•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Ottawa n'a pu s'entretenir avec Michael Kovrig en Chine

L'ex-diplomate canadien Michael Kovrig travaille pour l'International Crisis Group depuis février 2017. Photo: International Crisis Group
Radio-Canada

La Chine n'a pas encore permis aux autorités canadiennes de rencontrer l'ex-diplomate Michael Kovrig, qu'elle a arrêté plus tôt cette semaine.

Le Canada a reçu la confirmation de l’arrestation de Michael Kovrig, mais celui-ci n'a pas eu accès aux services consulaires, a indiqué la ministre des Affaires étrangères du Canada, Chrystia Freeland, au cours d’un point de presse, mercredi.

Les diplomates canadiens poursuivent leurs démarches en ce sens, a-t-elle précisé.

La ministre Freeland a affirmé que le Canada ferait tout ce qui est en son pouvoir pour le faire libérer, précisant qu'Ottawa poursuivait ses discussions avec Pékin.

« Nous sommes préoccupés par la détention de ce Canadien et nous avons soulevé cette affaire directement auprès des responsables chinois », a-t-elle dit, ajoutant que le Canada fournissait une aide consulaire à sa famille.

Le gouvernement chinois n'a donné aucun détail clair sur les raisons qui ont mené à cette arrestation.

Les autorités chinoises n’ont pas présenté sa détention comme un geste de représailles à l'arrestation par le Canada de Meng Wanzhou, directrice financière de la firme technologique Huawei Technologies, à la demande de Washington il y a quelques jours, a insisté la ministre.

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, estime que le Canada pourrait en faire davantage. Il appelle le gouvernement libéral à accentuer la pression sur les autorités chinoises.

« C’est clair que c’est la responsabilité du premier ministre de ce gouvernement d’assurer que les Canadiens dans les autres pays ont toute la protection dont ils ont besoin », a-t-il commenté.

Michael Kovrig est un employé d’Affaires mondiales Canada qui a pris un congé sans solde afin de travailler pour l'ONG International Crisis Group (ICG), qui l'a embauché en février 2017. Il ne bénéficie donc pas de l’immunité diplomatique.

M. Kovrig a été vice-consul de l'ambassade canadienne à Pékin de septembre 2014 à août 2016, puis consul du Canada à Hong Kong, un territoire chinois ayant le statut de région administrative spéciale.

La ministre Freeland a par ailleurs indiqué qu’un autre Canadien en Chine avait sollicité l’aide du gouvernement du Canada. Le gouvernement a confirmé qu'il s'agit de Michael Spavor.

« Nous sommes au fait qu'un citoyen canadien, M. Michael Spavor, est actuellement porté disparu en Chine », a indiqué un porte-parole d’Affaires mondiales Canada, mercredi soir.

De l'information distillée au compte-gouttes

Les autorités chinoises ont été avares de commentaires sur l'arrestation de Michael Kovrig.

Interrogé au sujet de ce dernier, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lu Kang, a même refusé de confirmer, durant sa conférence de presse quotidienne, si M. Kovrig était détenu en Chine.

« Si une telle chose s’est produite, a-t-il cependant ajouté, s’il vous plaît, ne vous inquiétez pas; les départements concernés de la Chine vont certainement s'en occuper conformément à la loi. »

M. Lu n’en a pas moins souligné que l'organisation pour laquelle il travaillait, l'ICG, n'était pas enregistrée en Chine et que tout travail dans ce pays serait donc illégal.

« Une fois que son personnel s'est engagé dans des activités en Chine, elle a déjà violé la loi », a-t-il commenté.

Le quotidien d’État Beijing News a cependant donné plus de détails. Dans une brève nouvelle, il avance que M. Kovrig fait l’objet d’une enquête du Bureau de la sécurité de l'État chinois, notamment responsable des opérations de contre-espionnage.

