•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

VIA Rail octroie un contrat de 989 millions à l'allemande Siemens

Le reportage de Maxime Bertrand

La décision de VIA Rail d'accorder un contrat de 989 millions de dollars à la société allemande Siemens pour la construction de 32 rames de train suscite des réactions très contrastées à Québec et à Ottawa.

La société d’État a confirmé mercredi qu’elle a préféré l’offre de Siemens à celle de Bombardier Transport pour remplacer sa flotte assurant actuellement la liaison ferroviaire entre Québec et Windsor.

La nouvelle n’est guère surprenante dans la mesure où La Presse+ avait révélé le résultat de cette compétition le 27 novembre dernier.

Comme il l’avait fait valoir à l’époque, le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, a souligné que VIA Rail devait ouvrir ce contrat aux concurrents étrangers, en vertu de l’accord de libre-échange Canada-Union européenne.

Je suis très fier de Bombardier, mais je ne peux pas m’insérer dans une compétition qui doit être faite selon les règles. Il y aura d’autres occasions pour Bombardier dans d’autres contrats nationaux et internationaux.

Marc Garneau, ministre fédéral des Transports

« Il n’était aucunement question, avec nos accords de libre-échange, qu’on puisse intervenir », a-t-il commenté, en soulignant l’importance que les contribuables puissent en avoir pour leur argent.

« La compétition est basée sur le meilleur prix, sur le meilleur produit, sur sa disponibilité à partir de 2022 et sa fiabilité. C’est VIA Rail qui a fait cette analyse selon des critères qui étaient bien précis », a poursuivi le ministre. « Ces critères avaient été bien spécifiés, alors c’était aux compagnies qui ont soumissionné de présenter leur meilleure offre. »

Marc Garneau a exclu l’idée que le gouvernement fédéral aurait pu exiger un minimum de contenu canadien.

Il faut respecter les règles. On ne peut pas les changer à mi-chemin ou à la dernière minute. Ce n’est pas comme ça que ça se fait. D'abord, ça mène à des litiges, puis deuxièmement, on perd notre réputation.

Marc Garneau, ministre fédéral des Transports

Selon le ministre des Transports, l’accord de libre-échange Canada-Union européenne permet aux entreprises canadiennes de soumissionner à des contrats publics des gouvernements européens, ce qui leur un offre un « très gros carré de sable, 10 fois plus gros que le nôtre ».

« ll y a possibilité [….] qu’il y ait un peu de contenu canadien », a tout de même noté M. Garneau au sujet du contrat accordé mercredi. « On verra, ça va être par compétition. Il y a déjà un 7 % qui est là avec Siemens, mais il y aura peut-être la possibilité d’en avoir un peu plus. »

« La bonne nouvelle, c’est qu’à partir de 2022, il va y avoir de nouveaux wagons dans le corridor entre Québec et Windsor pour les passagers », a-t-il ajouté.

Selon le contrat, la maintenance de la nouvelle flotte de 32 nouveaux trains bidirectionnels écologiques sera confiée à des employés de VIA Rail à Montréal et à Toronto.

« Ces activités feront l’objet d’un contrat de fourniture de pièces de rechange et d’assistance technique de 15 ans, dont la valeur est estimée à 23,7 millions de dollars par année », précise le communiqué de la compagnie.

Vive déception au Québec

À l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie du Québec, Pierre Fitzgibbon, n’a pas caché qu’il était « très déçu » de la tournure des événements. Il aurait préféré que les rames de train soient construites à l’usine de Bombardier Transport de La Pocatière, afin d’assurer son avenir.

Il déplore qu’Ottawa ne parvienne pas à imposer des règles de contenu local comme arrivent à le faire, selon lui, les États-Unis et la Chine. Il dit vouloir faire un bilan de cette affaire avec le ministre fédéral de l’Innovation et du Développement économique, Navdeep Bains, afin de « mieux comprendre les règles internes du gouvernement fédéral ».

C’est sûr qu’au niveau des accords avec l’Europe, une société d’État fédérale ne peut pas avoir de contenu prédéterminé. Par contre, il y a différents moyens de faire une omelette. On aurait peut-être pu avoir des critères qui auraient pu favoriser les compagnies canadiennes, québécoises. [...] On peut toujours s’arranger.

Pierre Fitzgibbon, ministre de l’Économie du Québec

« Quand on fait un appel d’offres, on peut mettre des critères et quand on évalue les critères, à la fin, il y a différentes façons d’évaluer une offre qu’on reçoit. C’est là qu’on peut peut-être, avec les critères de sélection, favoriser indirectement du contenu local, sans avoir à l’écrire. »

« C’est une très triste nouvelle pour les gens de La Pocatière », lui a fait écho la ministre déléguée au Développement économique régional Marie-Ève Proulx, qui est aussi députée caquiste de Côte-du-Sud, qui inclut la municipalité. « Ça aurait pu permettre de sauvegarder l’expertise. »

Le ministre Fitzgibbon a cependant rappelé que l’usine de La Pocatière a récemment obtenu un contrat pour construire 153 wagons AZUR de plus pour le métro de Montréal. Cela doit permettre de maintenir 200 emplois à l’usine pendant un an et demi.

Il n’y a donc aucune raison de paniquer, a-t-il affirmé, avant d’assurer que le gouvernement Legault s’engage à trouver des solutions pour assurer la pérennité de l’usine. « Si on peut faire des choses pour les aider, on va le faire », a-t-il déclaré.

Bombardier Transport « extrêmement déçu »

Dans un communiqué publié en début d'après-midi, Bombardier Transport dit être « extrêmement déçu » que VIA Rail ait octroyé un tel contrat « à un concurrent étranger ».

« Il nous apparaît inconcevable que l’appel d’offres pour un train qui passera dans deux capitales nationales n’ait pas fait l’objet de mesures visant à assurer un maximum de retombées locales et l’utilisation de haute technologie canadienne, dans le respect des obligations internationales du Canada », indique-t-elle.

Alors qu’une expertise et un écosystème du rail développés existent ici, chez nous, nous sommes en droit de nous demander si les contribuables canadiens bénéficieront de cet investissement historique, dans un contexte où les autres juridictions redoublent d’efforts visant à générer de l’innovation locale et des impacts économiques locaux.

Extrait du communiqué de Bombardier Transport

Bombardier Transport se plaint en outre que « VIA Rail a refusé à deux reprises de considérer une offre révisée » qui lui avait été soumise, même si le processus d’appel d’offres permettait de discuter avec les différents soumissionnaires.

« Cette offre avait reçu l’appui du gouvernement du Québec, contenait des retombées économiques locales accrues et prévoyait l’utilisation de technologies vertes. Nous prendrons le temps nécessaire pour analyser le processus de VIA Rail et ses décisions, et évaluer nos options. »

Claude Michaud, président du syndicat des employés de l'usine Bombardier de La Pocatière, juge pour sa part inconcevable que VIA Rail ait accordé un contrat à une compagnie allemande qui construira aux États-Unis des voitures devant rouler au Canada. Il avait demandé à VIA Rail de revoir son processus d'appel d'offres.

Avec les informations de La Presse canadienne

Transport en commun

Économie