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L'explorateur Bertrand Piccard se donne une nouvelle mission

L'explorateur suisse Bertrand Piccard

L'explorateur suisse Bertrand Piccard

Photo : Radio-Canada / Etienne Leblanc

Radio-Canada

Bertrand Piccard avait surpris tout le monde en 2016 en faisant le tour du monde au moyen d'un avion entièrement propulsé par l'énergie solaire, le Solar Impulse. L'explorateur suisse s'est donné comme nouvel objectif de prouver que des solutions rentables aux problèmes environnementaux se développent partout.

Étienne Leblanc a rencontré Bertrand Piccard lors de la COP24 en Pologne

Son voyage autour du monde en 505 jours lui aura permis d'attirer une attention mondiale sur l'importance des énergies renouvelables. Mais depuis quelques mois, c'est un autre périple que l'explorateur suisse a entamé : « Le tour du monde des 1000 solutions ».

Il souhaite ainsi prouver aux décideurs politiques qu'ils peuvent rehausser leur niveau d'ambition environnementale en s'appuyant sur des technologies brillantes et rentables. Son projet vise à accélérer la naissance de technologies vertes qui sont rentables.

Pour la petite histoire, Bertrand Piccard est le petit-fils d'Auguste Piccard, l'inventeur du bathyscaphe, le sous-marin d'exploration abyssale. Hergé s'est inspiré de ce grand-père pour créer son fameux professeur Tournesol.

À quoi vous aura servi l'aventure de Solar Impulse?

Ce sont les conséquences du succès de Solar Impulse qui me permettent d'aller plus loin. Même si je suis explorateur, même si je suis médecin-psychiatre, il y a cette démonstration du tour du monde avec des énergies renouvelables qui me permet vraiment d'être crédible et de chercher maintenant toutes les solutions qui existent pour tout le monde, pas seulement dans le ciel.

Qu'est-ce que vous cherchiez à démontrer?

Je cherchais à démontrer que les technologies propres et les énergies renouvelables permettent de faire des choses a priori impossibles.

Qu'est-ce qui reste de cette épopée?

Ce qui en découle va bien au-delà de l'aviation. Tous ceux qui riaient de moi sont en train de travailler sur des projets d'avions électriques… Mais c'est beaucoup plus que ça. Maintenant, on est en train de réunir 1000 solutions qui permettent de protéger l'environnement de façon financièrement rentable. Ces solutions créent des emplois, elles permettent un développement industriel et, en même temps, elles permettent de moderniser et de rendre plus efficientes toutes les vieilles infrastructures qui polluent encore aujourd'hui.

Un avion dans les airs.

Le pilote Bertrand Piccard à bord du Solar Impulse, lors de son dernier vol en direction de Lehigh Valley en Pennsylvanie, le 25 mai 2016

Photo : solarimpulse.com

Concrètement, qu'est-ce qui reste de l'épopée Solar Impulse?

La compagnie française Covestro a développé de nouvelles manières d'isoler les bâtiments et les réfrigérateurs, avec la même isolation que Solar Impulse. La compagnie belge Solvay a développé des matériaux ultras légers utilisés actuellement dans l'aviation et a inventé un nouveau processus d'encapsulation de panneaux solaires, des nouveaux électrolytes pour les batteries. On voit donc que c'était un banc d'essai fantastique pour l'innovation.

Quel est le projet « 1000 solutions »?

Il y a des solutions partout, mais les gens ne sont pas au courant parce que ces solutions sont dans des startups qui n'ont pas les moyens de les commercialiser. Nous, notre but, indépendamment des intérêts financiers – parce que nous sommes un OSBL –, on veut réunir toutes ces solutions et prouver qu'elles sont rentables. On veut mettre un label de rentabilité sur toutes ces solutions environnementales, les amener aux chefs d'État, à tous ceux qui ont des décisions politiques, économiques ou financières à prendre, pour montrer qu'ils peuvent être beaucoup plus ambitieux en matière environnementale, parce que les solutions existent.

Comment ça marche?

On accepte comme membre toutes les entreprises qui ont des solutions rentables pour l'environnement. Ça peut être un produit, un système ou une technologie qui crée des emplois et qui protège l'environnement. On a maintenant 1400 entreprises qui ont signé et qui proposent des centaines de solutions… On confie ces technologies à des entreprises indépendantes qui les expertisent.

