Un texte de Miguel Lachance

M. McNeilly a examiné 37 enquêtes menées depuis 2009 et plusieurs plaintes qu’il a reçues concernant le SPTB et les relations avec les Autochtones.

Son rapport, intitulé Une confiance trahie, formule 44 recommandations, dont la première est la tenue d'une nouvelle enquête pour au moins 9 de ces 37 cas en formant une équipe d’enquête multidisciplinaire.

Les graves lacunes et les conclusions prématurées observées dans les enquêtes du SPTB portant sur la disparition et les décès subits de personnes autochtones ont envenimé une relation qui était déjà extrêmement houleuse.

Gerry McNeilly, directeur indépendant de l'examen de la police

Selon le manque de qualités de ses enquêtes initiales, je ne peux pas affirmer avec confiance qu’elles ont été adéquatement menées ou classées.

Gerry McNeilly dénonce le manque d’agents qualifiés pour mener des enquêtes sur des morts suspectes et plusieurs erreurs commises lors des investigations.

Par exemple, des rapports d’autopsie n’ont pas été correctement reliés à leur enquête et, dans certains cas, selon M. McNeilly, les enquêteurs n’ont même pas été en mesure de trouver les résultats de l’autopsie.

Je trouve inacceptable que le SPTB, qui doit enquêter sur plusieurs cas complexes, n’ait pas d’unité des crimes majeurs et que les enquêtes soient menées par des enquêteurs sans la formation ou l’expérience appropriée.

Lacunes dans les enquêtes

Gerry McNeilly indique qu’il a remarqué un nombre beaucoup trop élevé de cas où les agents n’ont pas traité de façon équitable les victimes ou leur famille parce que la personne décédée ou disparue était autochtone.

Inscription Thunder Bay Police ServiceAutopatrouille de la police de Thunder Bay Photo : Radio-Canada

Il affirme aussi que des agents ont fait appel de façon répétée à des stéréotypes pour conclure que la mort d’un Autochtone était accidentelle ou due à ses propres actions.

L’absence d’enquêtes adéquates et les conclusions hâtives tirées dans ces enquêtes sont, du moins en partie, attribuables à des attitudes racistes et à des stéréotypes raciaux.

Gerry McNeilly exhorte les dirigeants du SPTB et de la Commission des services policiers de Thunder Bay à reconnaître publiquement que le racisme est présent au sein du corps policier et qu’il ne sera pas toléré.

Il indique que le SPTB devra être proactif pour éliminer le racisme systémique.

Il écrit entre autres que les candidats pour des postes au sein du SPTB devraient être soumis à des tests psychologiques pour éliminer ceux qui ont des opinions ou attitudes racistes.

Selon le rapport, ce genre de tests n’est pas effectué à l’heure actuelle en Ontario.

Il recommande aussi des formations obligatoires sur la culture autochtone et le racisme pour l’ensemble du personnel du SPTB.

Un homme s'adresse à des journalistes dans le cadre d'un point de presse.Gerry McNeilly formule 44 recommandations dans son rapport intitulé Une confiance trahie. Photo : Radio-Canada / Mathieu Grégoire

La création d’une unité des crimes majeurs est d’ailleurs une des 44 recommandations de M. McNeilly.

Le directeur de l’examen indépendant de la police croit également qu’un centre de médecine légale devrait être créé à Thunder Bay et que les services d'autopsie offerts devraient respecter la culture des communautés autochtones.

Un meilleur partage d’information

Parmi les autres recommandations du rapport publié mercredi, Gerry McNeilly insiste sur l’importance de la collaboration avec les autres corps policiers de la région, dont le Service de police anichinabé.

Au-delà de l’échange d’informations, M. McNeilly croit que les agents du SPTB devraient permettre à ses agents de travailler avec les services de police autochtones et visiter les communautés éloignées de la région.

Il suggère fortement l’ajout d’au moins trois agents à l’unité de liaison avec les Autochtones, qui en compte deux pour le moment.

Il recommande également au corps policier de publier un rapport annuel incluant des données concernant les enquêtes sur les morts suspectes.

Urgence d’agir

Dans la conclusion du rapport, M. McNeilly écrit que l’amélioration de la situation ne sera possible qu’avec des changements fondamentaux à la façon de fonctionner du SPTB.

Les sérieuses lacunes dans la manière dont le SPTB a enquêté sur les disparitions de personnes autochtones ou des morts soudaines ont dégradé des relations qui étaient déjà très difficiles.

Gerry McNeilly se dit toutefois optimiste : Le SPTB a entrepris d’importantes initiatives pour améliorer ses relations avec les Autochtones.

« De plus, je suis encouragé par les discussions respectueuses et constructives qui ont eu lieu lors de notre assemblée publique », ajoute-t-il.

Il indique que son travail n’est pas terminé et qu’il va surveiller comment ses recommandations seront mises en place.

L’examen systémique a été commandé en 2016 à la suite d’une plainte déposée par la famille de Stacy DeBungee, retrouvé mort dans la rivière McIntyre en octobre 2015.

La suite

Lundi, la Commission des services policiers de Thunder Bay a nommé une première personne autochtone à sa présidence.

La Commission fait d’ailleurs l’objet d’une enquête de la Commission civile de l’Ontario sur la police, menée par le sénateur Murray Sinclair.

La publication du rapport de M. Sinclair a lieu vendredi.

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