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La France traque le tireur de Strasbourg

Un soldat monte la garde devant la cathédrale de Strasbourg.
Un soldat français monte la garde devant le marché de Noël, aux abords de la cathédrale de Strasbourg, au lendemain de l'attaque meurtrière. Photo: Reuters / Christian Hartmann
Radio-Canada

Plus de 600 policiers et militaires sont aux trousses de l'auteur de l'attaque du marché de Noël de Strasbourg, qui a fait 2 morts et 13 blessés, dont un se trouve dans un état de mort cérébrale, mardi soir.

Blessé au bras dans un échange de coups de feu avec quatre militaires de l'opération Sentinelle, le suspect a échappé à deux patrouilles des forces de l'ordre dans les minutes qui ont suivi l'attaque.

Une fois ses crimes commis, le suspect a d'abord pris la fuite dans un taxi, qui l’a conduit dans le quartier Neudorf. « Le chauffeur de taxi a dit que l’homme lui avait demandé de le conduire dans ce quartier sans donner d’adresse, en lui indiquant qu’il allait le guider », a indiqué le procureur de Paris, Rémy Heitz, au cours d'une conférence de presse.

Le chauffeur de taxi a précisé l’avoir vu en possession d’une arme de poing et présentant des blessures.

Rémy Heitz, procureur de Paris

Une fois arrivé à destination, l'homme a été interpellé par une patrouille de policiers, qui lui ont donné l’ordre de s’arrêter. Le fugitif a alors ouvert le feu dans leur direction avant de prendre la fuite à nouveau. D’autres policiers ont toutefois retrouvé sa trace un peu plus tard, et de nouveaux échanges de coups de feu sont survenus. Le suspect est parvenu une nouvelle fois à s'enfuir.

Un hélicoptère a été dépêché sur les lieux pour tenter de retrouver le fugitif. L’appareil a survolé le secteur jusque tard dans la nuit, mais sans succès. Le suspect n'a pas été revu depuis.

Les enquêteurs ont procédé à de nombreuses perquisitions au cours de la nuit dans le but de retrouver le fugitif, identifié comme Chérif C., ex-détenu radicalisé de 29 ans soupçonné d'être l'instigateur d'une tentative d'assassinat en août 2018 dans le cadre d'un vol qui aurait mal tourné. Son casier judiciaire compte 27 condamnations pour des vols et des actes de violence, dont la quasi-totalité ont été commis sur le territoire français. Il a toutefois également été condamné pour le même genre de délits en Allemagne et en Suisse.

Une opération a notamment eu lieu à son domicile dans le quartier des Poteries, peu de temps après les événements de mardi. La police surveille toujours l’immeuble, situé à moins de trois kilomètres du marché de Noël.

Une voisine, qui a demandé à conserver l’anonymat puisqu'elle craint le suspect toujours en cavale, a indiqué qu’il était rarement chez lui. Elle a confié l’avoir vu pour la dernière fois lundi, depuis sa fenêtre qui donne sur un couloir commun. Elle a précisé qu’il se trouvait en compagnie d’un autre homme.

Les policiers ont aussi visité plusieurs lieux qu'« il est susceptible de fréquenter » et quatre de ses proches – son père, sa mère et ses deux frères – ont été placés en détention préventive.

Les autorités craignent qu’il n'ait quitté la France, puisque la frontière allemande se trouve à peine à cinq kilomètres du lieu de la fusillade.

Des policiers lourdement armés dans les rues de Strasbourg.Des policiers arpentent les rues près du marché de Noël de Strasbourg où un individu a tué au moins 2 personnes. Photo : Getty Images / Thomas Lohnes

Une attaque « terroriste »

Le témoignage du chauffeur de taxi qui a conduit le suspect dans le quartier Neudorf a été très utile aux policiers.

« L’évocation devant le chauffeur de taxi, au cours de ce transport, de la découverte d’une grenade chez lui » a permis aux enquêteurs de faire très rapidement « le rapprochement avec une opération effectuée [...] au domicile de Cherif C. » le matin même de la tuerie au marché de Noël, a par ailleurs indiqué M. Heitz.

Le suspect a donc échappé aux policiers une première fois, le matin du drame. La serrure cassée de la porte de son appartement situé au cinquième étage de l'immeuble maintenant surveillé par les forces de l'ordre dans le quartier des Poteries témoigne d'ailleurs de la visite des policiers.