Si elles passent l'expertise, elles obtiennent le label « Solar Impulse Efficient Solution ». Lorsqu'on aura 1000 solutions, on les amènera à des chefs d'État pour leur montrer à quel point ils peuvent rehausser leur niveau d'ambition en matière environnementale et de politique énergétique.

Avez-vous des exemples de ce qui s'est développé jusqu'à maintenant?

Par exemple, un système de dessalement de l'eau de mer au solaire. Un autre qui permet de réduire de 80 % les particules fines provenant des voitures. Un adjuvant alimentaire qui permet d'éliminer 30 % des émissions de méthane provenant des vaches. C'est incroyable de voir cette créativité.

D'où vient l'argent pour développer ces technologies?

Ce qui est fantastique, c'est que ces fonds arrivent. Les investisseurs savent que nous sommes en train de produire la crème de la crème des innovations et que ce sont des occasions d'investissements. On fait toutes ces mises en relation gratuitement. Notre but, c'est vraiment que ces entreprises puissent se développer, rayonner et contribuer à améliorer la situation dans le monde.

Un homme devant des personnes assises.

Bertrand Piccard présente son nouveau projet à des conférenciers.

Photo : Fondation Solar Impulse

Qu'est-ce qui manquait pour que ces créateurs et ces investisseurs se rencontrent?

Il n'y avait pas de fédération qui rassemblait tous les porteurs de solutions. Ce qui fait que chacun se battait pour sa propre solution et ne pouvait pas prouver qu'elle était rentable. Nous, on a le premier label mondial qui prouve la rentabilité des solutions environnementales, puis on met tout le monde ensemble : ceux qui ont les solutions, ceux qui veulent investir dans les solutions et ceux qui ont besoin de ces solutions.

Est-ce que c'est la technologie qui va sauver la planète?

Ce n’est pas la technologie qui va sauver la planète, c'est ce qu'on fera de la technologie. Ce qui va détruire la planète ou la sauver. Si vous demandez aux gens s'ils veulent de la décroissance, ils vont résister, ils vont se révolter. Parce qu'ils auront peur pour leur pouvoir d'achat et pour leur salaire. Il faudrait plutôt leur dire : on va pouvoir être plus efficace dans la mobilité, dans l'habitat, dans l'industrie, dans tout ce qu'on fait dans la vie de tous les jours.

Les changements climatiques viennent de toutes nos infrastructures inefficientes. Un moteur à combustion est trois fois moins efficient qu'un moteur électrique! Les maisons mal isolées, les radiateurs électriques… Il faut une manière de gérer la production d'énergie renouvelable, le stockage, la distribution et l'utilisation de manière optimale. On a devant nous le marché industriel du siècle. Même si les changements climatiques n'existaient pas, il faudrait le faire! C'est logique encore plus qu'écologique.

Qu'est-ce qui a changé depuis votre grande aventure de Solar Impulse?

Les solutions commencent à être rentables. Il y a 10 ans, on n'avait pas de solutions. Il y a cinq ans, on en avait, mais elles n'étaient pas rentables. Aujourd'hui, elles existent et elles le sont. C'est pour ça qu'il faut arrêter de pinailler sur des buts environnementaux extrêmement laxistes et peu ambitieux, parce qu'on peut mettre des standards de protection de l'environnement qui vont tirer toutes ces solutions sur le marché.

Pourquoi serait-ce rentable aujourd'hui, alors que ce ne l'était pas il y a cinq ans?

Les prix se sont écroulés! Le solaire permet désormais de produire de l'électricité trois fois moins chère que le gaz et le pétrole. Le vent aussi. Parce qu'on a atteint la masse critique. Les Chinois ont beaucoup aidé pour ça. Ils ont fait écrouler les prix. Et le résultat, c'est qu'on peut utiliser ces énergies pour sauver la planète.

Toutes les solutions pour consommer moins d'énergie, pour économiser les ressources naturelles, tout ça, ça existe parce que les innovateurs se sont mobilisés. Leurs solutions sont là, mais si on ne les utilise pas, ça ne sert à rien!

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