Il est « soupçonné de s’être engagé dans des activités pouvant nuire à la sécurité de l’État chinois », indique le quotidien, selon qui l’enquête, ouverte lundi, est toujours en cours.

Une version qui colle à celle de l'ICG

« Je ne veux pas spéculer sur ce qui est derrière tout ça, mais je suis prêt à être catégorique quant à ce qui ne l’est pas, et ce ne sont pas des activités illégales ou dangereuses pour la sécurité de l’État », a déclaré à Reuters le président de l’ICG, Robert Malley.

« Tout ce que nous faisons est transparent, est placé sur notre site web. Nous ne nous engageons pas dans des travaux secrets ou confidentiels », a poursuivi M. Malley.

Dans sa déclaration publiée mardi soir, l'ICG dit n'avoir obtenu « aucune information » à propos de M. Kovrig depuis qu'il est détenu et « s'inquiéter pour sa santé et sa sécurité ».

L'organisation non gouvernementale, spécialisée dans la résolution de conflits, dit faire tous les efforts nécessaires pour en apprendre davantage et s'assurer qu'il obtienne l'aide consulaire à laquelle il a droit.

Elle ajoute que M. Kovrig s'est distingué par ses reportages « rigoureux et impartiaux », et qu'il « interviewait régulièrement des responsables chinois pour refléter correctement leurs points de vue ».

Elle le décrit comme un « collaborateur bien connu et convoité », spécialisé dans les enjeux de sécurité concernant la Chine, le Japon et la péninsule coréenne. Parmi ses plus récentes publications figurent des articles sur le rôle accru de la Chine pour la paix et la sécurité en Afrique et sur la crise nucléaire nord-coréenne.

Tout de rouge vêtue, la ministre Freeland s'adresse aux journalistes, avec en arrière-plan plusieurs drapeaux du Canada. La ministre Chrystia Freeland a indiqué qu’un autre Canadien en Chine avait sollicité l’aide du gouvernement canadien. Photo : Radio-Canada

Dans une déclaration transmise à Radio-Canada, un porte-parole de l'ICG, Karim Lebhour, affirme que c'est la première fois que son organisation est visée par des accusations de travail illégal comme celles formulées par le ministre chinois des Affaires étrangères.

« Nous avons ouvert une représentation en Chine en 2007, après consultation des autorités chinoises. Nous avons fermé notre bureau à Pékin en décembre 2016 en raison de la nouvelle loi sur les ONG et nous tentons de formaliser notre statut depuis cette date. Michael Kovrig travaille depuis Hong Kong, qui n'est pas soumise à la même loi. Il voyage régulièrement à Pékin pour rencontrer des officiels chinois, participer à des conférences à l'invitation d'organisations chinoises et pour effectuer des visites d'agrément », précise M. Lebhour.

La détention de M. Kovrig survient dans la foulée de l'arrestation par le Canada de Wanzhou Meng à Vancouver le 1er décembre, à la demande de Washington.

Les États-Unis accusent Huawei d'avoir utilisé une société-écran à Hong Kong pour vendre du matériel à l'Iran, en violation des sanctions imposées par le département d'État. Ils allèguent que Meng Wanzhou et Huawei ont induit les banques en erreur à propos des relations commerciales de la société en Iran, ce que nie la principale intéressée.

Après trois jours d'audience, un juge de la Colombie-Britannique a accordé mardi une caution de 10 millions de dollars, mais a imposé à Mme Meng de porter un bracelet électronique à la cheville, de rendre ses passeports, de rester dans la région de Vancouver et de s'en tenir à l'une de ses deux maisons dans la ville entre 23 h et 6 h.

Alors que la libération sous caution faisait la une des journaux chinois, la plupart des médias n'ont pas signalé la détention de M. Kovrig. Le Global Times, un journal très proche du Parti communiste, faisait exception en évoquant les reportages des médias étrangers sur son arrestation.

Avec les informations de Reuters, et La Presse canadienne

Asie

International