Chérif C. s’est présenté au marché de Noël muni d’une arme à feu et de couteaux à 19 h 50, mardi. Circulant rue des Orfèvres, il s’est mis à tirer sur les passants – au cri d'« Allah Akbar » – en plus d’en agresser d’autres au couteau. Il s’est ensuite déplacé dans le quartier et a semé la mort au hasard de sa route, qui l’a mené dans les rues des Grandes Arcades, du Saumon, de la Chandelle et Sainte-Hélène.

Deux personnes sont mortes, mais une troisième se trouve en état de mort cérébrale, a déclaré le procureur de Paris, M. Heitz. Six des 13 blessés sont par ailleurs dans un état critique.

« Au regard du lieu ciblé, du mode opératoire employé par l’assaillant, de son profil et des témoignages recueillis auprès de ceux qui l’ont entendu crier "Allah Akbar" », M. Heitz a indiqué que l'affaire était traitée comme un acte de terrorisme. Des accusations de meurtre en relation avec une entreprise terroriste, de tentative de meurtre en relation avec une entreprise terroriste et d'association de malfaiteurs terroristes en vue de préparer des crimes d’atteintes aux personnes seront déposées contre le suspect.

« Connu des services spécialisés pour sa radicalisation, il était inscrit au FSPRT [Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation terroriste] et il était fiché S [atteinte à la sécurité de l’État], a ajouté M. Heitz. Il a fait l’objet d’un suivi par les services de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI). »

En France, le FSPRT désigne le Fichier des signalements pour la prévention et la radicalisation à caractère terroriste. Il contient quelque 20 000 noms. La mention « fiché S » indique que l’individu est recherché pour son atteinte à la sécurité de l’État. La liste comprend également les évadés, les interdits de territoire et les mineurs en fugue.

Traumatisme à Strasbourg

Dans le centre-ville sous le choc, bouclé et évacué jusqu'à 2 h, la place de la Cathédrale, point névralgique du marché de Noël, était encore quasi déserte tôt dans la matinée.

« On a eu la boule au ventre en partant [travailler ce matin à Strasbourg]. On ne sait pas comment ça va se passer », s'inquiétait Cathia, livreuse habitant au sud de Strasbourg, présente dans une des rues ensanglantées la veille.

STRASBOURG, FRANCE - DECEMBER 12: Flowers, candles and a sign 'Hommage aux Victimes' pictured at the Christmas market where the day before a man shot 14 people, killing at least three, on December 12, 2018 in Strasbourg, France. Police have identified the man as Cherif Chekatt, a French citizen on a police terror watch-list. Chekatt exchanged gunfire with soldiers after the attack, is reportedly injured and is still on the loose. (Photo by Thomas Lohnes/Getty Images)Des citoyens ont déposé des fleurs et des chandelles aux abords du marché de Noël de Strasbourg, frappé par un tireur radicalisé. Photo : Getty Images / Thomas Lohnes

Après cette attaque, le gouvernement a rehaussé à « urgence attentat », soit son niveau maximal, le plan national de lutte contre le terrorisme Vigipirate. Cette mesure comprend « la mise en place de contrôles renforcés aux frontières, et de contrôles renforcés sur l'ensemble des marchés de Noël en France pour éviter le risque de mimétisme », a indiqué le ministre de l'Intérieur.

Le traditionnel marché de Noël de Strasbourg, fréquenté chaque année par 2 millions de visiteurs, avait fait l'objet d'un projet d'attentat en décembre 2000. En décembre 2016, le marché de Noël de Berlin avait été touché par un attentat au camion-bélier revendiqué par le groupe armé État islamique, qui avait fait 12 morts.

La France vit sous une menace terroriste élevée depuis la vague d'attentats djihadistes sans précédent qui a fait 246 tués depuis 2015, sans compter la fusillade de Strasbourg. Cette année, deux attaques avaient déjà frappé le pays : l'une au couteau le 12 mai à Paris qui a fait un mort et dont l'auteur, Khamzat Azimov, avait grandi à Strasbourg. Le 23 mars, à Carcassonne et à Trèbes, Radouane Lakdim avait tué quatre personnes.

Avec les informations de Agence France-Presse

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